ACTE I, SCÈNE Vif
DUPERRON
Je ne l'accuse pas, d'Ervillé, je n'accuse que moi... Enchaîné trop jeune à une femme, qui finissait sa vie quand je commençais la mienne, il m'a fallu toutes les forces de ma volonté pour résister aux tentations d'un monde où mes affaires me forçaient de rester. Parmi ces épreuves, il en est une qui a été plus douloureuse que toutes les autres ; car, cette fois, ce n'était pas l'entraînement d'un cnprice, l'amour d'une beauté facile, le charme d'une liaison passagère; c'était une passion profonde, impérieuse, folle...
d'ervillé.
Que vous avez étouffée ?
DUPERRON
Que j'ai fait taire, voilà tout; mais qui est restée là pendant longtemps comme un désespoir et un remords, et depuis quelque temps comme une espérance. d'ervillé.
Que voulez-vous dire?
Je ne veux dire de mon secret que ce que vous devez en savoir pour me comprendre. Une autre existence va commencer pour moi... Je l'espère, du moins... mais il ne me convient pas d'y entraîner ma fille... il ne faut pas qu'elle puisse rire des folies de son père... (Mouvement.) Je ne veux pas non plus qu'elleen puisse pleurer... c'est pour cela que je veux la marier... d'Ervillé, c'est à vous que je voudrais confier le bonheur de ma fille.
d'ervillé, à part.
DUPERRON
Eh bien ?
A moi ?
DUPERRON
Oui, voulez-vous être son mari ?
d'ervillé.
Avant toutes choses, mon cher Dupcrron, j'accepte,
D ERV1LLE.
36 HORTENSE DE BLENO»E-
et je me tiens pour honoré de votre proposition. Mais, ne pouvez-vous me dire ce qui vous a dicté, non-seulement votre détermination, mais votre choix? duper ron, se levant, ainsi que d'Ervillé.
Vous savez la cause de ma détermination : quant à celle de mon choix, la voici : Lorsquejc me suisdécidé à marier ma fille, j'ai dû penser à la liquidation de sa fortune. Vous savez qu'elle se trouve liée à la vôtre; les propriétés que lui a léguées sa mère, sont grevées de droits considérables qui vous appartiennent... c'était une très-grosse affaire à démêler,., un mariage la terminait... vous comprenez que l'idée m'en soit venue. d'ervillé.
De façon, que c'est le banquier qui a pensé à moi, et les chiffres m'ont protégé.
DUPERRON
J'accepte Pépigramme... Mais soyez sûr que c'est le père qui vous a choisi... Vous avez un nom que toute femme doit être fière de porter, parce que vous Pavez conservé honorable et rendu célèbre; je connais votre loyauté, votre justice, la noblesse de voire âme, et ce qui n'avait été qu'une combinaison de chiffres est devenu un désir paternel.
d'ervillé.
Je le crois, Du perron... et je sais que la fortune de votre fille et la vôtre, eussent-elles dépendu de ce mariage, vous les eussiez sacrifiées si vous n'aviez pas eu quelque estime pour moi... Mais, pardon, mon ami, Amélie connaît-elle vos intentions ?
DUPERRON
Relativement à un mariage prochain, oui... relative* ment à vous, non...
d'ervillé.
Ceci change bien la question... Elle a dix-sept ans, et moi trente-deux...
DUPERRON
Et c'est là précisément ce qui me détermine à vous parler avec cette franchise. S* je n'ai pas expérimenté la vie, du moins Pai-je beaucoup observée. Croyez-moi,