Z8 IIORTENSE DE I5E A U II AR N A I S
Hortense peut sécher ses larmes, car son épreuve ne sera pas de longue durée : lorsque Alexandre de Beauharnais, qui, dans son zèle patriotique, ne voulait entendre parler de l'émigration, non seulement pour lui, mais pour aucun des siens, est instruit, à Strasbourg, de la détermination que sa femme a prise sans le consulter, il envoie, en toute hâte, un courrier, en Artois, pour s'opposer à l'embarquement de ses enfants et réclamer Eugène.
Grande est la déception de la princesse de Hohenzollern à cette nouvelle, car, fidèle à la promesse faite à son amie, elle ne veut confier à personne son précieux dépôt. Victime de la fatalité, il lui faudra rebrousser chemin et rentrer à Paris pour y subir tous les coups du sort.
Cependant, Beauharnais, qui est instruit du retour de ses enfants, ne se tient pas encore pour satisfait; très jaloux de son autorité, il exige qu'Eugène vienne le rejoindre pour être mis en pension à Strasbourg, donnant ainsi,
l'enfance. 29
SOUS prétexte de civisme, une nouvelle preuve du désaccord qui ne cesse de régner entre lui et sa femme, et de sa volonté bien arrêtée de maintenir la séparation de la famille.
Malgré rabanrlon où son mari la laisse, madame de Beauharnais n'est pas complètement isolée à Paris, où elle réside habituellement. Quelques parents, quelques amis lui restent encore : de ce nombre est la comtesse Fanny de Beauharnais \ marraine d'Hortense, qui a pour sa filleule des attentions quasi maternelles, et la marquise François de Beauharnais, femme du frère aîné d'Alexandre, que son mari a laissée seule et à peu près sans ressources pour suivre l'émigration et qui, elle aussi, a
1. Comtesse Claude de Beauharnais, pins connne sons le nom de comtesse Fannv.
l'enfante. 31
une fille à élever. L'analogie de leur infortune a rapproché les deux belles-sœurs, séparées, jusque-là, par les opinions politiques de leurs époux, et Hortense retrouve une compagne dans sa jeune cousine Emilie, qui n'a que deux ans de plus qu'elle.
Joséphine vit aussi en grande intimité avec madame de Lamothe-Hosten, qu'elle a revue avec plaisir à son retour de la Martinique, et qui habite dans sa maison, rue Saint-Dominique. L'avait-elle connue aux colonies ou la rencontra-t-elle à Paris pour la première fois ? le fait importe peu ; toujours est-il que, nées la même année et créoles toutes deux, les jeunes femmes se prirent. Tune pour l'autre, d'une vive amitié que les épreuves resserrèrent encore par la suite. Madame de Lamothe- Hosten qui, à seize ans, se trouvait être mère de trois enfants, est veuve à présent. Ses deux fils aînés sont à Sainte-Lucie dans leurs propriétés de famille, et sa fille. Désirée, âgée de treize ans, qui est auprès d'elle et qu'elle songe déjà à marier, suivant l'usage créole, vient