‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 3 sur 54 · Sœur de Jos(^phine · texte numérisé non relu

Sœur de Jos(^phine

i/f,nfance. 1?)

et elle recevait, en échange, de celles de son fils, mais cette correspondance devait être une satisfaction bien insuffisante pour son cœur maternel. Il est très vraisemblable que celte séparation d'avec son fds fut la dernière goutte d'amertume qui fit déborder le vase et que, le seul lien qui la retenait en France venant à se briser, elle n'eut plus qu'un désir : fuir, se réfugier auprès de ses parents et retrouver, à leur foyer, un peu de calme et d'apaisement que son cœur meurtri réclamait.

S'embarquer ainsi, seule avec une fille en bas âge, pour la Martinique, constituait une bien grosse entreprise pour une femme aussi jeune. Fort heureusement, madame de Beauharnais avait fait la connaissance d'une créole de son âge : madame de Lamothe Hosten, née de Louvigny, dont le mari appartenait à une bonne famille de Bordeaux établie aux Antilles depuis un demi-siècle. Un allié de cette dame, M. de Rougemont ^ procura au Havre, à José-

1. M. de Rougemont était banquier, il demeurait, en 1803, à Paris, rue des Capucines.

iO HORTENSE DE R E A U II A RN AIS.

phine, un logement qui lui permit d'attendre que le vaisseau de l'État, sur lequel devait s'effectuer la traversée, fut prêt à appareiller; mais celle-ci ne put modérer son impatience, et, malgré le mauvais temps et les supplications de son entourage, elle prit place sur un petit bâtiment qui mettait à la voilo pour les colonies.

a Nous nous embarquâmes au Havre, racontait plus tard la reine Hortense, et je me souviens qu'un vent furieux manqua nous faire périr à l'embouchure même de la Seine, quoique je n'eusse alors que quatre ans, je me rappelle fort bien les terreurs de ma mère. »

Le séjour d'Hortense, à la Martinique, fit, sur sa jeune imagination, une impression profonde ; elle n'aura pas oublié non plus, au bout de longues années, l'habitation des Trois-Ilets, les promenades en palanquin et les pauvres esclaves dont sa mère demandait sans cesse la grâce, pour leur éviter d'être punis.

Au moment du voyage de Joséphine à la Martinique, les symptômes avant-coureurs de la Révolution allaient s' accentuant chaque jour davantage. Par une étrange inconséquence, la noblesse, qui devait avoir le plus à souffrir des réformes sociales, avait été la première à y applaudir et à se mettre à la tète du grand mouvement qui emportait le siècle.

Alexandre de Beauharnais, bavard et remuant, ne voulut pas perdre une si belle occasion de donner carrière à sa verbeuse activité, il se lança, à tort et à travers, dans la politique et proclama hautement ses idées

libérales et démocratiques dans le Blaisois, où se trouvaient le château et les terres dont il était seigneur.

Lui-même a retracé les différentes phases de sa carrière, au moment où elle touchait à un dénouement tout autre que celui qu'il en attendait ^ « Il fut nommé, assure-t-ii, lors de la création des premières assemblées provinciales, procureur-syndic du département de Blois, mais il refusa cette fonction, à cause de sa grande jeunesse, et n'accepta qu'une place d'administrateur compatible, d'ailleurs, avec l'état militaire qu'il suivait avant la Révolution. »

Envoyé, en 1789, aux États généraux, par la noblesse du bailliage de Blois, Alexandre, alors major en second d'infanterie, fixe sa résidence à Versailles où il habite l'hôtel de Brissac, rue du vieux Versailles, n" 7. Là, il est toujours

i. Voir à l'Appendice le /a/y/eau qu'Alexandre de Beauharnais rédigoa en prison pour s;i firfense. Arch. nat. Série F 7 •— •

l'enfance. 19

en mouvement : écrit, discute, pérore, sans trêve ni repos, aide à organiser des réunions, à fonder des clubs, entre autres le Cluh-Bretoji , d'où sortira la sinistre société des Jacobins qui quittera Versailles pour se transporter à Paris, en même temps que le Gouvernement, ot dont Beauharnais deviendra président.

Lors de la fusion des trois ordres, Beauharnais est Fun des quarante-sept membres de la noblesse qui se réunissent spontanément aux Tiers État, pour aider à la formation de l'Assemblée constituante, et, dans la nuit du 4 août, il se signale parmi les plus empressés à offrir ses privilèges, droits et titres féodaux en holocauste à la patrie.

Le 49 octobre, l'Assemblée ayant rejoint le roi à Paris, Beauharnais retourne, dans la capitale, à son ancienne demeure, au petit hôtel de la Rochefoucauld, rue des Petits- Augustins, n*^ 33, et presque aussitôt, il est nommé secrétaire à l'Assemblée constituante, où il se vante de s'être montré, dès cette époque, « montagnard et républicain ».

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Tandis qu'en France, le vicomte de Beauharnais se donnait tant de mouvement pour jouer un rôle politique, sa femme assistait, elle aussi, à la Martinique, au trouble croissant des esprits. Les doctrines libérales de 89, jetées sans ménagement dans les colonies, fermentaient déjà dans toutes les tètes, lorsqu'un décret rendu par l'Assemblée, qui appelait les hommes de couleur à partager les droits politiques que les blancs s'étaient jusque-là réservés, mit le feu aux poudres et y causa d'incalculables malheurs.

« Tous, lit-on dans un rapport du Comité colonial, * voulurent faire servir la Révolution à satisfaire leurs passions particulières. Le nègre voulut la liberté, l'affranchi le droit de citoyen, les planteurs s'agrandir de l'autorité des chefs... »

La guerre civile éclata et la famille Tascher de la Pagerie s'y trouva mêlée.

Ce fut alors que Joséphine, voyant sa sécu-

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