LETTRES CHOISIES D
Au mois de mai 186i, M"o Hor publia, sous ce titre et sous la forme à centimes, une partie des lettres que sées. Je les reproduis ici, à l'exceplio:
dans le corps de ce volume, d'abord | les plus intéressantes et les plus jolies ensuite et surtout parce qu'elles foo t 1 Hortense.
{Première lettre adrest
Je vous ai devancée. J'ai paru hi vous envoyer mon petit volume.
Accueillez 'les, ces chansons où n Vous peint l'amour tout prêt à m Vante la gloire, ombre qui nous « Qu'un jour produit, qu'un jour p L'un est pour vous un dieu sans i L'autre séduit votre esprit hasard Quant à l'amour, moi, je soutiens Qu'il est encor le moins trompeur
a50 boutkn» j
Du reste, vous eo pcD que de mes chansons.
Je voudrais bien avoir sionnaire vous trouve ch' exemplaire, envoyez-Ie-i mais une contrariéU qi malade, et je suis mdm< assez sing'ulier, mais poi que je vous dise que cet MM. les Libraires, qui ) une partie de mon édit mÈmeque je sacheencon
sentez que ce n'est pas ma vanité <i auteur qui est Diessée maiâ ma conscience politique. Vous concevrez donc k mauvaise humeur que j'ai dû ressentir. L'esemplaire que je vous envoie n'est pas de ceux sur lesquels leur censure s'est exercée.
Croyez à toute mon amitié, et permettez-moi de compter sur la vôtre.
Tout à vous de cœur et d'estime.
BÉHANGSA.
{Adressée à Milan.)
a3 janvier 1836.
Avec combien de plaisir j'ai reçu vos deux lettres, mais '• de Staël, dont It Globt nMÎI
■pr?--'
surtout la dernière, quoique vous ayez nég'lig'é de m'indiquer le moyen de vous répondre. Vraiment, vous avez pensé à moi, au milieu des merveilles qui frappaient vos reg'ards, et parmi les fêtes dont vous étiez l'objet ! Quoi ! c'est sur mes chansons que vous arrêtez vos yeux, et que vos yeux laissent couler des larmes. Heureuses chansons I vous avez enfin trouvé le moyen de me convaincre de leur mérite. Cette fois, nous ne disputerons pas ensemble. Vous pouvez dorénavant me parler de mon g'énie. J y crois à tout jamais. Que je suis heureux de vous occuper quelques instants! Vous avez bien raison; l'admiration, même celle qu'inspirent les grands talents aux juges éclairés, était bien peu de chose pour moi auprès de Taffection que les lecteurs de mes chansons peuvent porter à leur auteur. C'est là quelque chose de réel, qui doit plaire plus que tout à un homme qui n'a pas mis son bonheur en vanité. Vous savez à quoi tient la faible idée que j'ai de mes productions. Mon esprit a vu bien au-delà ; aussi ma réputation,. que je ne puis pas contester, nem'éblouitelle pas. Mais si mon petit livre peut me faire aimer, je serai trop heureux ; il deviendra ce qu'il pourra : je le bénirai toujours, en pensant qu'il a adouci quelques peines^ consolé quelques exilés, et plu à des femmes aimables et spirituelles. Vous souriez peut-être de pitié en lisant ces derniers mots. Que voulez-vous? je suis fait ainsi, et j'aime à vous l'apprendre. Oui, c'est surtout à votre^sexe que je suis jaloux de plaire. Aussi, combien ai-je été sensible à tout ce que vous me dites de bienveillant. Quoi I vous avez de l'amour pour moi quand vous me lisez ! Si vous pouviez en effet confondre le livre et l'auteur, dans
eils moments, je ci ele suis-je pas, de p ai vieilli trop vile I
donc appréciée là-b
I II paratt que tou
pays, puisque vous
atale. N'y prenez {
e voudriez plus nou)
ipprends que vous
-ez vos pauvres Frai
r injustes. Tous ne
ue vous m'accusiez d
tre apprendrez- vous un jour par vos amis que je
i mieux comprise que vous ne le pensez. Quant k
y a, dans mon organisation, quelque chose de sin-
que je voudrais pouvoir vous expliquer. J'ai une ice inférieure, qui se refuse souvent à se répandre ors. Il y a de l'oursau fond de tout cela. Quand on >rcer ma tanière, je m'épouvante ou je pousse des lents. Et vous, vous, curieuse de tout voir, de tont tre, vous y allez avec un long bàlon, et de ci! et st puis allons! et puis eacorel Mon ours se met ta i, donne des coups de museau, crie; et vous ne ■formez même pas si la pauvre bëte est blessée. 11 i que vous y attrapez des égratignures, mais vous ureuse d'en être quitteà si bon marché. Bien d'aule vous ne s'en tireraient pas ainsi. Tout en me it, convenez du moins que si je n'étais pas ainse té, il me serait impossible d'aller dans le monde, ne laisse entraîner, sans y perdre de ma fonne
naturelle, de mon iostinct, de mes mœurs particulières, à qui je dois peut-être ce talent, qui vous plaît encore sous un autre ciel, et auprès des tombeaux de tant de ^ands hommes!
Mais je me laisse trop aller au plaisir de vous parler de moi.
J'ai revu madame ***. Bon Dieu I qu'elle est changée ; on la dit bien souffrante. Je lui ai parlé de vous. Celle-là ne doit guère vous comprendre. A la bonne heure, madame Regnaud, quelle excellente femme ! Madame Davilliers m'a chargé de vous dii'e qu'elle vous portait le plus vif intérêt. Je ne vois que des gens qui en font autant. Depuis que vous n'êtes plus ici les élogel pleuvent. Monti a-t-il fait un sonnet sur vos beaux yeux ou sur votre sourire? A propos, entendez-vous l'italien? J'ai voulu l'étudier autrefois : il ne m'en est pas resté un mot. Les sonnets de Pétrarque, que mon maître m'aidait à traduire, me paraissaient la chose la plus ennuyeuse du monde. N'en dites rien où vous êtes, puisqu'on y parle un peu de moi.
Je viens de recevoir un billet de vous, qui m'annonce un duc de Valombrosa. On m'apprend qu'il n'ose venir me voir, je n'y comprends rien. Je n'ai pas les premiers volumes de mes chansons, et ne sais où les trouver. On vient de publier une mauvaise édition des 3 vol. ; les chansons condamnées n'en font pas partie, mais, par compensation, on y a mis mon portrait, pour lequel je n'ai jamais posé, et qui m'a beaucoup fait rire. Il a encore les lunettes que je portais il y a 4 ans ; mes amis prétendent que je devrais enfin faire faire mon portrait, mais je trouve cela
si niais que j'aurai bien de la peine à m'y décider, d'autant plus que ceux que j'ai vus jusqu'à préseot m'ont beaucoup fait rire. Vous m'aviez promis le vôtre, où est-il ?
is nos amis se portent bien. H 7 a force bals, force i. On a l'air de s'amuser, c'est toujours ça. Ma santé vé jusqu'à présent la mauvaise saison : j'ai encore mois difficiles à passer. Manuel, qui se porte un peu t, est toujours en Lorraine . Il doit nous revenir bienlig'net vous remercie de connaître par vous l'opinion sraondi sur son ouvrage.
is me dites qu'on m'admire en Italie ; j'en suis fier : Lin pays qui me tient au cœur. Mais il possède en ce îDt des poètes français qui lui conviennent mieux que Lavigne et Lamartine ont plus ce qui convient aux as que votre chansonnier. Je viens de voir pourtant 'accueil qu'on leur fait n'est pas le même. L'un est 'é,et l'autre obligé de se battre{i). SI j'allais là, que (sterait'il? En tout cas, vous pouvez y préparer ma lion. Je vois que vous y avez du crédit; usez-en en r de votre ami, car il se pourrait bien qu'un jour le ?e barde g^aulois allât chanter sur les ruines de
ieu, pensez k moi aussi souvent que je pense à vous, :ivez-moi, mais directement et sans me. ménager les de lettres ; il faut attendre trop longtemps. Adieu ■e une fois, ut à vous de cœur.
BÉRANGER
Allusion BU duel de Lamartine avec le colonel Pépé.
(Adressée à Florence.)
Vous avez raison, n'attendons plus les o filons de la célérité de la poste. Quoil vous n' encore reçu ma lettre adressée à M. Tréqui ! Vi riez pas trouvé celle-là trop peu tendre. J'avais mi qu'elle ne vous le parût trop. Aussi, dans la m'étais-je tenu en garde contre l'effet que vos lions avaient produit sur moi. Vous êtes bien fem donner de l'amour, malgré mes 46 ans qui vont plir incessamment. Heureusement pour moi je sai, avez te cœur pris, et j'y songe toutes les fois qu( éprouve l'envie de passer les Alpes et d'aller jo un beau ciel, de vos triomphes et de votre a Quand je vous parle de votre insensibilité, ne vi pas que je me moque de vous ? C'est pour per jolie Spartiate que je parais incrédule sur ce ] sais si bien jusqu'où va votre puissance d'aimei on dit dans l'école de madame de Staël) que je g^ bas en pensant que l'éloigaernent et les distractio talie ne suffiront pas pour vous guérir comp Cependant, si les nouvelles que nous avons de ' voie indirecte, sont e.^actes, vous avez fait m( Milan. Tous les hommes ont raffolé de vous, et V vous ont vue partir avec grand plaisir. II en est c
sans doute, à Florence ; cela ira peut-être de mieux en mieux, et là les femmes pourront bien vous chasser. Quelle gloire I II faut dire, pour être vrai, que si nos poupées de salon l'avaient osé, elles eussent donné l'exemple. Vous leur déplaisiez furieusement. Elles vous aiment maintenant. Je vous le répète : on n'entend plus que votre éloge, je le crie sur les toits. Revenez donc pour faire finir ce concert; mais c'est ce dont vous ne parlez pas. Vos lettres sont bien aimables, mais à peine me parlez-vous de vous. Vous pensez donc que vous n'avez en moi qu'un de ces hommes du monde, indifiFérents à tout ce qui peut arriver d'heureux ou de malheureux à leurs amis. Vous êtes femme à le penser, puisque vous m'accusez de m'étre laissé corrompre par la société. Quand me connaîtrez-vous mieux ?
Vous le prenez sur un ton bien haut. Vous ne voulez plus élever d'enfants, ce sont des hommes qu'il vous faut. Je vous en souhaite. Vous savez bien qu'à Tinstant où l'on croit en avoir trouvé un, lorsqu'on est sur le point d'éteindre sa lanterne, le fantôme vous échappe ; il faut chercher encore. Je ne veux pas dire que vous en soyez tout à fait là. Celui dont vous aviez commencé l'éducation ici, vous reste; je le crois au moins. Mais est-ce bien un homme comme vous l'entendez? moi, j'en doute, et je vous ai dit pourquoi. Rallumez votre lanterne, si vous l'aviez éteinte ; mais soyez moins difficile dans vos recherches, ne demandez pas tant de vertu, pas tant de gloire. Contentez-vous de beaucoup d'amabilité, de beaucoup de bonté, de beaucoup d'attachement, et surtout de beaucoup de jeunesse. Vous êtes en droit d'exiger tout cela; d'ail-
leurs, le reste ne vaudrait pas la peine que vo à courir après.
Je relis votre lettre et je m'aperçois que vous dez mes chansons. Je vais m'occuper de vo passer par '", je reprendrai ma letti^ plustai
J'ai eu beaucoup de peine à me procurer i volumes. Vous croyez peut-être que je dis a vanter. La boaue édition est rare, et l'on ne tr( 3" vol. sans points. Pourvu que tout cela ne s à la frontière : car on me saisit à la sortie com trée. J'en préviens '", pour qu'il prenne des | J'ai déjà fait beaucoup d'autres chansons, n donne pas copie ; n'y comptez donc pas. Je vien une sur Napoléon, qu'ondit être ce que j'ai Fai Elle a fait pleurer des ^ns qui n'aiment gu quérant. Elle ne vous plairait pas, car elle est simplicité que j'ose dire qu'il a'j a pas un vers couplets.
(Adressée à Florence.)
10 décembn
Je vous dois bien des excuses pour tout le ter laissé passer sans répondre. Au reste, je peu; aurez deviné pourquoi les deux premières lettr tées sans réponse. Elles me sont arrivées, l'une maladie de Manuel, et l'autre, quelques joui
204 HORTENSE ALLAHT DE MÉRITENS
mort. Dans votre dernière, vous rae parlez de ce triste événement, mais sans avoir bien calculé le vide affreux qu'il laisse autour de moi. A votre âge, on pleure beaucoup sur la perte de ceux qu'on aime, mais on s'en console assez promptement ; au mien, on ne pleure pas, mais les regrets n'ont point de terme. Une seule chose en peut diminuer Tamertume, c'est l'état de souffrance où eût langui celui qu'on regrette, si la mort ne fût venue mettre fin à ses maux. Les consolations ne m'ont cependant pas manqué : le spectacle des funérailles de Manuel m'a prouvé que la France se repentaitde son ingratitude. Aujourd'hui, que l'opinion publique se réveille, le besoin d'un si noble et si ferme caractère se fait sentir généralement et ceux même qui l'ont combattu évoqueraient volontiers cette làme courageuse qu'aucun péril ne pouvait ébranler, qu'aucune situation ne pouvait surprendre : on sent qu'il n'y a jusqu'à présent personne pour le remplacer. Qu'ils sont tous faibles comparés à lui! Il reste des talents, peut-être plus beaux que le sien ; mais un homme, où le trouver? Il faut vous parler de quelque chose de moins triste. Votre roman va donc paraître. J'en ai entendu dire quelques mots ; je me suis même mêlé de vous chercher un libraire, mais j'aspire à connaître l'ouvrage. Je crains toujours qu'avec des idées bien autrement élevées, avec un talent bien supérieur, vous n'ayez fait comme Madame ***, qui n'a peint que les siens et les leurs, c'est-à-dire que les individus dont elle est entourée; rarement les femmes devinent le monde qu'*elles n'ont pas touché du bout du doigt; et le public, qui est tout le monde, ne voit souvent que des particularités insignifiantes où elles ont cru trouver des
généralités sans bornes. N'imitez pas "", Ecrire air ouvrir la fenêtre, pour laisser voir Jusqu'au fom cbambre. Quelques curieux s'en arrangent; mais passe iDdifférente. Mais c'est vous prêcher à fau vous serez g'arantie de cet inconvénient. Quoique vous avez déjà beaucoup vu, vous savez beaucoup, pcâsédez une raison élevée, que le soleil de l'amo rilalie ont dû mûrir.
Vous m'envoyez une pièce que je suis incapable Vous connaissez mon ignorance des langues et mi pacilé à les apprendre. Je me la ferai expliquer, mi conviendrez que, lorsqu'on en est réduit k cela, on digue d'aller jouir de la conversation des hommei gaés de l'Italie et même de leur beau ciel.
Tout à vous de cœur et pour la vie,
BÉ RANGE
P. S. — Je vous dirai, si cela peut vous int qu'on regarde ici comme certaine la chute de Villi semble le prouver; j'y croirai peut-être demain.
(Adressée à Florence.)
Votre lettre m'a fait un grand plaisir; je craigr vous ne m'en voulussiez pour ma franchise un [ tique. Maispoint; vous êtes toujours la même;c'e£ tellement pleine de fierté que la vanité n'a pas de p
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: que la vôtre, il faut que vous me le pardon-
1 ce ne serait que pour la rareté du fait. Oh!
ais de ^ens qui vous prendraient au mot! Je
suis pas moins recoDnaissant d'avoir une si
Je mon mérite et de la propag'er où vous êtes.
[ioz M'"* Régnaud avec un Italien, Aoat je
air le nom, mais qui m'a dit des choses sur
) qui me paraissent lui avoir été inspirées par
u un grand plaisir, c'est de l'entendre dire de
bien que j'en pense. Jamais éloge ne m'a paru
l'observation s plus justes. Je m'en veux de
retenu le nom de ce monsieur, vous savez sans
le qui je veux parler, car il doit être rendu à
ant ma lettre. J'étais déjà condamné lors du
ous avons fait chez la comtesse. Maintenant,
les verrous de la Force, où je suis entré depuis
'y voilà pour neuf mois. C'est bien
cheté de quelques amis politiquei
abandonné a fait prendre courage au pouvoir et unr ' toute puissan te a triomphé . Je dois le dire, pourtant de ma condamnation a été de me ramener beauc ^ens qui ontrou^i de délaisser un pauvre athlète, pc le peuple faisait tant de vœux. La popularité « bonne chose. Sans celle dont je jouis, comme me U un cocher de cabriolet, on m'eût fait plus de mal < et beaucoup plus de ^ens m'auraient tourné le c n'ai pas voulu appeler du jugement, d'abord parce cour royale ne vaut pas mieux que les tribunau; rieurs, et puis parce que ce jugement est d'une f absurdité qu'il eût été fAcfaeux de le faire réforme quelque partie. Vous le lirez et verrez que moi, pi certaines croyances dontnos spi ri tualistes tireraient ■ je suis condamné pour avoir attaqué le dogme d« mortalité de l'âme, dans des couplets qui prouv contraire, mais qui sont une attaque contre l'insuf: de la religion comme consolation dernière. 11 est bi vous sachiez que, voulant me condamner pour out la personne du roi et à la dynastie, on a cru nécessa mêler d'autres chefs d'accusation. Voilà le mot dt énigme. 11 y avait bien dans le recueil quelques chansons irréligieuses, mais elles attaquent les jésu on n'a pas osé s'en servir contre moi. D'où vous êtes ne pourriez pas deviner tout cela. Vous ne pourri non plus vous peindre tout le trouble que ces 3o ch) ont apporté ici. A leur apparition, je voyageais ei mandie, pressentant quelque mésaventure et faisan vision de grand air. 11 y a eu embarras extrême ai seil des ministres, grande colère un peu plus haut, ^
hésitation un peu plus bas; criaillerie d'ultras; criaillerîe de semi-libéraux et même de libéraux purs. Je ne me suis effrayé de rien. Je n*ai voulu entendre à aucune nég^ociation, déclarant, à la g-rande surprise de nos politiques, que je voulais être défendu par le droit, c'est-à-dire que je soutenais qu'il y a deux personnes dans un roi constitutionnel, dont Tune, placée dans le cercle de l'inviolabilité, est nécessairement inattaquable, mais dont l'autre peut être atteinte par la critique, dans l'intérêt même de la première; que cela se pratique ainsi en Angleterre et qu'il était temps de le connaître en France. Parler ainsi, c'était se mettre en g-uerre avec tous ceux qui voudraient recréer un prestige royal, qui nous rendrait une nation de laquais. Les bons esprits m'ont enfin approuvé et Barthe a plaidé dans ce sens; mais il lui eût fallu peut-être appuyer davantage sur les raisonnements qui servaient de base à sa défense. C'est plutôt de la faute de mes amis que de la sienne s'il ne l'a pas fait davantage. Au çioins m'a-t-il montré un dévouement sans borne et qui a contrasté avec la faiblesse de Dupin, aujourd'hui bien honteux sans doute du rôle qu'il a joué dans cette affaire, rôle qui l'a exposé aux turlupinades de tous les partis. Personne ne Ta ménagé et il doit bien m'en vouloir.
Mais c'est trop vous entretenir de ce diable de procès. Pour vous parler toujours de moi, je vous dirai que je ne suis pas trop mal dans ma prison, et que je m'y porte bien jusqu'à présent. Les visites commencent à y abonder. J'ai cependant encore besoin de repos ; j'ai eu beaucoup de fatigues à essuyer depuis deux mois et ma poitrine en avait souffert. Je compte la rétablir ici. J'étais redevenu à la
mode ; mais bientôt od m'oubliera et je pourrai ^di repos dont j'ai tant besoin. Peut-être bientôt aussi in rai-je ce repos trop grand. Alors, ma foi, il faudra ap toute ma philosophie à mon aide ; c'est surtout au temps que j'en aurai besoin. Que je suis heureux de n' poiut vu l'Italie t Si j'avais joui de la belle nature vous enivre tant, je regretterais peut-être encore pi grand air et l'aspect du ciel. Dans ce moment, celu je vois à travers les barreaux de ma fenêtre me d peu d'envie de courir pour en voir davantage. L'a des gros verrous ne me cause pas beaucoup d'hon mais le printemps reviendra. Ce sera le cas de dire : . dit prinlems, etc.
Ecrivez-moi souvent; que les lo.ooo fr. que j'ai à ] ne vous épo uvanlent pas : le port de vos lettres ne me ble pas cher, quoique je n'aie pas vendu 4o chansons 4o.ooo fr. On m'a donné 3o.ooo fr. de lettres de et payables en (i ans, pour la jouissance de cinq anné toutes mes chansons, les nouvelles comprises. Il ne qu'une banqueroute pourréduire cela àbîen peu de c et tous nos libraires sont en train de manquer, & com cer par Ladvocat. Mais la gloire reste toujours, n' pas vrai ? Pourvu qu'il n'y ait pas banqueroute aus cecâté.
(Adressée à Florence.)
L» Force, si mars iSig, Voilà bien longtemps que je veux vous remercier
270 H0RTBN8E ALLART DE MÉRITENS
prompte réponse que vous avez faite à ma lettre. Mais depuis mon entrée à la Force j'ai été souffrant (et j'ai été près d'un mois sans pouvoir ni lire ni écrire plus d'un quart d'heure de suite). Il a fallu recourir aux synapismes, à la saignée, à la diète, enfin à tous les ingrédients de la science médicale. Ma pauvre tête était tellement embarrassée qu'il n'y a que quelques jours que j'éprouve un mieux sensible. Je le laissais croire jusque-là, quoi qu'il n'en fût rien, pour n'être pas tourmenté par mes amis, qui voulaient à toute force que je demandasse une maison de santé, ce qui ne me convenait d'aucune façon, parce qu'en effet, à la liberté près, je suis aussi bien ici qu'on puisse être en prison. J'ai quelqu'un pour me soigner, et, sous ce rapport, je serais certes moins bien chez moi. Il est vrai que tout cela coûte fort cher et que je suis diablement pauvre ; mais je dépenserais plus encore dans une maison de santé. Mais à quoi bon vous parler de ces détails de ménage trop an-dessous de vous, d'autant plus que vous prétendez que j'ai vendu mes 4o chansons 40.000 fr. J'aime mieux répondre à votre lettre de point en point.
Je suis toujours charmé lorsque vous me dites qu'on pense quelque bien de moi où vous êtes. J'aime les Italiens, et j'ai pour eux plus d'estime qu'on n'est dans l'usage de leur en accorder en France, et peut-être dans toute l'Europe. Votre poète Nicolini est vraiment bien bon d'avoir une si haute idée d'un faiseur de ponts-neufs. Plus d'un de nos tragiques, sans le valoir, se garderait bien d'avoir pareille indulgence.
Si vous m'aviez donné à deviner quel vers vous avait
choquée dans le Grenier^ je vous l'aurais dit. Ah 1 ma chère amie, que nous entendons Tamour différemment ; à vingt ans, j'étais, à cet égard, comme je suis aujourd'hui. Vous avez donc une bien mauvaise idée de cette pauvre Lisette ? Elle était cependant si bonne fille ! si folle ! si jolie! Je dois même dire si tendre ! Eh quoi I parce qu'elle avait une espèce de mari qui prenait soin de sa garde-robe, vous vous fâchez contre elle. Vous n'en auriez pas eu le courage, si vous l'aviez vue alors. Elle se mettait avec tant de goût, et tout lui allait si bien I D'ailleurs, elle n'eût pas mieux demandé de tenir de moi ce qu'elle était obligée d'acheter d'un autre. Mais comment faire? Moi j'étais si pauvre. La plus petite partie de plaisir me forçait à vivre de panade pendant huit jours, panade que je faisais moimême, en entassant rime sur rime, et tout plein de l'espoir d'une gloire future. Rien qu'en vous parlant de cette riante époque de ma vie, où, sans appui, sans pain assuré, sans instruction, je me rêvais un avenir, sans négliger les plaisirs du présent, mes yeux se mouillent de larmes involontaires. Oh! que la jeunesse est une belle chose, puisqu'elle peut répandre du charme jusque sur la vieillesse, cet âge si déshérité et si pauvre. Employez bien ce qu'il vous en reste, ma chère amie. Aimez et laissez-vous aimer ; j'ai bien connu ce bonheur : c'est le plus grand de la vie. Mais n'aimez pas avec votre tête ; arrivée à mon âge, vous n'oseriez pas regarder en arrière, car vous ne seriez suivie que par les squelettes de vos illusions. Matérialisez un peu plus l'amour que vous ne l'avez fait jusqu'à présent. Il me semble que cela est aussi nécessaire aux femmes qu'à nous. Vous êtes dans un pays qui doit vous en dire plus
que mes paroles. Vous devez roug'iryà l'aspect d'un si beau ciel, d*oser vous vanter d'avoir été seulement occupée par des hommes qui auraient pu vous procurer chacun quelques jours de bonheur. Un seul me déplaît dans la liste que vous me donnez. C'est l'abbé, allez- vous croire ? Non pas ; c'est votre homme supérieur. Je déteste les hommes supérieurs en herbe, qui ne tiennent jamais rien de ce qu'ils promettent. Presque tous ces jeunes prodiges avortent, et ce sont souvent ceux dont on n'attend rien qui portent les fruits qu'on semblait n'attendre que des autres. Au contraire, votre abbé me plaît fort, malgré ses pâmoisons. La famille de Boniface, vaincue par une Française, m'aurait paru une chose charmante. C'eût été un nouveau soufflet dont l'ombre du vieux pape ne se fût pas plus consolée que de celui qu'il reçut jadis. Quanta votre M.***, je suis bien aise que vous ne vous soyez pas arrêtée là. Dieu vous préserve des poètes ! Ne croyez pas que je plai. santé. Non, ces hommes-là ont généralement un égoïsme de pensée qui les rend des amoureux peu séduisants. Aussi, voyez comme ils réussissent peu. Leurs meilleurs vers attestent leurs mésaventures. C'est leur valoir des lauriers que de ne pas les couronner de fleurs, pour m'exprimer comme parlent ces messieurs. Seulement, après cette sortie, je vous prie de ne jamais les confondre avec les chansonniers. Ceux-ci sont d'autres gens. Pour eux, vivre c'est travailler. Il faut qu'ils mettent toute la vie dans leurs ouvrages : ils ne sauraient donc trop l'embellir. Aussi traitez- vous avec mépris ces êtres grossiers, qui sont hommes avant tout. Ah I devenez femme tout à fait, et vous leur accorderez quelque estime.
Me voici à un passag;e de votre lettre qui pique fui ' ment ma curiosité. Ne parlons pas encore d'aaj'our me dites-vous. 11 y a dans cette réticence tout un ; d'amour, pour parler le beau la ngag;e. Hélas I quand i Ire vous parviendra, de nouvelles illusions se seront être dissipées. Déjà peut-être ne saurez-vousplus ce mot a voulu dire. Je ne le souhaite pas. Je voudra contraire, que vous eussiez une longue histoire à c conter, mais une de ces histoires qui finissent bien n'intéressent pas du tout les gens étrangers au hén l'héroïne.
Vous trouverez peut-être que je vous parle trop de c'est que je n'ai rien à vous dire de moi. Je suis un meilleur état de santé ; mes jours passent vit suis beaucoup visité ; on a grand soin de renoi mes provisions, et comme jusqu'à ce jour je ne su sorti de ma chambre, j'ai en réserve les jouissance doit me procurer la promenade dans les cours de li son. Je travaille un peu. Voussentez que j'ai des co à régler avec ceux qui m'ont fait emprisonner. Je mence par là.
P. S. — Vouspouvez m'écrire: Béranger à la F On ne décacheté pas les lettres.
Je ne vous parle pas de l'ouvrage que vous ven terminer, parce que vous faites toujours lamjstérieu; cette matière. Je me hasarde pourtant à vous dem quand vous le ferez imprimer î Tout à vous,
BinXNGEH.
274 HOATENSE ÀLLART DE MERITENS