‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 2 sur 54 · HORTENSE DE R I- A U II A R N A · texte numérisé non relu

HORTENSE DE R I- A U II A R N A

Charles * et dans lequel il demeure ordinairement, ainsy que monsieur son père et madame la vicomtesse de Beauliarnois, son épouse, il a été se loger ailleurs. »

Tandis que le vicomte s'établit d'abord rue de Gramont, puis dans le petit hôtel de La Rochefoucauld, rue des Petits- Augustins, Joséphine, lasse de « souffrir patiemment tant d'affronts ». se décide, à la lin de novembre, à prendre un logement à l'abbaye de Panthemont, et pour ne pas « manquer à ce qu'elle se doit et à ce qu'elle doit à ses enfants », dépose, le 8 décembre, une plainte reçue par Louis Joron, « conseiller du roy et commissaire au Châtelet de Paris », suivie d'une demande de séparation de corps et d'habitation, deux jours plus tard.

Cet acte d'énergie auquel, sans doute, il ne s'attendait pas, et peut-être les remontrances de son père et de madame de Renaudin qui,

1. La rue Neuve-Sainl-Charles était la partie de la rue actuellement de la Boëtie, située entre le faubourg Saint-Honoré et la rue de Cou réelles.

l'enfance. i3

loin d'abandonner Joséphine, ne cessèrent de protester en sa faveur, paraissent faire rentrer le fougueux jeune homme en lui-même. Il exprime des regrets de sa conduite passée et, pour éviter l'éclat toujours fâcheux d'un procès, consent à une séparation amiable que Joséphine accepte de son côté, « pour donner, dit-elle, à ses deux enfants, la preuve la plus forte de son amour maternel ».

Il est donc convenu qu'Eugène reste à son père, mais que, jusqu'à l'âge de cinq ans, il « sera laissé sous les yeux de sa mère ». Hortense demeure à celle-ci et son « père paiera pour elle mille francs, jusqu'à l'âge de sept ans, et quinze cents francs, passé cet âge, par trimestre et d'avance. »

L'injustice du sort veut que toujours les pauvres enfants soient victimes de la mésintelligence de leurs parents ; ballottés de l'un à l'autre, ils ont à souffrir dans leurs affections, et aussi de l'insuffisance des soins donnés à leur santé et à leur éducation. Telle fut la situation d'Eugène de Beauharnaisqui,dès l'âge de

ff HORTENSE DE R E A T II ARN A T S.

cinq ans, passe, des mains de sa mère, dans celles de son père, lequel s'empresse de se débarrasser de lui en le mettant au collège :

« Eugène est depuis quatre mois dans une pension à Paris, écrivait la vicomtesse de Beauharnais à son père, le 20 mai 1787. Ma lettre ne sera pas bien longue, étant occupée, dans ce moment, à soigner ma fdle dont M. de Beauharnais a désiré Tinoculation. J'ai cru ne devoir pas résister, dans cette circonslance, à la prière qu'il m'a faite. Jusqu'à présent, je n'ai qu'à m'en louer, puisque l'enfant est aussi bien qu'on puisse le désirer. Elle fait ma consolation; elle est charmante par la figure et le caractère; elle parle déjà fort souvent de son grand -papa et de sa grand'maman la Pagerie. Elle n'oublie pas sa tante Manette ^ et me demande; « Maman, les verrai-je-ti bientôt? » Tel est son patois pour l'instant. »

Chaque semaine, Joséphine écrivait à son mari pour lui donner des nouvelles de sa fille

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