‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 39 sur 54 · Plus tard niudame Ciceri · texte numérisé non relu

Plus tard niudame Ciceri

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par deux plus grandes qui leur pincent le bout du petit doigt quand elles doivent parler; de cette manière cela va parfaitement... »

C'est au retour d'un de ces déplacements à la campagne, du 13 au 17 pluviôse (2 au 6 février), qu'Hortense trouva, aux Tuileries, son appartement fortement endommagé par un commencement d'incendie. « Une étincelle, lit-on dans les journaux, tombée d'une bougie sur un canapé chargé de musiques, y aura entretenu le feu. La fumée qui sortait de l'appartement a donné l'éveil ; on a fait crocheter la porte et de prompts secours ont arrêté les progrès du feu. » Matériellement, les dégâts ne furent pas très importants, mais mademoiselle de Beauharnais eut le regret de perdre ainsi le portrait si ressemblant qu'elle avait fait de son frère, l'année précédente.

La paix de Lunéville avait eu, en Europe, un retentissement considérable ; les étrangers, à présent, affluaient à Paris ; les émigrés, qui devaient, à l'intercession de madame Bonaparte, bon nombre de radiations, revenaient en foule

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et trouvaient, au demeurant, que si l'ancien régime avait son charme, le nouveau n'en était pas dépourvu non plus.

Bonaparte, qui voyait avec satisfaction l'apaisement se faire dans les esprits, crut le moment bien choisi pour attirer, en France, l'Infant de Parme et sa femme, fille du roi d'Espagne, Charles IV, auxquels le traité de Lunéville donnait une couronne. Ceux-ci viendraient, en quelque sorte, recevoir l'investiture des mains du Premier Consul, puisse rendraient, ensuite, dans le grand-duché de Toscane érigé, en leur faveur, en royaume d'Étrurie.

Le général Bessières fut envoyé au-devant des illustres hôtes, qui arrivèrent le 5 prairial (25 mai), au soir, à Paris, où ils firent une entrée assez singulière dans de vieux carrosses traînés par des mules qui faisaient sonner leurs clochettes.

Le nouveau roi d'Etrurie, marié depuis 1795, était alors âgé de vingt-six ans, sa femme, Marie-Louise-Joséphine, en avait dix-neuf. Tous deux voyageaient sous le nom de comte et de

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comtesse de Livourne. Ils descendirent rue du Mont-Blanc, chez le chevalier de Azara, ambassadeur d'Espagne.

Dès le lendemain, le Premier Consul, qui avait eu soin de leur envoyer ses voitures, les reçut, entouré de sa maison militaire, à la Malmaison. L'entrevue fut peu favorable aux jeunes souverains : le roi, de fait, était un triste sire, niais, borné et puéril ; la reine fut trouvée fort laide, mais Ton s'accorda généralement à lui reconnaître une certaine amabilité et quelque intelligence. Elle souffrait, visiblement, de la nullité de son mari, auquel il lui fallaitsouffler demandes etréponses, et cherchait, de son mieux, à pallier toutes les maladresses qu'il trouvait encore moyen de commettre.

Tels quels, le Premier Consul ne leur rendit pas moins tous les honneurs dus à des tètes couronnées. A diverses reprises, il les invite à la Malmaison et aux Tuileries, les fait assister à de grandes revues, donne, pour eux, des dîners de gala auxquels prennent part le cardinal Consalvi, secrétaire d'État du Saint-

Siège, chargé, par sa Sainteté, des négociations avec la France ; monseigneur Spina, archevêque de Gorinthe ; le comte de Schock, capitaine des Gendarmes du roi de Prusse, etc..

Les ministres, à leur tour les reçoivent et rivalisent, entre eux, de magnificence : Talleyrand, ministre des Relations extérieures, donne une fête splendide dans sa propriété de Neuilly métamorphosée, pour une nuit, en paysage florentin. Le roi et la reine d'Étrurie peuvent se croire dans leur nouveau royaume et au milieu de leurs sujets: devant eux se dresse le palais Pitti, leur future résidence, tandis que des chanteurs et des danseurs, déguisés en paysans toscans, les entourent, chantant des airs nationaux ou exécutant des danses de caractère.

La fête que donne Ghaptal, ministre de l'Intérieur \ le 23 prairial, n'est pas moins bien réussie. Là encore, chants, danses, décors et costumes, tout concourt à donner au couple royal l'illusion de son pays.

1. Il avait remplacé Lucien Bonaparte, envoyé en mission en Espagne.

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Le génie de la France est aussi dignement représenté par nos meilleurs artistes : Mole, Dazincourt, Michaud, Armand, Gavaudan; mesdemoiselles Contât, Devienne et Mezeray, jouent dehors, sur un théâtre dressé sous un quinconce de tilleuls, une pièce intitulée : le Cercle. Après la comédie, les invités se répandent dans le jardin où « à chaque pas, dit le Courrier des Spectacles^ quelque objet inattendu suspend la promenade: tantôt un instrument invisible fait entendre, au fond des bosquets, des sons vifs et gais, tantôt deux cors, éloignés l'un de Tautre, se renvoient de tendres accents. On s'arrête pour observer une grotte et, tout à coup, des flancs du rocher, sortent des voix harmonieuses qui chantent l'un des plus beaux morceaux dont Gluck ait enrichi notre scène lyrique... »

On rentre, pour prendre part au souper qui est servi dans la salle de spectacle, puis les premiers danseurs de l'Opéra exécutent un merveilleux quadrille réglé par Gardel : une gracieuse ballerine s'avance vers le roi d'Étrurie

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et lui présente un bouquet qui, soudain, prend entre les mains de celui-ci, la forme d'une couronne.

La soirée se termine, enfin, par un bal qui dure jusqu'à cinq heures du matin.

Le ministre de la Guerre choisit, pour donner sa fête, le 25 prairial, jour anniversaire de la bataille de Marengo.

Le bal, commencé à dix heures, s'interrompt pour laisser Taéronaute Garnerin lancer un ballon « qui s'élève dans les airs et sillonne la nuit du nom de Marengo tracé en caractères de feu... » Les danses reprennent ensuite, lorsqu'un incident assez comique qui, certes, n'était pas destiné à figurer dans le programme, égaya un instant toute l'assistance aux dépens du roi d'Étrurie. Il dansait avec mademoiselle de Beauharnais et faisait des sauts et des bonds désordonnés, fort peu compatibles avec sa dignité, lorsqu'en exécutant une figure de contredanse, en face de madame Junot, il fit voler en l'air un objet assez lourd qui vint tomber sur la tète et s'accrocher dans les

cheveux de la jeune femme. On constata, avec surprise, que c'était une de ses boucles de souliers. « Sa Majesté, dit la future duchesse d'Abrantès dans ses Mémoires, trouva la chose si réjouissante qu'elle en rit à perdre la respiration, mais nous rîmes bien davantage lorsque, ayant voulu vérifier comment, de son pied royal, la boucle était arrivée dans ma coitl'ure, nous découvrîmes que cette boucle avait été collée sur le soulier. »

On s'assit, à minuit, autour d'un souper somptueux où « l'élite des beautés que cette cité possède fut servie par l'élite des chefs de nos guerriers ».

Les Mémoires du temps ont aussi parlé de la représentation d'OEdipe, au Théâtre-Français, à laquelle Bonaparte assistait avec le roi d'Étruric, et des transports qu'excitèrent, chez les Parisiens, ce vers du rôle de Philoctète :

J'ai fait des souverains et n'ai pas voulu l'être ! Tous les spectateurs se tournèrent spontané-

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ment vers la loge du Premier Consul et le saluèrent d'applaudissements enthousiastes.

Quelques jours plus tard, le 10 messidor (29 juin), le roi et la reine d'Étrurie, accompagnés du général de Grouchy, quittèrent Paris, après y avoir séjourné cinq semaines, et s'acheminèrent, à petites journées, vers leur nouveau royaume où ils furent installés par le général Murât.

On se trouve, à présent, en plein été : la chaleur est accablante. Madame Bonaparte est sur le point de partir pour les eaux de Plombières. Elle sera accompagnée par Hortense, par madame Lavalette, tout récemment arrivée d'Allemagne, et par sa belle-mère, madame Lœtitia, qui veut également essayer d'un changement d'air. Le Premier Consul confiera les voyageuses aux soins de Rapp, son aide de camp, et, depuis Toul jusqu'à l'entrée du département des Vosges, fera escorter leurs voitures par un détachement de gendarmerie de la Meurthe.

Toutes les précautions ayant été prises en

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vue de leur sécurité, les trois femmes n'ont plus qu'à se mettre en route. Elles quittent la Malmaison le 19 messidor (8 juillet).

Hortense, toujours amie de la plaisanterie, a laissé un amusant récit des péripéties de ce voyage. Le voici tel qu'il fut adressé par elle:

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