‹ Hortense de Blengie, comédie-drame en trois actesChapitre 65 sur 76 · ACTE III, SCÈSE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈSE III

vous ne me connaissez pas... Je sais ce que vous avez de force, mais vous ignorez ce que j'ai de violence. Je sais ce que vous avez souffert, mais vous ne savez pas que c'est moi qui vous ait fait tout ce mal.

Mais que voulez-vous dire, mon Dieu? je ne vous comprends plus.

BUPERRON.

Eh bien! donc, apprend tout. Lorsque votre père me confia le soin de votre enfance, l'acceptai avec orgueil ce témoignage de son estime, et je vous vis avec joie entrer dans ma maison, pour être la seconde fille de celle àqui, en échange de sa fortune, je n'avaisdonné que mon nom...

Et le respect que méritait ses vertus.

DUPERRON

Et auquel jamais je n'ai voulu manquer. Et ce lut là, Horten-e. la cause de mon supplice et la cause de mon crime... (// se lève et descend en scène.) hortense. *' levant.

De votre crime?

DCPERRON.

Oui, car bientôt l'enfant que j'avais adoptée avec une affection toute paternelle, devint une jtune fille, belle, charmante; une femme en qui rayonnaient, tout à la fois, la beauté, l'esprit, la grandeur. Elle était chaque jour sous mes yeux ; je contemplais sa beauté, jem'eniyrais de ses paroles; et lorsque je me demandai pourquoi mon cœur, que je croyais partagerentrero.es deux enfans, n'allait plus qu'à vous seule, je m'aperçus que je n'avais rien été à ma tendresse de père, mais que je vous avais donné tout l'amour de ma vie.

Quoi, monsieur?

DUPERRON

Dieu m'es! témoin, et vous-même avant Dieu, que jamais un mot, un regard, n'ont pu jous faire s çonner le délire de celte passion.

C'est vrai, monsieur, vous m'avez respectée.

DUPERRON

Oui, je vous ai respectée dans votre innocence, mais non pas dans voire bonheur. Lorsque je compris ce fatal amour, je me sentis trop faible pour la lutte; je voulus vous éloigner, je cherchai à vous marier.

Est-ce là votre crime?

DUPERRON

Oui... car vous étiez jeune, belle, et chacun savait qu'il n'était aucun mariage au-dessus de vous, aucune position en ce monde que vous n'eussiez honorée en l'occupant; et il y avait à vos pieds dix prétendans jeunes et beaux aussi, dignes de vous apprécier et fier de vous confier l'honneur et la joie de leur avenir. Mais ceux-là auraient allumé dans votre âme ces premières émotions du cœur, que je voyais s'agiter dans vos tristesses sans raison comme dans vos folles joies. Ceux-là auraient accompli ces rêves d'amour qui vous tourmentaient à votre iuçu ; ceux-là, vous les auriez aimés. Je les écartai, je cherchai près de moi un vieillard... noble et bon sans doute, riche et considéré, c'est vrai, qui pouvait satisfaire à toutes les exigmees de votre orgueil, mais qui devait laisser mourir celte flamme de la jeunesse qui ne pouvait biûler pour moi et que je voulais éteindre pour tous les autres. Je vous mariai parce que je vous aimais; mais je vous mariai à un vieillard parce que j'étais jaloux. Voilà mon crime...

Ah! monsieur, qu'avez-vous fait?

DUPERRON

Et maintenant, comprenez-moi bien, Horlense. L( hasard nous a dégagés, vous des liens que je vousavai imposés, moi de ceux qui m'ont rendu coupable enver: vous; mais cet amour qui vous sacrifiait en vous res pectant, cet amour, il s'est pour ainsi dire augmcnli de mes remords... cet amour, il est plus ardent, p!u exalté que jamais.

Archives cfe, a M/fed

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