‹ Hortense Allart de Méritens ...Chapitre 6 sur 28 · TALMA · texte numérisé non relu

TALMA

X^ilart avait rencontré chez Talma M"' Desgarcins, . s'était éprise de lui et était devenue sa maîsse.

( Cette liaison, dit Arnault, se dénoua de la mare la plus douloureuse. Mn' Desgarcins, soupinant qu'elle avait une rivale (elle ne se trompait ; quant au nombre), arrive un matin chez AUart

) Talma, qui, eD 1790, habitait nie Molière Saint-Germai a, ac tact - EDt rue Holrou, demeura ensuite rue Chanter eine, dans i'bdtel que : Careau, El femme, lui avait apporté ea dot et qu'elle Teoditen i, après son divorce, k Joséphioe de Beaubaruais. C'est là que phine se maria avec Bonaparte. Talma habitait alors rue de la aujourd'hui rue Richelieu.

) Lettre inédite.

■ SA VIE 3y

j^*^ ;^«^ y'-e*-^ A"^^ io^unrijL

HOKTENBE AU-AM DB HKRIttHS

m U^^OJuio

SA ms Sg

pour le forcer à s'expliquer. C'était Hermiane ch^ • Pyrrhus. N'obtenant pas la satisfaction qu'elle se croyait en droit d'exiger, comme la fille d'Hélène eUe se frappa de plusieurs coups de poignard. Âllart la soigna jusqu'à parfaite guérison ; mais, plus effrayié qu'attendri, il ne put se déterminer à reprendre des chaînes si posantes; la fierté de sa maîtresse, àréi^ leurs, l'en débarrassa. Cette aventure ne lui nuisit pas près des dames.

Qu"*un amant mort pour nous nous mettrait en crédit !

Arnault ajoute :

« W^^ Desgarcins quitta le théâtre à cette occasion. Ce fut une perte pour Tart. Cette actrice n'était pas belle de figure, mais elle était faite à ravir, et elle avait une de ces voix qui attendrissent les coeurs les moins sensibles. Nescia mansuescere corda.

« Par ccAte mélodie à laquelle Fontanes ne put pas résister, elle désarma des brigands qui, après l'avoir ^ eitfermée pour Va^sassiner, lui permirent de ne mourir que de sa frayeur, ce qui arriva quelques mois après (i). »

Est-ce cette aventure galante qui mit AHart « en crédit » auprès de Mary Gay? Admettons-le, pour ne pas contrarier Arnault. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'une fdîs marié Allart vécut d'une vie relativement

(0 Arnault. Souvenirs d'un sexagénaire, — M"« de Mëritens^ qui reproduit ce passage dans ses Enchantements (p. 6), donne à son père le nom d*Herblay, qui était celui d'une petite commune de Seioe-et- Oise, où elle habita longtemps .

sage et rendit sa femme très heureuse ( i). II avait alors beaucoup d'influence dans les régions du pouvoir. Cependant une Iradition demeurée dans sa femille veut qu'à un moment donné, peu de temps avant la naissance d'Hortense, il ail eu à souffrir de la dis^ du Premier Consul. Cela résulte d'ailleurs de ou trois petits billets de Duroc que j'ai aous les [2). Mais, grâce à l'appui de Duroc, cette défane fut que passagère. Nous avons vu qu'en il était à Milan membre d'une commission irdinaire de liquidation.

lici une lettre inédite d'AlUrl à ses fitles qnj prouve en sa < & HOHiEnsB bt * SOPHIE. — Je Euis bien étoDoé, mes clives je vous me négligiez ainsi . Voilà (rois jours que je a'si reçn louvelles. Votre mire, qui ordinsireroent m'écril ei eiacte- EÏ agréablement, m'abandonae ou plutôt elle ne veut pas 1 seule, de pear de me montrer qu'elle ne penl psB obtenir que écriïieï. J« Berdis bien fflch* d'arrïrer, pour être bronillé btïC i vous le craig'uei, préparez-vOQs A me montrer beaucoup de Faite à mon entrée dans le chileBu de Brécourt. — Adim, fants, je vous embrasse. Sautez toutes les deax aa col de igoa. Embrassez M*>° Dode pour moi. — a. allart. » LOS l'un de ses biltels, Duroc disait à Allart : reçu, mon cher Allart, la lettre que tu m'as ëcrite ; on t'a nile exa^é, dans les rapports que l'on l'a faits, ce que t*o» le mécontentement du Premier Consul.

is le moment auquel je t'icris, te citoyen Dubois doit ftre irrirmée, il ne peut donner sur ion compte que dea explications eront jamais déaaTantageuses. Tu as Marmont qui peut t'être «nde utilité. Le cito/eii Bellevilte passe ou passera h Milan et ■si t'employer aRTëablcmeiit et atantage use ment dans le pays rend. Sois sûr qne si je puis entendre ou si j'entends parler 1 Crémier Consul, je le ferai bien revenir sur ton compte, ou la je ferai mon possible. Je n'ai pas encore vu le citoyen Ue], mais il ne partira pas sans que je lui parle. Mtlle-moi au souvenir de M" Allart.

• Je t'embrasse,

SA vm 4i

Trois ans après, sa position était si prospère que Marie-Joseph Chénier lui demandait d'appuyer son frère auprès du Premier Consul (i). Mais, ruiné, comme tant d'autres, par les événements de i8i4j il n^ourut, en 1817, avant d'avoir pu se relever, laissant sa femme et ses deux filles dans un état voisin de la misère (2).

M*"® AUart, qui ne manquait pas de courage et qui se souvenait de ses débuts à Paris, fit face encore une fois à la mauvaise fortune. Elle avait à peu près cessé d'écrire. Elle reprit la plume et lui demanda le

(i) « J« vous remQrcie iafinimeot, moncber ami>de la bonne intentloo, lui écrivait Chénier, le 27 vendémiaire an XU, mais votre lettre ne peut être envoyée à M» Petiet (a) dans les termes où elle est conçue. Vous liû dite^ que le Premier Consul m'a promis de placer mon frère, delà n'est point exact; et si j'avais cette promesse, toute dé^ marche auprès d*un tiers serait inutile et lui déplairait. Voici le fait. Mon frère a formé une demande auprès du Premier Consul, j'ai fortement appuyé cette demande ; mais, encore une fois, il n'a rien promis,. Dans cet état de choses, une démarche de bienveillance de la part de M. Petiet chargé d'une vaste administration pourrait .être fort utile. Mon frère lui a été recommandé déjà par mon ancien collègue^ Tex-tribun Goulard. La lettre est partie. Veuilles {sic), je vous prie, mon ami| prendre en considération ce que je vous écris, et supprimer de la lettre que vous avés [sic] bien voulu écrire, une phrase qui compromettrait à la fois mon frère et M. Petiet lui-même, s'il agissait ou faisait quelque démarche en s'appuyant d'un fait qui a beaucoup d'importance et qui, s'il était vrai, donnerait une certitude, tandis que nous n'avons que de l'espérance. Mille pardons, mon cher ami, de la peine que je vous donne, j'aurais été vous voir ce matin, sans un gros rhume qui m'a pris hier au sortir de Tlnstitut, ' « Mille respectueux hommages à M'"» Aliart.

« H.-J. GHÉHIER. ]»

(lettre inédite.) (a) J'ai sous les yeux une lettre d'AIlart, en date du 16 mars 1817^ où il fait ses adieux aux siens.

(a) Ce Petiet était, en 1801, ministre extraordinaire du gouvernement français dans la Cisalpine et fut témoin à l'acte de naissance d'Hortense. Voir plus haut.

pain quotidien. En i8[8,on vit paraître, sî^é d'elle

et sous le titre d'Albertine de Saint-Albe, un romaa

qu'elle dédiait à son frère et qui fut bien accueilUdu^

publio. Si^smoBd n'avait paa eu beaucoup plus .de' ^

*"" " " l'elie. Nommé receveur général du dépat-

: la Roer, peu de temps après son mariage^

empéclier que l'esprit frondeur et sarcas^

la femme ne lui fit beaucoup d'ennemis à

apelle. Il a'est pas jusqu'à r£)mpereur

ût indisposé en lui parlant, comme on sait,

iflge dans celte ville ;

ratt que vous écrivez, madame ! Vous a-t- ! je n'aimais pas les femmes de lettres?

, sirCj mais je ne l'ai pas cru, — répondit "

u'avez-vous fait depuis que vous êtes ici ?

s enfants, sire !

Svidemment très spirituel, mais l'Empereur t pas cet esprit-là. Sigismond Gaj ftit irutaleraent, en rSir, sans avoir rien fait ter cette disgrâce (i). Onze ans après, le jre i8a3, il expirait à Aix-la-Chapelle, au ù Hortcnse, sa pupille, aurait eu le plus lui, puisqu'elle avait perdu sa mère l'annéei

le d'AIlon-Sbée, compi|cnoQ de plai<

SA VIB 43^

IH

Voilà donc notre orpheline livrée pour ainsi dire à elle-même, à Tâge de vingt ansi Que va-t-elle faire de la vie ? — * Très réfléchie et très studieuse dès l'enfance, elle avait eu, aux approches de la première communion, sa petite crise de dévotion et de mysti* cisme, grâce à la lecture d'une Bible de Sacy, qui lui était tombée, je ne sais comment, sous la main. Son père y mit un terme en lui donnant à lire les œuvras de Jean-Jacques et la correspcmdance de Voltaire avec le grand Frédéric. Mais ce changement de direction, cette contrariété, n'eut d'autre résultat que de jeter le trouble dans son esprit en développant' outre mesure sa curiosité naturelle. C'est au point que Bourdais, son médecin, conseilla, un jour, à son père, de brûler tous ses cahier^. Elle était alors si. frêle et de santé si délicate qu'il lui arrivait de s'évanouir dans les rues. Quelques années plus tard, le même médecin se crut obligé de la pousser à l'étude pour calmer l'ardeur de ses sens (i). Son père songeait à la marier, quand il mourut. Il est fâcheux qu'il n'y ait pas réussi : avec son tempérament et l'éducation qu'elle avait reçue, le mariage lui auraii . été plutôt sain, surtout si on lui avait donné un mari à son goût. Malheureusement, les filles sans

(i) J'emprunte ces* détails à une lettre de M">* de Méritens à Sainte-Beuve, datée du lo noreoibre i845.

SA VtB 4^

fortuné qui ont été élevées dans le luxe trouvent plus facilement un amant qu'un mari, quand elles restent seules... Elle a raconté, dans ses Enchante^ ments^que ce fut une femme qui éveilla sa sensibilité. Je ie veruK bien, mais le terrain chez elle était merveiiteuseni€înt préparé : son âme vibrait aux moindres émotions. Et quelle était cette femme qu'elle a appelée Laure, comtesse du Vallon ? Ni plus ni moins qu« M**® Regnault de Saînt-Jean d'Angély , veuve de l'ancieiai ministre d'État, celle-là même qui, lors de la rentrée de Chateaubriand en France (1800), « invita le duc de Rovigo à le laisser à l'écart (r) », preuve qu^eJte savait, suivant l'expression de René, « interposer sa beauté entre la puissance et l'infortune ». '

Inutile de dire que M'"^ Regnault de Saint-Jean d'Angély était restée fidèle au souvenir de l'Empereur. Hortense avait encore cela de commun avec elle.

Dès 18 r 5, durant un court séjour qu'elle avait fait chez son oncle, à Aîx-la-Ghapelle, la jeune fille avait eu l'audace d'écrire au tsar Alexandre pour le supplier d'adoucir la captivité de Napoléon. Un peu plus tarîd, ayant appris que l'auguste prisonnier était malade, elle avait offert au général Bertrand d'aller le' soigner à Sainte-Hélène. Ces détails ne Turent pas ét?ranger9, sa-ns doute, à son entrée chez M'"^ Bertrand, qui lui confia' l'éducation de sa fille. Elle y resta ewri^on deux ans, pendant lesquels elle écrivit ^^ Lettres sur M^^ de Staël et rencontra pour son malheur le jeune « prélat romain » dont elle parle

(i) Mémoires d' outre-tombe^ id. Biré^ t. Uly p. 5o*

40 BORTKNSE ALUKT DB MilItTENa

en ses Enchantements. — Disons tout de suite que

ce « JérAme » n'appartenait pas à la cléricatore.

M"* de Méritens en a fait un homme d'Église pour

— "Ire le personnage un peu plus odieux et VÉgiise

i, car, lorsqo'elle rédigea son lÎTre, elle était

lis longtemps brouillée avec elle. Jérôme était

d'une très ancienne et très illustre famille portu-

; dont il est fait mention dans les Luaiades. 11

pelait le comte de Sampayo (i). Sa mère était

Irlandaise du nom d'Osborne. Hortense, en

', écrivait à Sainte-Beuve :

Ma jeunesse aété formée par Sampayo, ungrand it, au dire de ceux qui l'ont connu, mais un it dédaigneux qui, à part la politique et le ime, ne voyait rien (2). »

ïrmi ceux qui l'ont connu, je peux citer M.Thiers '.. Mignet. Tous les deux, en effet, l'avaient en e estime.

était alors âgé de vingt-quatre ans, avait une figure et l'âme religieuse. Il n'en fallait pas daage pour qu'Horlense fût séduite et conquise, ^temps après elle était encore sous le charme de înversation. En juin i846, elle disait à Sainteté :

J'ai souvent pensé, à propos de vous> que ce

Ud des frères de i JérSme ■ fitl lord Osborne, leqael s'inU< t toul parti culiËrement k Msrcus Allarl.

Lettre inédite. — a Au Vallon, dil-elle risns ses Enckantemiats :5). Jérûme me &t lire Adam Smith en causant de toul avec moi, vant beaucou]) wqd esprit. ■

SA VIfi 4?

Christ, cette croix, ces chanta du temple, ces douleurs du vendredi-saint à Rome, ce Vatican lugubre et poétique, toute cette fable de douleur et de dévouement valait mieux que ces petits mesquins peni^euxs cjui vous éloignent de Dieu et vous déroutent. Oh 1 que Sampayo était ferme là-dessus ! commç il tournait en ridicule tous ces.pauvres gensi et comme son fils (r) là^dessus a tous les mêmes propos, sans savoir même que son père les avait I Et comment autre chose qu'une race religieuse aurait-elle pu naître de gens si amoureux (2) ? »

Voîlà qui nous renseigne exactement sur la religion du comte de Sampayo. Ce jeuine homme, qui tenait de sa mère, était un catholique fervent, mais ses croyances religieuses ne Fempêchaient pas d'aîihèr les plaisirs' et, dans son mysticisme, il trouvait aussi naturel de s^agenouiller devant une jolie femme que devant la madone.

• Il aima donc et fut aimé. Hortensese donna à lui tout entière et n'en eut jamais de regret, quoiqu'il Teût fait beaucoup souffrir. Elle était de ces âmes foncièrement bonnes qui ne connaissent pas la rancune et se consolent avec le souvenir. Le bonheur qu'elle avait goûté dans les bras d'un amant le sacrait en quelque sprtç pour toujours à ses yeux. Il le faut bien pour qu'à la mort de Sampayo, en i844j elle ait encore trouvé ce mot touchant sur lui :

(i) Marcus.

(2) Lettre ia^^itet

« La mort de Sampayo m'a fait croire qu'il serait , mieux où il allait qu'ici-bas, mon chagrin en est compensé (i) 1 »

Or il y avait près de vingt ans qu'elle l'avait quitté, ■ et dans quelles conditions, grands dieux ! Elle était enceinte de ses œuvres. Plutôt que de subir l'affront de son dédain, elle était allée cacher sa honte à Florence, où Capponi l'avait reçue à bras ouverts et l'avait engagée, sur la foi de la Conjuration d^Amboise, qui fut son début dans les lettres, à cultiver spécialement l'histoire.

Cela se passait en 1826. Il semble que ce premier amour malheureux eût dû lui sefvir de leçon et la préserver de toute rechute. Mais, en digne fille de Montaigne et de Jean-Jacques, Hortense n'écouta jamais que la voix de la nature, et la nature lui disait: « Si ton esprit recherche le commerce des grands hommes, que ton cœur ne craigne pas de se donner à eux : en ce monde, il n'y a de vrai, il n'y a de bon que l'amour ! »

Elle écrivait, un jour, à Sainte-Beuve :

« Je pense que les moralistes s'égarent qui appellent poignée de main bien donnée pour les unes ce qui serait un crime pour des filles, à l'âge où cette poignée de main serait la plus douce. Si je rencontrais sur mon chemin une fille délicate, spirituelle et forte, je lui dirais de faire comme j'ai fait, de suivre noblement la nature. Il vaut mieux combattre

(1) Lettre inédite à Sainte-Beuve, 4u a mars i844.

au seîn des passions que de combattre les passions, car la fille qui a un amant, même inférieur, vit, existe, respire, est dans la vérité, verse des larmes, eu jouit> cède à la loi divine. Mais la fille qui combat la nature ne connaît que des tourments» Affreuse, téotébreuse, toute sa machÎTie se détraque, c'est un* ébraidement universel, et il vaut mieux mourir (i).»

Quand elle s'exprimait ainsi (i846), elle avait été, de 1829 à i83i, la maîtresse de Chateaubriand; de i83i à i836, celle de BuWer-Lytton (le Warwick des Enchantements) (2); de 1887 à 1889, celle de

(f) Lettre inédite.

(a) Bulwer-Lyttoa (sir Henry«LyttoD-Earibe), on ded fils dtt générai Bulwp et le frère du grapd romancier de ce nom, s'illustra dans la diplomatie et la littérature.Né en i8o4, il fut d'abord attaché à la légation de Berlio, puis il reçut une mission confidentielle pour la Belgique qui revendiquait son autonomie (i83o). Nommé successivement secrétaire d'ambassade à Bruxelles (i83ô), à Constantinople (1837) et à Paris (tA%^) il deviAt, éû j843» ministre plénipotentiaire à Madrid. Bn mars 1848, à la suite de démêlés avec Narvaez, qui prétendait avoir trouvé sa main dans certains complots ourdis contre le gouvernement espagnol, il fut expulsé d'Espagne, mais le Parlement et le ministre approuvèrent sa conduite, et l'Espagne fut obligée de faire amende honorable. En 1849, ^nlw^er fut nommé ministre résident à Washington, d'où il fut envoyé, en la même qualité, à la cour de Toscane, en i853. Eq |85Ô, il fat chargé par iord Palmerston <f aller examiner l'état, des provinces danubiennes, Knfîn, lors du rappel de lord Rad< , cliffe, ambassadeur près la Porte ottomane, en i858, il alla le remplacer à Coodtantifaople: Meibbre à plusieurs réprises du Parlement, oii d'ailleurs il ne jpua auc^n.i^ôle, il épousta la s^ur du coipte Cowley» ambassadeur à Paris.

Aa'tttiHeii dfe pes travaux diplomatiques, sîi» Henry Bnlwer-Lytton (Lytton était le nom de sa mère) publia divers oiivrages dont quelques-uns firent assez de bruit: Un automne en Grèce (i8a6);/aL Fram» ^&oiaiè, littéraèrê et palitiqae { i8î4) î la Mànaï*chie iies classes moyennes (i836); la Vie de Lord Byron (Paris, 1839) ; le Lord, le gouvernement et le pays (Loodres, i8d6) etaii Essai gur Talleyrêcnd

Jacopo Md2zei (i), père de son seeond fils, né, comme le premier, à Florence(2); en i84t, pendant quelques jours, celle de Sainte-Beuve, qui resta son ami préféré; enfin, de i843 à i845, la femme pour rire de M. de Méritens. — Et ce qui prouve son honnêteté, c'est qu'elle avait passé de Tun à l'antre sans ruse et sans détour et qu'elle garda leur amitié. Cette singularité faisait, non pas le scandale, mais l'étonnement de George Sand qui, elle, avait l'habitude de rompre avec ceux qu'elle lâchait.

Dans la préface des EnchantementSy Lélia nous dit:

(1868), dont SaÎDte-Bêuvé prit texte pour écrire ses remarquables «vticlés sur M. de Talleyraod. Il mourut à Kaptes le s3 mai 1873.

(i) Son nom dous est donné par M^i* de Méritens elle-même dans une lettre à Saînfe-Beuve, qui avait écrit en tête : A garder ^ — En 1848, elle lui mandait ;

« M"» Hamelin n'est pas très contente de Gapponi, mais il est premier ministre k un mauvais moment, quand Htalie veut s'unir. Le père de mon enfaat eat ministre avec lui (des Cultes) et le domine fort. » — (Lettre inédite.)

(a) Voici son acte de baptême :

Extrait des registres de TEglise évangélique de Florence.*

Henri>^arcuft-DiodBtif fils de Hûortease^TbérèsQ-âigismond^-Aleaandrine-Sophie AUart, de Paris.

Né à Florence, le vingt<un mars mil huit cent trente-neuf, a été baptisé par moi soussigné dans la chapelle de l'église évangélique de Florence, le vingt-neuf avril de ia même annéek

Présenté an saint baptême par sa mère.

Témoins : André Vieusseux, domicilié à Florence; Jean-Jacqties Knbly, domicilié à Florence.

En foi de quoi, j'ai signé ce certificat de ma propre main et l'ai revêtu du sceau de l'Eglise Evangélique de Florence.

Signé : Moïse Droin, chapelain de ladite Eglise et de ia léf atlcm de Sa Majesté le roi de Prusse auprès de la Cour Impériale et Rojale de Toscane.

SA VIE 5l

« Elle ne veut pas éteindre les foyers qu'elle a allumés, elle les respecte et elle les entretient comme des autels, avec une coquetterie pieuse et charmante. Qu'on ne se scandalise pas I elle se défend et se réserve pour Fhomme dont elle partage la passion, elle confie ce nouvel amour à ceux qui lui redemandent le passé, elle échappe aux périls de ces entrevues, tout en avouant qu'elle en a senti le charme et Témotion. Elle a pour principe de cœur qu'on ne cesse pas d'aimer ce qu'on a aimé, que ceux qu'elle a quittés par lassitude ou par crainte du joug étaient dignes de son éternelle tendresse, et elle laisse volontiers à ces amitiés le nom d'amour qui sied encore à leur délicatesse. Elle suit les travaux de ces esprits éminents, elle s'intéresse à leurs succès dans les lettres, dans la politique ou dans le monde, elle garde leur confiance intime qu'elle provoque par la sienne. Elle s'est emparée de leur estime, eUe la conserve, et un peu de leur amour lui revient encore, par chaudes boufifées, bien qu'elle n'y prétende plus. Il y a dans tout cela une facilité de relations qui rappelle les amours philosophiques du siècle dernier, moins ce . qui les gâtait, la galanterie libertine. »

On ne saurait mieux dire. Et, puisque nous sommes sur ce chapitre, épuisons le sujet. Un jour que Sainte-Beuve discutait avec M™^ de Méritens le nombre d'amants que pouvait avoir décemment une femme, elle s'emporta et lui fit cette déclaration :

« Suis-je blâmable pour être moins prudente ou

plus jeune? Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas aimer comme vous autres? Amaury (i) voulait, pour être heureux, trois femmes à la fois. Souvenezvous-en, ou je chercherai la page. Ne dites donc pas qu'il ne faut pas dépasser trois amants dans toute sa vie. Ne mettez pas des nombres.. Dites seulemejit. qu'il faut garder l'honnêteté, l'estime^ ne faire que ces choses qui ne sont pas toujours la passion, mal^ que Dieu voit et accepte, car c'est sa loi entraînante et invincible qu'il impose. »

Et, comme Sainte-Beuve ne voulait pas se laisser convaincre, Hortense revenait à la charge dans. la lettre que voici :

« Il y a une question sur laquelle, monsieur de Port- Royal, vous étiez bien sûr que je vous reprendrais plus tard. Je vous ai dit : « Je porte ces choses devant Dieu I » Vous répondez : « Porte-t-on les besoins de la vie devant Dieu? » — On a pourtant inventé le ' jeûne, on y a attaché une idée religieuse, et, inventé peut-être pour se dompter, on a dépassé le but.

« Mais il est un besoin qui est tout mêlé de sainteté. Il est si doux et si entraînant, il renferme tant de dangers et il est si bien le père de la pudeur, qu'on a cherché tous les moyens de le dompter, et, comme il peut devenir grossier ou sortir même des lois naturelles, les chrétiens l'ont flétri j usque dans le mariage. Il en a été comme pour le jeûne. Mais, de même que vous dites que Montaigne est pure nature, il s'est

(i> Dans Voluptés

trouvé bien des gens qui ont été aussi sur cela/wzre nature.

« Cest beau en soi et selon les gens. Votre ainôur, à VDUB, a été le plus beau et le plus saint du monde. Et teltes ont été, je crois, les deux passions qui ont rempli ma vie (i). Mais si les gens aimés, organisés pour aimer, sont privés de ceux qu'ils aiment, ne peuvent-ils pas porter devant Dieu leur trouble et leur force et lui demander ce qu'ils en doivent faire ? Dieu les va-t-il mépriser pour ce trouble et celte force qu'il leur a donnés? II leur dit : « Allez, calmez-vous, vivez 1 » Sous cette inspiration on agit toujours le plus honnêtement et le plus loyalement du monde, on ne méprise, ni ne joue ses amants; si, au moment d'une rupture affreuse, on en a pris peut-être sans les aimer, et même avec horreur, on les a estimés comme des frères, on s'est intéressé à leur sort et on les a avertis, on a préservé leur repos et leur dignité. Ce premier désespoir passé et la nature calmée, on s'est laissé aimer, on a choisi par exemple le père de mon deuxième enfant, le plus honnête homme du monde, qui, après la naissance de l'enfant, est venu m'offrir de m'épouser, ce que

(i) Ellercrulait parlcf deSampayo et de Bulwer. Loagtemps après, le 36 septembre t868, elle g'epcprimail ainsi sur eux dans ses Notes iaédites:.» Ce que j'aurais voulu, mais je n'en ai pas le talent, c'est établir lès deu£ caractères de Jérôme et- d'Henry, de façon, qu'on les connût dans les lettres : l'un sublime, l'autre délicieux. M"« de Warens, Jàlie, Corinne sont des personnages familiers. Chacnn les connaît êû France^ on les nomme $ou7ent. Quand on aurait dit Jérôme, on aurait dit un grand amour, un héros de la pensée et du sentiment. Quand on aurait dit Henry, on aurait nommé ce qu'il y a de plus aimable, de plus léger, de plus doux, de plus voluptueux, w

sr*.-.

j'ai refiisé, parce qu'ayant voulu Faiiaer je nù Taî pas pu, et que jamais mon ancienne amitié ne s'est» changée pour lui en amour» J'avais porté cet atta-^chement devant Dieu, mais jamais Dieu n'est des*^ cendu entre nous. Entre Bulwer et moi^ il est sans cesse présent, mais il m'en sépare pour certaines raisons. Et si, en arrivant d'Italie, je n'ai pas cédé à Bulwer, si je n'ai pas accepté l'appartement qu'il avait préparé pour nous deux, c'est parce que j'avais fait des serments devant Dieu, qui m'étaient plus chers que Bulv^er et moi-m$me. Quand j'ai été occupée de vous, et libre pourtant par vos aveux, j^ai moins craint de le voir, et vous savez ce qui est arrivé, mais de nouveaux serments m'ont sauvée! tj y a une église rustique à Herblay, où, depuis des années, je vais me calmer et rêver, et là, au printemps, Dieu m'a donné de nouvelles espérances et a appuyé un homme qui demande sans cesse à m*épouser tout de suite. Il est d'une famille noble, et je crains sa famille, je crains sa jeunesse, je crains tout. Si vous m'aviez aimée, l'autre année, j'aurais vouju vivre libre pour vous, moins exigeante, moins violente que vous ne pensez. Mais qui sait? Laissons, selon votre tranquîlHté, les choses et les familles se déclarer... Si les passions nous étaient données faciles, si l'ambition, les lois, la pauvreté, la convention, les préjugés ne les gênaient pas sans cesse, il faudrait rester jeune, mais on est très heureux quand on garde le souvenir, la douceur des passions dans le repos de l'âme et l'enchantement de l'étude.

ni-

« Voilà ma morale, voilà ma morale, voilà ma morale! Daîg'nez-vous ^approuver, monsieur? J'en dirais plus si je n'avais pas une plume qui n'est pas la mienne et me trahit. — Bonsoir donc (i) ! »

On voit qu'Hortense avait le courage de son opinion.

Et quel était donc cet homme de famille noble qui demandait alors sa main? — C'était M. de Méritens. D'après leur acte de mariage, que j'ai sous les yeux, il se nommait Napoléon-Louis-Frédéric-Corneille de Méritens de Malvézie, — ce qui n'était déjà pas mal; — mais Hortense nous apprend qu'il avait d'autres titres, sinon à sa considération, du moins à celle de d'Hozier. Il était de Malvézie de Marcignac TAsclaves de Saman et TEsbatx (d'où le pseudonyme qu'elle prit pour ses Enchantements). « Je date de Charlemagne, — disait-elle à Sainte-Beuve, — et nous avons fait les Croisades ! » Elle n'en était pas plus fière, d'ailleurs, et ce qui la ravissait surtout en M. de Méritens, c'est que, n comme Richard Cœur de Lion, il était à la fois un héros et chantait admirablement JD. Il paraît qu'il avait eu (f une conduite héroïque à l'armée dans les affaires de Lyon ». — Quelle occasion pour une Madeleine de racheter sa vie et de

(i) Lettre inédite.

faire une fin ! Oui, mais Horlense n'avait aucun goût pour le mariajfe, et tous ceux qui la connaissaient se demandaient si elle devenait folle (ï).

En tout cas elle n'était pas pressée. Quand son « troubadour », comme elle l'appelait, venait lui faire la cour, elle lui parlait de Hume, dans lequel elle était plongée pourle moment, ou bien encore de Machiavel. N'ai-je pas dit que Capponi l'avait engagée à s'occuper d'histoire? Elle avait si bien suivi son conseil qu'elle venait de publier Y Histoire de la République de Florence (2). — Epouser Apollon, disait-elle à Sainte-Beuve, est la seule noce qui n'effarouche pas. Pour moi, je me fierais aux femmes qui ont ces craintes; quelle légèreté de se marier! H faut au moins deux ans d'intimité avant cela (3). »

Cependant^ à force de l'ennuyer, M. de Méritens finit par obtenir gain de cause. Le 3o mars i843, il la conduisait à l'autel, dans la petite église d'Herblay (4), et, le lendemain, il partait avec elle pour

(i) ËQ décembre i84a^ elle écrivait à Sainte*BeuTe : «Vous oeme dites pas uq mot demoa maria^e,Y0us ne me dites pas en ami : a Achevez donc \ » ou comme Bérao^er : « Arrêtez t » j*ai voulu amuser celui-ci en lui racontant comment les choses se sont passées. Tout est remis en février, la saison des amours, chez les Romaias, du mariafi^. Ou vous dites : « Que m'importe cette perQde avec tous ses amants, ses adieux, ses incertitudes, et l'Anglais, et le Languedocien, quelle femme légère et irrésolue 1 » Ou vows dites : « Pour Dieu, qn'elle ne revienne pas tendre et enchantée des poète» 1 Je suis tout ailleurs et elle doit le comprendre. » ^Lettre inédite.) (9) I vol. in-i8, chez Delloye, i843.

(3) Lettre inédite du mois de décembre i84a.

(4) Extrait des registres du mariage de la paroisse Saint-Martio, d'Herbiay :

« L*an 1843, le 3o mars, «près les publications des s bans faites en

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