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Cabriolet découvert à deux roues

2. Mademoiselle Bayeux, devenue plus tard madame Charles, fut placée, en 1800, auprès de mademoiselle de Beauliarnais par madame Campan : « Elle a été femme de chambre de mademoiselle d'Orléans, et madame de Montesson s'y intéresse vivement, écrit madame Campan le 7 mars 1800. Vous auriez donc toujours, près de vous, une personne d'une douceur, d'une modestie parfaites et de la plus grande adresse, sachant servir

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d'Hortense, ou de Soliman, son valet de pied, elles circulent dans les environs et poussent, souvent, jusqu'à Saint-Germain, qui n'est qu'à trois lieues, pour visiter le marquis de Beauharnais dont les forces déclinent visiblement, et sa femme, qui a pour mademoiselle de Beauharnais toute la tendresse d'une véritable grand'mère; elles vont ensuite goûter au pensionnat, où maîtresses et élèves leur font fête.

Au besoin, madame Campan fait naître l'occasion de ces petits voyages qui la rendent si heureuse :

« Bonne amie, écrit-elle à Hortensele20 mai, (lollin d'Harleville, auteur de V Inconstant, du Vieux Célibataire, de V Optimiste, etc., mon bon et ancien ami, vient demain, à midi précis, me lire une pièce de lui en cinq actes, que l'on doit donner avant peu au théâtre de la Répu-

comme les gens de très bon ton étaient servis. Ce n'est pas une gouvernante, mais une femme de chambre modestement et simplement mise... Madame de Montesson la regarde comme un trésor. » Quelques jours plus tard : « J'ai été bien contente de votre nouvelle leinme de chambre, c'est la décence personnifiée. »

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blique *. Je n'ai la permission dy admettre que mes nièces... Si mon Hortense obtenait de sa maman de là laisser venir à celte lecture, la fdle chérie de mon cœur pourrait bien figurer parmi mes nièces... Cette lecture sera bien intéressante, je vous en préviens... »

Moins d'un mois après cette lettre, Hortense perdit son grand-père : le marquis François de Beauharnais, « ancien gouverneur des Isles-sousle-Vent de l'Amérique, chef d'escadre des armées navales, » mourut le 29 prairial an VIII (18juini800), à deux heures du matin, âgé de quatre-vingt-six ans ^.

(( Chère Hortense, écrit madame Campan, vous serez sûrement touchée en apprenant que

1. Très probablement /es .Vœars du jour ou l'École des jeimcs femmes, comédie en cinq actes et en vers, qui fut représentée au Théâtre-Français de la République, le 7 thermidor an VIII, et jouée par Dazincourt, Fleury, Saint-Fal, Grandménil et par mesdames Contât, Mézeray, ^lars ainée. Mars cadette, Hopkins, etc..

2. 2^ prairial an VIII, Ch. de Gauville, maire de Saint-Germain-en-Laye, enregistre le décès de François de Beauharnais, « natif de La Rochelle, Charente-Inférieure, ancien gouverneur des lles-sous-le-Vent dv l'Amérique, chef d'escadre des ai'mées navales, âgé de quatre-vingt-six ans, veuf de Henriette IMvard Chatulet(s?cj et époux, en deuxièmes noces, de Marie-Euphémie-

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votre vertueux grand-papa a cessé d'exister, et je suis sûre que, dans la douleur de sa perle, votre cœur éprouvera quelque consolation d'être allée hier passer une heure près de lui, de ravoir vu une dernière fois avant qu'il quittât cette vie...

» H voulut, à son dessert, manger des fraises, quoiqu'elles lui eussent été très nuisibles les années précédentes ; il se trouva incommodé après son diner ; vers les six heures, on fit appeler le docteur qui lui fit prendre quelques remèdes qui le soulagèrent. A neuf heures et demie, il était au lit, fort gai et ne souffrant plus ; à onze heures et demie, madame de Beauharnais l'a quitté, il était de très bonne humeur, il a plaisanté avec sa femme et s'est endormi sans douleur, pour ne plus se réveiller. C'est la fin la plus heureuse et la plus

Désirée Tascher de la l'agerie, décédé ce jour à deux heures du matin, en son domicile, rue de Lorraine n" 5. Déclaration faite par Jean-Antoine Teissonnier, citoyen, demeurant rue de Lorraine, no 32, et René-François Beaucaine, vivant de son revenu, rue de Lorraine, n" 25. — Mairie de Saint-Germainen-Lave.

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douce que pouvait éprouver ce respectable vieillard.

» Votre bonne maman a chargé M. Dubreuil de faire part de cet événement à madame Bonaparte. Je m'afflige d'avoir à vous apprendre une chose si pénible. Voyez avec votre maman, chère amie, ce que vous avez à faire de convenable en cette circonstance... »

L'annonce de la victoire de Marengo vient forcément distraire mademoiselle de Beauharnais de son deuil : Joséphine fait dresser une tente dans le jardin de la Malmaison et y donne un grand souper, afm de fêter l'heureuse nouvelle, puis elle se transporte, avec sa fille, aux Tuileries, pour y attendre son époux, qui arrive dans la nuit du 2 au 3 juillet, après avoir traversé la France en triomphateur, au milieu des ovations des populations accourues, sur son passage, pour le saluer.

A Paris, l'enthousiasme tient du délire : une foule immense se presse dans les jardins des Tuileries, avide de contempler les traits du

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héros; toute la journée, les acclamations ne cessent de se faire entendre et, le soir, la ville entière illumine spontanément.

Après avoir reçu toutes les félicitations, assisté aux nombreuses fêtes qui se donnent en son honneur, le Premier Consul va enfin se reposer de ses glorieux travaux, à la campagne.

Autant la vie, à la Malmaison, a été morne en l'absence de Bonaparte, autant, à présent, elle sera animée et bruyante.

Le château est plein d'invités, auxquels viennent se joindre des flots de visiteurs, qui arrivent de Paris ou des environs, que Joséphine retient à déjeuner ou à dîner et qui, souvent, s'en retournent à une heure avancée de la nuit.

Outre ce que le Premier Consul appelle sa famille militaire, outre ses frères et sœurs, on voit, au nombre des plus assidus : Népomucène Lemercier, auteur dramatique, qui vient de remporter un nouveau succès avec sa pièce de Pinto, et dont tout le monde apprécie l'esprit original et primesautier ; Denon, homme de bonne compagnie, juge éclairé dans toutes les

questions d'art et d'un goût impeccable ; Yolney, érudit philologue, qui a rapporté, de ses voyages en Orient, une foule de souvenirs et d'anecdotes ; le général Moreau, pour lequel Napoléon se met en grand frais d'amabilités; Isabey, âgé de trente-trois ans, véritable boule-en-train, l'amuseur en titre, toujours prêt à dire et à faire mille folies; Talleyrand, fin causeur, spirituel et causlique; MM. de l'Aigle, Baudin, Ghanorier, l'ex-seigneur de Croissy, vieil ami de Joséphine, etc. Parmi les femmes: madame de La Rochefoucauld, parente de Joséphine, petite, bossue, aimable par calcul, mais, au fond, fort dédaigneuse; madame Hulot, tracassière et envieuse, que Bonaparte craint comme le feu, mais, en qualité de créole, protégée par Joséphine qui travaille à marier sa fille Eugénie avec le général Moreau ; madame de Vergennes, sa fille aînée: madame de Rémusat, intelligente et ambitieuse, en quête dune situation pour son mari, etc., etc.

Ilortense est à la tête de la brillante jeunesse qui ne demande qu'à s'amuser ; autour d'elle

se groupe un joyeux essaim d'amies de pension, la plupart jolies et pleines de talents, auprès desquelles les aides de camp . du Premier Consul et les jeunes officiers de sa Garde se montrent fort empressés.

Dès six heures du malin, le château est en mouvement ; les uns vont et viennent pour leurs affaires, les autres pour leurs plaisirs. Comme on est en plein cœur de l'été, c'est le meilleur moment de la journée pour monter à cheval, on organise donc des cavalcades et l'on prend pour buts de promenades: Bougival, l'étang de Saint-Cucufa, le bois du Butard, les ruines de la résidence d'été de Richelieu, le hameau de la Jonchère, le château de Buzenval, etc., à moins que l'on ne préfère les excursions plus lointaines.

Hortense se montre habile écuyère, elle adore les longues chevauchées, les courses folles à travers la campagne. Un jour, son cheval prend peur et s'emporte; elle veut sauter à terre, mais les plis de l'amazone embarrassés dans Tétrier l'empêchent de se dégager et elle

tombe, traînée par sa monture pendant quelques pas. Un cri d'effroi sort de toutes les poitrines, on accourt, on la relève... fort heureusement elle n'a que quelques égratignures sans importance.

A onze heures, on déjeune presque toujours entre femmes. En sortant de table, on va faire un tour de jardin, en compagnie de madame Bonaparte qui surveille avec sollicitude ses parterres de fleurs et qui rêve d'avoir bientôt une serre chaude. On rentre ensuite, en attendant les visites de l'après-midi, pour causer, lire les journaux et les livres nouveaux arrivés de Paris, tandis que Joséphine s'installe à une table de jeu pour quelque interminable patience, à moins que, aidée des personnes de bonne volonté, elle ne travaille à sa tapisserie, sortie des magasins de madame Dubucquois et destinée à renouveler le meuble du salon de la Malmaison ; sur le canevas, est dessinée sa double initiale : deux J, en forme d'ancre, enlacés de roses pompon qui se détachent sur un fond de soie blanche.

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Le dîner, servi à six heures, réunit les maîtres de la maison et leurs hôtes à une même table que, Tété, aux jours de beau temps, l'on dresse sous les arbres.

Les femmes ont soigné leur toilette, pour passer l'inspection de Bonaparte à qui rien n'échappe et qui s'amuse à les taquiner, quand elles risquent une robe défraîchie ou des ornements de mauvais goût. Toutes sont vêtues de blanc, pour lui plaire. Elles portent de longues jupes de percale, de toile d'Orange à dessins à losanges, de crêpe, de basin, d'organdi ou de mousseline des Indes, soit unie, soit brochée, d'un tissu merveilleusement fin, posées, quelquefois, sur un transparent vert, jonquille, aurore, violet, amarante ou puce, et garnies, dans le bas, de broderies figurant des guirlandes de laurier, de chêne, de pampres, de capucines, de jasmins. Les mômes motifs bordent le col et les manches du corsageappelé canezou, orné encore de dentelles de prix : valenciennes, matines, point d'Angleterre ou point à l'aiguille.

Les cheveux, « émêchés » avec de l'huile antique, tombent très bas sur le front, couvrent presque les joues et sont retenus, derrière la tète, par un peigne d'or enrichi de camées et de pierres précieuses.

Gomme de nos jours, on ne met pas de diamants à la campagne, mais on voit, plus ordinairement, des perles, surtout des topazes, qui sont très recherchées, et même des cornalines, que l'on monte en croix, en broches, ou que l'on taille en poires, pour les pendants d'oreilles. Les bracelets à la mode sont en cheveux avec fermoirs variés, ou bien figurent un ruban d'or tricoté à mailles très serrées. Enfin, la parure se complète d'une longue chaîne, passée au cou et à laquelle est suspendue une large montre, achetée le plus souvent chez Leroy qui les vend deux mille francs. Hortense en porte une de grande dimension, qui sonne les heures, elle est an émail bleu, entourée de quarante et une perles fines sur chacune de ses deux faces, et qui lui a été donnée, quatre ans auparavant, par son beau-père.

212 HORTEXSE DE DEAUHARNAIS.

La table du Premier Consul est servie sans faste, mais la cuisine y est soignée ; matière à grief pour le Courrier de Londres qui commence par constater que « madame Bonaparte continue à obtenir l'estime et les suffrages publics, que mademoiselle Beauharnais a toutes les grâces d'une jolie figure et d'une belle àme », et qui termine en décochant cette flèche de Parthe : « Enfin le Premier Consul fait très bonne chère, les gourmands trouvent seulement qu'on mange trop vite chez lui, ils s'en plaignent amèrement. »

« On saura, dit à ce propos la Gazette de France, que Bonaparte fait dîner cinquante personnes en moins de vingt minutes... »

Le diner achevé, l'on prend quelques instants de repos et, si aucun travail pressé ne l'oblige à rentrer, le Premier Consul propose, à la jeunesse, une partie de colin-maillard, ou, plus souvent encore, une partie de barres, sur la pelouse devant le château, ou dans la grande allée des marronniers.

Voilà le vainqueur de Marengo qui met

habit bas et qui joue avec tout l'entrain d'un collégien. Il s'amuse à tricher, s'évade quand il est prisonnier, fait tomber ses adversaires, tombe lui-même quelquefois par terre, au moment où il croit saisir sa belle-fille qui, semblable à une sylphide, lui glisse entre les doigts, et il se relève en riant pour la poursuivre encore.

On rentre enfin au salon, gai, las, un peu essoufflé. Madame Bonaparte prend les cartes à jouer et recommence, sans se lasser, ses éternelles patiences ; à moins que, pour changer, elle ne s'amuse à une partie de tric-trac, tandis qu'Hortense et ses amies se réunissent autour du piano pour faire de la musique.

A certains jours, Bonaparte se sent en verve; chacun quitte alors ses occupations, avec empressement, pour se rapprocher de lui et l'entendre discourir sur les sujets les plus divers. Il étonne, charme et intéresse ceux qui l'écoutent, par sa parole imagée, ses idées neuves, toujours profondes, originales et hardies, souvent poétiques. Le surnaturel, surtout, a le don de le

passionner ; sur son ordre, quelquefois, on couvre les lumières d'une gaze et, dans une demi-obscurité propre à frapper l'imagination, au milieu d'un profond silence, il raconte quelque lugubre histoire de revenants ou de pressentiments funestes, qui fait courir un frisson de terreur dans la moelle de ses auditeurs. Autrefois, comme de nos jours, les mj^stifications étaient le complément obligatoire des distractions de la vie de chàleau, il en est ainsi à la Malmaison. On s'amuse surtout aux dépens de Carrât, sorte de gobe-mouches, fort poltron, que madame Bonaparte a ramené de Plombières , l'année précédente , en qualité de coiffeur. Tout le monde rit de sa sottise et de sa crédulité, particulièrement Hortense qui lui joue tous les tours imaginables: tantôt, déguisée en fantôme, elle lui apparaît dans les corridors sombres, tantôt son lit s'effondre pendant son sommeil et il reçoit une potée d'eau à la figure, tandis que l'espiègle crie dans l'obscurité : « Ah! mon Dieu, voilà les crapauds et les grenouilles qui lui tombent sur le nez! » Quelquefois,

Carrât se fâche et alors Hortense se sauve en riant aux éclats.

Cependant, les distractions qu'affectionne mademoiselle de Beauharnais sont, ordinairement, moins puériles. Elle se souvient des succès qu'elle a remportés sur le théâtre de l'Institution de Saint-Germain et brûle du désir de remonter swr les planches, à la Malmaison. Déjà, avec ses amies, avec Eugène, Jérôme, Isabey, Bourrienne, elle a joué des charades, des petites pièces de circonstance, sans nul apprêt: des paravents figuraient la scène et l'on s'affublait de schalls et d'oripeaux puisés dans la garderobe des uns et des autres, au hasard de la rencontre ; mais, après Marengo, la petite troupe, dont les exigences croîtront avec le talent, veut aborder la comédie plus sérieuse et réclame un théâtre. Bonaparte, qui prend un grand plaisir à ces représentations, ne peut rien lui refuser, il la contente donc, pour le moment, en commandant à son architecte, Fontaine, un petit théâtre portatif que Ton dresse dans la galerie, près du salon.

Quelles pièces joue-t-on, à la Malmaison, cette année-là? La question est assez difficile à résoudre, mais, ce qu'il y a de certain, c'est que les acteurs font de leur mieux et que les spectateurs les applaudissent avec conviction ; le vieux M. Ghanorier se range parmi ces derniers :

<r II m'a écrit, dit madame Gampan à mademoiselle de Beauharnais, une lettre folle sur vous tous, tant il est engoué de votre manière de jouer la comédie : Hortense délicieuse ! madame Murât charmante I M. Bourrienne parfait! Jérôme unique!... les chœurs des séraphins! la musique du ciell... Je vous crois tous remplis de talents, mais convenez qu'un spectateur que Ton anime à ce point a bien du mérite... »

Le temps que le Premier Gonsul passe à la campagne se trouve coupé de fréquents voyages à Paris, où il se rend continuellement pour les affaires, et où madame Bonaparte et Hortense l'accompagnent souvent pour aller voir leurs amies ou passer une soirée au théâtre. Les

programmes des spectacles continuent à être des plus variés : à l'Opéra, on donne Hécube ; aux Français, Adélaïde Duguesclin ou une reprise de Didon; Feydeau monte une pièce patriotique : Desaix au Mont Saint-Bernard; les Variétés, piquées au jeu, ripostent par le Retour de Marengo,

A noter aussi, les déplacements que Ton fait dans les environs, à Morfontaine principalement, propriété de Joseph Bonaparte, où le Premier Consul vient, en thermidor, passer l'anniversaire de sa naissance en famille ; il y retourne le primidi. Il vendémiaire an IX (3 octobre 1800), avec Joséphine et Hortense, pour fêter les envoyés des États-Unis, venus en France, afin d'y conclure la paix. Le traité, signé deux jours auparavant, entre Joseph Bonaparte, Rœderer, Fleurieu, d'une i)art, et Ehvortli, Davie, Murray, de l'autre, ministres plénipotentiaires des deux nations, est présenté au Premier Consul, à six heures du soir, et salué, au même instant, par une salve de douze coups de canon.

218 HORTENSE DE BEAUUARNAIS.

Un grand banquet de cent quatre-vingts couverts, disposé dans trois salles contiguës que l'on avait ornées de fleurs, de feuillages, de devises et de lampions multicolores, réunit ensuite, tous les invités : ministres, ambassadeurs, présidents de sections au Conseil d'État, présidents du Sénat, du Tribunal, de la Cour de cassation, un grand nombre de notabilités, parmi lesquelles on remarque Lafayette, des étrangers de distinction comme madame Murray, femme d'un des députés américains, etc., etc.

Mademoiselle de Beauharnais est placée à la table du Premier Consul, dans la salle dite de l'Union, avec les personnages les plus importants; les autres convives se dispersent dans les salles Washington et Franklin.

La musique exécute, pendant le dîner, de brillants morceaux. Un peu avant la fin du repas, Bonaparte commande le silence, c'est le moment des toasts. 11 en porte un aux « mânes des fondateurs de la Liberté aux États-Unis », le second et le troisième Consul en proposent d'autres à son exemple.

Au sortir de table, on passe dans le jardin, merveilleusement illuminé, pour assister au feu d'artifice qui est tiré sur la rivière, en face du château, et dont toutes les pièces sont d'ingénieux rappels aux circonstances présentes ; le bouquet, très admiré, représente l'union de la France et des États-Unis.

On n'est encore qu'à la moitié du programme : un magnifique concert se donne dans les appartements : madame Barbier- Walbonne et Garât se font entendre, ensemble ou séparément, dans divers morceaux de chant et récoltent, comme toujours, des bravos enthousiastes. On applaudit également Rode, premier violon de l'Opéra, et Frédéric, le cor le plus célèbre de l'époque. La Comédie-Française fait ensuite son entrée : mesdemoiselles Contât, Devienne; les citoyens Fleuri, Dazincourt, Caumont représentent une comédie de Marivaux : les Jeux de rAmour et du Hasard, à laquelle succède une petite pièce intitulée Minuit, jouée par madame Lachassaigne, mesdemoiselles Simon, Mézeray et Devienne, le tout agrémenté de cou-

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plets du vaudevilliste Barré et de Despréaux, à la fois danseur de l'Opéra, poète-chansonnier et organisateur de la fête.

Le lendemain matin, on reçoit les adieux des envoyés américains qui s'en retournent dans leur pays, sans passer par Paris. Eux partis, il se trouve encore, à Morfontaine, plus de quatre-vingts personnes qui prennent part à un grand déjeuner servi, dans le jardin, sous une vaste tente. Au moment du dessert, on vient dire à Jérôme Bonaparte qu'un cerf a été aperçu dans le parc; quelle aubaine! le bruit se répand de proche en proche, et toute la jeunesse est soulevée à Tidée d'une chasse à courre à improviser. On réquisitionne à l'instant toutes les montures disponibles, ceux qui ne peuvent se procurer des chevaux enfourchent des ânes et tousse lancent, joyeux et bruyants, à la poursuite de l'animal.

Pendant ce temps, le Premier Consul part pour Paris où madame Bonaparte et Ilortense le rejoignent, le même jour.

Voici l'automne arrivé. Avec le mauvais temps et l'humidité, la Malmaison est devenue moins agréable à habiter que pendant la belle saison, aussi madame Bonaparte et sa fille se réinstallent-elles aux Tuileries, quittes à faire de fréquents voyages à la campagne, où le Premier Consul aime à venir se reposer, loin de l'agitation des affaires et du bruit de la foule.

De nombreuses distractions attendent encore Hortense, à sa rentrée dans la capitale. Il y a, le 17 vendémiaire (9 octobre), un très beau concert chez Cambacérès, en l'honneur de Bonaparte, pour fêter Tanniversaire de son retour

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d'Egypte; le 8 brumaire (30 octobre), un bal superbe chez madame Berthier, auquel madame Bonaparte assiste avec mademoiselle de Beauharnais, madame Murât et que « les plus aimables femmes de Paris, disent les journaux, embellissaient de leur présence » ; le 21 brumaire (12 novembre), un autre bal chez madame Permon, à Foccasiondu mariage de sa fille, Laure, avec le général Junot, etc..

Le 15 brumaire (6 novembre), les élèves du Conservatoire ont donné une fête; le Premier Consul s'y est rendu avec sa famille, et a été salué, à son arrivée, par les applaudissements de l'auditoire « presque exclusivement composé, lit-on dans la Gazette de France, de talents distingués et de jolies femmes ». Le lendemain, Hortense accompagne madame Bonaparte et les trois consuls qu'escortent Eugène, Murât, Duroc, Denon, etc., au Musée central des Arts, où se trouvent exposés les tableaux des peintres vivants.

Le salon contient, cette année-là, quantité d'œuvres intéressantes et remarquables. On y

voit un tableau allégorique du 48 Brumaire ou la France sauvée, une esquisse de la bataille de Marengo, de Callet; la bataille de Lodi, le Passage du Pô, de Bâcler d'Albe ; six dessins du panorama en vue de Toulon au moment du départ de l'escadre commandée par Bonaparte pour l'expédition d'Egypte, de Constant Bourgeois; des toiles de Greuze, de Girodet, de Garnerey, de madame Leguay née Victoire Jacquotot, etc.. ^

Conduits par Foubert, administrateur du Musée, les visiteurs descendent, ensuite, dans la Galerie des Antiques qui doit être livrée au public deux jours plus tard. La plupart des richesses qu'elle contient ont été « choisies au Capitole et au Vatican, conformément au traité de Tolentino, par les citoyens Barthélémy, Bertholet, Moitte, Monge, Thouin et Tinet ». Elles sont disséminées dans plusieurs salles. La première se nomme la salle des Saisons, à cause des quatre saisons qui ont été peintes, au

1. Le Salon ouvrait, ordinairement, chaque année, le 15 fructidor.

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