‹ HortenseChapitre 2 sur 11 · HO RIEUSE · texte numérisé non relu

HO RIEUSE

SI avancé , que je n'en aurais pas voulu pour rien.

CHARLES. — Ah çà î patachon, voulez-vous, oui ou non^ nous mener au Lion d'or?

LE PATAcno>-. — Mais, monsieur, il n'y a pas de Lion d'or.

MOI. — Mais j'y ai descendu dix fois!

LE PATACHON. — Alors, c'est possible... Oh î où est donc le Lion d'or, vous autres?

— La deuxième rue à gauche.

— Tiens, je n'aurais pas cru ; c'est que je n'y mène jamais; tous les gens bien, tous les gens de la haute volée, tous les commis voyageurs, descendent au Lion d'argent. »

Au Lion d'or, nous demandons à déjeuner ; il sera de bon goût de ne rien accepter chez l'oncle avant l'heure du diner.

— Ah çà ! Charles, nous voici arrivés ; il faut se

décider sur la manière dont je t'introduis chez mon oncle.

— Mais c'était décidé avant notre départ.

— Ce sont là des plaisanteries pleines de difficultés quand on arrive à l'exécution ; pense que nous devons rester un mois, et que mon oncle te prendra et te fera travailler.

— Je trouverai bien moyen d'éluder, et tu me donneras des commissions ou des occupations qui prendront tout mon temps, et, une fois commencée, la pièce ne pourra pas s'interrompre.

— Je t'assure que cela ne sera drôle que pendant trois ou quatre jours.

— Ça m'est égal ; j'aime mieux ça que d'être reçu par l'oncle comme un ami grugeur et parasite.

, — Es-tu bien décidé ?

— Parfaitement.

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— Alors, mets ta livrée.

Et Charles mit la livrée grise avec des boutons de cuivre et un passe-poil jaune.

Je fus très-passablement reçu chez mon oncle.

Charles dîna à la cuisine avec les laboureurs et les domestiques. Le soir, comme je m'endormais, on frappa à ma porte.

— Qui est là?

— C'est moi.

— Qui vous ?

— Charles.

J'ouvre. Charles entre, les bras chargés de bottes et de souliers.

— Ah çà ! voilà ce qu'on m'a donné à faire ; tu vas m'aider.

— Eh bien, c'est amusant.

— A nous deux, c'est l'affaire d'une demiheure. Voici les brosses et le cirage.

Nous nous mettons à la besogne tout en causant.

— Eh bien , Charles , parle franchement ; avoue que tu es fâché de ne pas m'avoir cru ce matin et d'avoir commencé la plaisanterie.

— Mais pas du tout.

— Allons donc !

— Pas le moins du monde. Il y a à la cuisine la petite femme de chambre de ta tante, qui est ravissante.

— Ah î ah î prends garde, ma tante est trèsprude... pour ses femmes de chambre. Tu sais que, demain, tu serviras à table?

— Oui.

— Il y a un grand dîner pour mon arrivée, une demi-douzaine de voisins. Mon rôle ne sera pas plus facile que le tien ; mon oncle me croit

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second clerc chez M^ Leblanc, avoué, rue Montmartre.

— Eh bien ?

— Eh bien , il faut soutenir la situation. Ces vieux propriétaires campagnards sont très-forts sur la chicane ; ils vont m'écraser, moi qui n'ai jaaiais mis les pieds à l'étude ; ce n'est pas en peignant avec vous autres que j'ai appris l'argot de la chose. Heureusement, j'ai à glisser dans le dialogue une phrase qui les éblouira.

— Voyons ta phrase.

— Les nullités d'ordre public ne se purgent pas par conOrmation ni même par novation.

— C'est très-bien .

— J'ajouterai que la cause est inopérante, que la preuve est irrecevante. Et, s'ils ne sont pas contents, c'est qu'ils seront difficiles.

— Voilà les bottes cirées ; bonsoir.

— Bonsoir, Charles.

— A quelle heure faut-il réveiller monsieur demain matin?

— Monsieur sonnera.

Charles me donne un coup de poing et un coup de pied, et s'en va avec les souliers et les bottes.

Le lendemain matin, je dormais encore à huit heures et demie, quand mon oncle entra dans ma chambre.

— Ah çà ! Fernand, me dit-il, sais-tu que ton domestique ne se gêne guère? Il dormait, il y a dix minutes, comme un bienheureux.

— Mon oncle, ce pauvre garçon doit être bien fatigué.

— Ça n'empêche pas que je l'ai un peu secoué.

Tu comprends, mon cher Prosper, quel fris-

son me parcourut le corps, à ces paroles, depuis les pieds jusqu'aux cheveux. Pourvu que Charles n'ait pas à son tour secoué mon oncle!

— Et...?

— Eh bien, le garçon ne manque pas de docilité ; il s'est excusé de son mieux.

— Mais, mon oncle, je n'ai pas encore vu ma cousine.

— Elle est chez des amies; mais je lui ai déjà, ce matin, envoyé un exprès; tu la verras à dîner. Vas-tu te lever?

— Oui, mon oncle.

Et je sonnai. Charles arriva la tête couverte de papillotes; mon oncle recula.

— Qu'est-ceci? demanda-t-il.

— Ah ! mon oncle, c'est que vos domestiques ne vous ont pas accoutumé à la coquetterie de

Charles ; c'est un garçon très-propre et très-soigneux.

— Qui met des papillotes \

— Oui, mon oncle, c'est beaucoup plus convenable.

— Je n'aurais jamais deviné celui-là.

CHARLES. — Le déjeuner de monsieur est prêt. MOI. — Comment... mon déjeuner?

CHARLES. — Monsieur m'ayant dit hier au soir

qu'il déjeunerait dans sa chambre, j'ai tout fait préparer.

MON ONCLE. — C'est bien pour aujourd'hui; mais j'espère que demain, monsieur mon neveu, tu nous feras l'honneur de déjeuner avec nous?

— Certainement, mon oncle.

INÎon oncle sort.

— Charles, pourquoi me fais-tu déjeuner dans ma chambre?

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— Pourquoi? Tu vas le savoir.

Charles sort et revient avec uq plateau surchargé de viandes froides et une bouteille de vin de Bordeaux.

— Mais je ne mangerai jamais tout cela.

— Je l'espère bien.

— Comment cela, monsieur Charles?

Charles ne repond pas ; il met le plateau sur une

table, devant mon lit, apporte une chaise de l'autre côté de la table, s'y assied, tire de ses poches un couvert, prend un second verre sur la commode, et nous déjeunons.

— Tu comprends pari'ailement que je ne négligerai rien pour me dédommager des festins de l'office.

Charles boit, mange, cause. Nous entendons marcher; le couvert de Charles est caché dans la commode, et^ debout, la serviette sur le bras, il

change mon assiette, quand mon oncle revient me dire que ma tante est levée.

— Monsieur, me dit Charles, comment voushabillerez-vous ce matin?

— Ah ! ce matin... ce que je mettrai?... Quel temps fait-il ?

MON ONCLE. — Monsieur mon neveu, j'espère que tu ne viens pas ici pour faire le fashionable.

— Oh ! mon Dieu non, mon oncle.

CHARLES. — Un temps couvert^ monsieur.

— Oh!... Éh bien, puisqu'il fait un temps couvert, je mettrai mon habit bleu et mon pantalon gris de perle.

Charles visiblement contrarié :

— Il manque des boutons au pantalon gris de perle.

MOI. — Cela ne me regarde pas; il fallait en recoudre. Remettez-en 1

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Mon oncle sort.

CHARLES. — Mais tu n'as pas le moindre pantalon gris de perle.

MOI. — Et le tien?

— Mais le mien, je le garde et je compte le mettre aujourd'hui.

— Ce serait joli, bigarrer ainsi ma livrée.

— Et, d'ailleurs, il est très-juste, tu me le déchireras.

— Je ne le déchirerai pas.

— Sérieusement, je ne veux pas que tu le mettes.

— Ah I tu le prends sur ce ton-là? Eh bien, tu vas avoir de l'amusement ; je vais donner à mon oncle l'idée de te faire arroser le jardin.

— Au moins, ménage le pantalon.

Je t'écris ceci avant d'aller saluer ma tante, mon cher Prosper. Demain, je te parlerai de cer-

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taines inquiétudes que me donnent la bonne réception de mon oncle et quelques paroles qui lui sont échappées.

Continuation des débuts de Charles Lefloch dans les rôles de Scapiu et de Mascarille. — Complicité d'un baromètre. — Je Yoalr-iis Sienne pas devenir le fih de mon oncle.

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