‹ Hortense de BeauharnaisChapitre 41 sur 54 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

Le temps, en elTet, semble s'être gâté, madame Campan s'en plaint également dans ses lettres à Ilortense, de sorte que madame Bonaparte ne paraît pas avoir voulu prolonger la saison aux eaux au delà du terme prescrit pour son traitement. Dès les derniers jours de juillet, elle est de retour à la Malmaison.

Aussitôt arrivée, elle adresse, à madame de La Rochefoucauld, la lettre suivante :

« Je ne veux pas laisser partir le citoyen Uapp sans vous donner, ma chère cousine, de mes nouvelles, sans vous parler de ma tendre amitié et du bonheur que j'ai eu d'avoir passé

LA COUR CONSULAIRE. 2o5

ces trois semaines, avec vous, à Plombières. Je les mettrai au nombre des moments heureux que j'aurai eus dans ma vie...

» Dites, je vous prie, mille choses aimables à madame et à mademoiselle ïalouette (sic) et à la bonne madame de Sourdis. J'ai vu, pour elle, le ministre de la police. Elle peut compter que, d'ici à huit jours au plus tard, je lui ferai passer la radiation de M. de Sourdis...

» Hortense grossit beaucoup; elle vous embrasse. Caffarelli vous présente son respect. J'ai trouvé mon cher mari plus aimable et plus amoureux de sa femme que jamais.

» Adieu, ma bonne, mon aimable cousine. Je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous aime de même.

') JOSÉPHINE BONAPARTE, o

vu

Malgré tous les agréments du voyage, c'est toujours avec un nouveau plaisir qu'Hortense se retrouve à la Malmaison, qui se transforme et s'embellit encore, chaque jour, sous l'habile direction de Fontaine, secondé par de merveilleux ouvriers tels, par exemple, que l'ébéniste Jacob. Il a déjà richement décoré la salle du Conseil, agrandi la salle à manger, restauré la galerie et la bibliothèque; à présent, il construit, pour faire suite au vestibule, une sorte d'annexé en forme de tente, où se tiendront les domestiques, les jours de réception. Le Premier Consul trouve que cela res-

semble « à une loge d'animaux à montrer à la foire », de même, il a critiqué la bibliothèque et prétendu qu'elle avait tout l'air d'une « sacristie d'église ». Néanmoins, Fontaine constate qu'en général Bonaparte est plus facile à contenter que Joséphine ; celle-ci a, parfois, des caprices qui font son désespoir. Ainsi, au printemps dernier, elle a fait bouleverser le jardin planté à la française, et pris à son service un jardinier anglais. « Elle ne peut supporter les allées droites et veut que tout soit à l'anglaise ^ » Il n'est pas jusqu'à Hortense, qui ne donne du tracas au pauvre architecte, cette année-là : d'accord avec les autres acteurs, elle représente, à son beau-père tous les inconvénients du théâtre portatif, il est non seulement insuffisant, mais encore fort incommode à dresser et à démonter pour chaque représentation ; une salle de spectacle est donc devenue de toute nécessité. Bonaparte, qui a pris la petite troupe sous sa protection, se laisse aisément convaincre; il charge,

Page 1