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rilé menacée jusque dans le domaine paternel, songea à retourner en France. Elle savait qu'Alexandre avait été amené, par sa carrière politique, à renoncer à sa vie de plaisir et de dissipation, et elle espérait retrouver un mari, sinon repentant et contrit, du moins assagi et mieux disposé à son égard.
Sur ces entrefaites, M. Durant de Braye, commandant la station navale, qui retournait en France, fit offrir à Joséphine, dont il connaissait les intentions, de la recevoir à son bord, seulement il fallait se hâter, car les insurgés menaçaient de s'opposer à son départ. Celle-ci, heureuse de l'occasion qui s'offrait, n'eut même pas le temps de faire ses adieux à sa famille et vint prendre place précipitamment, avec Hortense, alors âgée de sept ans, sur la frégate la Sensible, qui appareilla le 4 septembre 4790.
Le retour de madame de Beauharnais, en France, ne semble pas avoir amené une réconciliation définitive entre les deux époux, car
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ils continuent à vivre sous des toits séparés. Alexandre ne quitte pas la rue des Petits- Augustins et Joséphine, quand elle n'est pas à Fontainebleau, où le marquis de Beauharnais et madame de Renaudin résident depuis cinq ans, habite à Paris, rue de l'Université, ou plutôt rue Saint-Dominique, n° 43, car ces deux adresses, si l'on s'en rapporte au plan, paraissent désigner la même demeure, laquelle aurait eu, grâce aux jardins, une communication sur ces deux rues.
Toutefois, la désunion du mari et de la femme n'est pas aussi complète que par le passé, ils doivent se voir de temps à autre, en tout cas fréquentent la même société et ont, parfois, les mêmes amis. Les enfants servent, sans doute, de prétextes à ce rapprochement. Eugène poursuit, sans enthousiasme, ses études au collège d'Harcourt, mais il passe ses vacances chez sa mère où il retrouve avec joie, chaque année, sa sœur Hortense, qui, de son côté, travaille sous les yeux d'une gouvernante : madame Lannoy.
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Plusieurs mois passent ainsi pendant lesquels la Révolution marche à pas de géant. En 91, M. de Beauharnais a été nommé, à deux reprises, président de l'Assemblée, mais sa carrière parlementaire a pris fin avec la Constituante, le 30 septembre de la même année, et il a, depuis, tourné son activité vers la carrière des armes.
Au début de 92, la guerre est imminente, et, déjà, les troupes commencent à se diriger sur la frontière. Alexandre de Beauharnais, adjudantgénéral-lieutenant-colonel, rejoint l'armée du Nord, dès le mois de janvier. En avril, lors de l'ouverture des hostilités, on le retrouve, à Valenciennes, partageant son temps, avec une égale ardeur, entre les camps et la tribune : tantôt valeureux soldat, tantôt orateur sans mesure, déversant des torrents d'éloquence au sein de la société des Jacobins de cette ville, dont il est président.
Nommé maréchal de camp le 7 septembre, il part pour l'armée du Rhin, en qualité de chef d'état-major et va s'établir à Strasbourg.
La vicomtesse de Beauharnais, demeurée à Paris avec sa fille, n'avait pu assister, sans effroi, aux sinistres événements dont cette ville était sans cesse le théâtre, et elle voyait, presque chaque jour, son entourage diminuer et ses amis partir pour l'émigration.
Après la journée du 10 Août, la panique, arrivée à son comble, s'empara de tous les esprits et le sauve- qui -peut devint général. Que va faire Joséphine au milieu d'un pareil désarroi ? Ses ressources sont minimes et elle a, non seulement la charge de sa fille, mais aussi celle de son fds à cette époque de l'année, ce qui augmente encore ses responsabilités maternelles et les difficultés d'un voyage à l'étranger. Mettre d'abord ses enfants à l'abri, tel est son plus cher désir ; délivrée de ce souci, elle pourra, ensuite, veiller plus facilement à sa sûreté personnelle. Un moment, elle croit avoir trouvé un moyen de salut.
M. et madame de Beauharnais comptaient, au nombre de leurs communes connaissances, une jeune femme de vingt-huit ans, la prin-
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cesse Amélie -Zéphyrine de Hohenzollern - Sigmariiigen et son frère, le prince Frédéric de Salm-Kirbourg, qui habitaient ensemble, rue de Lille, le bel hôtel occupé, aujourd'hui, par la chancellerie de la Légion d'honneur et placé, alors, sous le numéro 565. Imbu, comme son ami Beauliarnais, des principes républicains, Frédéric de Salm, anciennement colonel à la suite des troupes allemandes, qui avait accepté, sans trop de répugnance, le traitement militaire de vingt mille livres que lui octroyait généreusement chaque année le roi de France, disait avoir quitté le service « afin de ne plus rien recevoir d'une cour corrompue et déprédatrice... »
Devant la tournure que prenaient les événements, le prince, sentant sa liberté individuelle menacée et considérant que les plus belles théories du monde ne la lui remplaceraient pas, songea à aller porter ses idées dans sa principauté de Kirbourg, ou, mieux encore, à mettre prudemment la mer entre lui et la Révolution française.
C'est ce départ qui servira les projets de Joséphine et qui lui fournira l'occasion tant souhaitée : persuadée que l'effervescence révolutionnaire ne saurait durer longtemps, elle confie Eugène et Hortense à son amie, la princesse de Hohenzollern, qui, séparée de son mari, suit le sort de son frère, et celle-ci emmène, d'abord, les deux enfants, dans une propriété du prince de Salm, à Saint-Martin, près de Saint-Pol, en Artois, en attendant que l'on put tromper la surveillance dont l'émigration était l'objet et passer en Angleterre.
Cette séparation, qui, sans doute, coûtait à Joséphine, allait causer à Hortense son premier chagrin : nature affectueuse et expansive, elle sent le besoin, aussitôt arrivée en Artois, de confier à sa mère toute la tristesse dont son pauvre petit cœur déborde.
Madame de Beauharnais lui répond :
« Ta lettre m'a fait bien plaisir, ma chère Hortense ; je suis sensible aux regrets que tu témoignes d'être éloignée de ta maman ; mais,
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mon enfant, ce n'est pas pour longtemps ; j'espère que la princesse reviendra au printemps, ou j'irai te chercher. Ah! comme tu vas être habile quand tu reviendras I comme la princesse me dira du bien de mes petits enfants ! Je n'ai pas besoin de te recommander de bien l'aimer ; je vois, par ta lettre, que tu es bien reconnaissante de toutes ses bontés pour toi et pour ton frère; témoigne-le-lui souvent, ma chère amie, c'est le moyen de me plaire.
» J'ai bien du chagrin d'être séparée de toi ; je n'en suis pas encore consolée. J'aime ma chère petite Hortense de tout mon cœur. Embrasse pour moi Eugène.
)) Adieu, mon enfant, mon Hortense, je t'embrasse de tout mon cœur et je t'aime de même.
» Ta tendre mère.