Sortes d'aigrettes
fait livrer, quelquefois, jusqu'à trente-huit chapeaux dans un mois, Hortense, si l'on en juge par ce que Ton connaîtra plus lard de ses comptes, mettra de l'ordre dans ses dépenses et ne se laissera jamais entraîner au delà de ce que ses moyens lui permettent.
Mademoiselle de Beauharnais est toujours vêtue avec une simplicité de bon goût qui convient mieux à son jeune âge que les plus riches parures. Ordinairement, pour aller au bal, elle porte une jupe blanche, sans traîne, recouverte d'un court péplum de couleur. « En dépit de la mode et de madame Germond, lui recommande madame Gampan, qui intervient jusque dans les questions de toilette, ne portez pas les manches courtes comme les autres; on peut bien rester à trois doigts de la mode sans paraître gothique, et cette décence sera remarquée... »
Quant à madame Bonaparte, ses toilettes varient à l'inhni. Un jour, on lui voit une robe de crêpe blanc, sur laquelle semble s'être abattue une pluie de feuilles de roses. Une
autre fois, la robe est de tulle blanc et entièrement parsemée de petites plumes multicolores de toucan^ retenues, chacune, par une perle. Une guirlande de ces plumes vertes, blanches, rouges et jaunes, est posée sur sa tête et lui fait une coiffure originale et seyante, chef-d'œuvre du célèbre Duplan.
La mode des écharpes orientales, des schalls de Cachemire, de Perse et du Levant, rapportés par nos vaisseaux à la suite de l'expédition d'Egypte, commence à se répandre.
Joséphine en possédera une magnifique collection et saura, mieux que personne, tirer parti de ces étoffes aux chatoyantes couleurs pour rehausser sa grâce.
Depuis leur arrivée aux Tuileries, madame Bonaparte et Horlense, entraînées par le Ilot envahissant des plaisirs mondains, ne s'appartiennent plus; les distractions se succèdent sans interruption, jamais Paris n'a été plus gai.
Si le Premier Consul a aboli, par un arrêté
1. Oiseau originaire de l'Amérique méridionale, sorte de perroqueU
du 5 nivôse, les fêtes révolutionnaires, telles que, par exemple, la fête du 21 janvier, pour n'en conserver que deux : celle du 26 messidor (14 juillet), en l'honneur de la « fondation de la liberté » et celle du P"" vendémiaire (22 septembre), anniversaire de la proclamation de la République, il laisse le peuple multiplier les occasions de s'amuser et favorise même, volontiers, le retour aux divertissements de jadis. Pour la première fois, depuis la Révolution, on voit, en 1800, les masques et les déguisements reparaître dans les rues, à l'époque du carnaval, et le 6 ventôse, jour du Mardi-Gras, a lieu, avec Tautorisation du Premier Consul, la réouverture des bals de l'Opéra.
C'est un véritable événement parisien. La fête commence à minuit, l'affluence est considérable et l'on s'extasie beaucoup sur l'éclairage de la salle. Vingt lustres et un grand nombre de girandoles déversent leurs lumières sur l'assistance dont un tiers est masqué et costumé. Le prix des billets, accessible à presque toutes les bourses, est de six francs.
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L'Opéra réalise une recette de deux mille sept cents francs, succès qui décide la direction à donner encore trois autres bals.
Madame Bonaparte s'y est montrée avec le général Murât et sa femme, mais il est probable qu'elle ne s'y sera pas attardée et qu'elle aura tenu à conduire Hortense au ministère des Relations extérieures^ oii, à la même heure, Talleyrand donne une fête d'un genre original et varié : Laharpe commence d'abord par faire une lecture, puis Vestris danse et la soirée s'achève par un bal « le mieux composé, lit-on dans les journaux, que l'on ait donné depuis longtemps ». Les trois consuls et les ministres s'y perdaient dans la foule, « un seul excepté, cependant, dit la Gazette de France qui s'exerce à la louange, mais celui-là partout où il est, on le cherche, ce n'est pas sa faute ».
Tout Paris semble, cette nuit-là, être emporté par une folie de mouvement; dans les salons, dans les cafés, dans plusieurs théâtres, sur la