‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 34 sur 54 · HORTENSE DE H E A U II A RN A I S · texte numérisé non relu

HORTENSE DE H E A U II A RN A I S

paraissait pas, Joséphine monta chez elle et, la trouvant devant son chevalet, lui demanda, d'un air mécontent, si elle comptait « gagner son pain en artiste pour travailler avec une telle ardeur ».

» — Maman, répondit Hortense, dans le siècle où nous sommes, qui peut être assuré que cela n'arrivera pas...?

Enfin le portrait est achevé. Madame Gampan le déclare « charmant ».

« — Cet habitant de l'Egypte, dont le poignard est si bien imité, me rassure quand je suis seule dans mon cabinet, dit-elle, et me donne l'idée d'un capitaine des gardes veillant à ma sûreté. »

Mise en goût par ce succès, mademoiselle de Bcauharnais s'adonne sérieusement au dessin avec Isabey \ à la peinture avec un élève de David, et fait un ])ortrait très ressemblant de

1. ot Xe donnez point de cachets à Isabey, il ne tient qu'à l'avantage d'aller chez vous et d'y avoir libre accès; par la suite vous verrez, ou si vous le permettez nous verrons ce que vous aurez à faire, mais rela n'est pas pressé. » (Lettre de madame Camp'an à mademoiselle de Beauharnais.)

son frère Eugène, ce qui met le sceau à la réconciliation entre l'ex-élève et son institutrice... « Adieu, petite bonne, adieu mon ange, lui écrit cette dernière, je ne suis plus fâchée. »

Le 6 mai (16 floréal), le Premier Consul quittait Paris, gagnait Dijon, de là la Suisse, pour se mettre à la tùte de son armée et courir à de nouvelles victoires.

Madame Bonaparte et sa fdlc s'installent à la Mal maison.

Calmes et paisibles, elles ne doutent pas un seul instant de l'heureuse issue de la campagne et s'occupent, avec entrain, à surveiller les travaux d'embellissement qui s'exécutent dans le château ainsi que dans les jardins et le parc.

Le château, composé d'un rez-de-chaussée et d'un étage, sans caractère architectural bien

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prononcé, ressemble assez à une caserne. En revanche, il est suffisamment spacieux, bien distribué et commode pour recevoir. Le rezde-chaussée contient Ja salle à manger, les salons, un billard, le cabinet du Premier Consul et une galerie que Joséphine s'amuse à décorer d'antiquités rapportées d'Egypte et où, plus tard, s'entasseront des chefs-d'œuvre de tous les pays.

Les appartements du Premier Consul, de madame Bonaparte, d'Hortense, et les chambres d'amis sont au premier étage et ouvrent sur un couloir carrelé qui règne dans toute la longueur du bâtiment. Au-dessus, dans un demiétage formant le couronnement du château, se trouvent des pièces mansardées, destinées aux invités de moindre importance et aux officiers de Bonaparte.

On passe, du château dans le parc, par un pont-levis, flanqué, à droite et à gauche, de petits obélisques de marbre rouge de quatorze pieds de haut, couverts d'hiéroglyphes dorés.

Parvenu dans ce parc, on peut se croire

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transporté dans un domaine enchanté : accidents de terrains, rivière et cascades, pelouses verdoyantes, arbres séculaires et taillis épais, corbeilles fleuries, tout y est agreste, frais et riant, tout semble y avoir été réuni pour l'agrément de la promenade et le plaisir des yeux.

Hortense, avec son âme d'artiste, se plaît au milieu de cette belle nature dont elle ressent profondément le charme et la poésie. Souvent, seule, elle s'enfonce à travers les allées ombreuses, tantôt lisant, dessinant, le plus souvent envolée dans une de ces rêveries dont elle est coutumière et qui la laissent ensuite toute distraite et songeuse.

D'autres fois, en compagnie d'une amie, elle gravit, gaie et rieuse, la colline du parc, afm défaire admirer, à celle-ci, le magnifique panorama qui s'étend à leurs pieds. En face, ce sont les plaines de Rueil, traversées par la Seine qui semble ramper, déroulant ses anneaux comme un gigantesque serpent reluisant au soleil; c'est l'île de Groissy, posée comme une corbeille de verdure au milieu du fleuve ; c'est

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Chatou qu'enjambe un double pont. A droite, voici le pittoresque village de Rueil et sa coquette église ancienne ; plus loin, Nanterre, Colombes ; à gauche, on aperçoit Marly avec ses arches d'aqueduc béantes sur le vide, et, perdu dans le lointain, Saint-Germain et sa forêt dont la ligne sombre barre l'horizon.

Hortense a, en ce moment, près d'elle, Églé Auguié, sa compagne de pension, nièce de madame Campan qui a consenti à l'envoyer à la Malmaison « sur la foi qu'il ne [s'y trouverait pas d'agréables à barbes noires, blondes, rousses; à buggiesS à chevaux anglais, à valses, etc. ». Les deux amies jouissent beaucoup de leur réunion et profitent, largement, de cette vie de grand air et de liberté. Suivies de mademoiselle Bayeux-, femme de chambre

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