GASTON, HECTOR
HECTOR, avec amitié.
Il parait que cela ne va pas.
castor, asus et accablé.
Je croyais l'avoir retrouvée! J’étais triomphant, et ce n est pasollo! Ah! c’est bien la siluation la plus étrange !
HECTOR
J'entends... une femme mariée, comme moi... c'cst-à-dirc, comme celle de mon mari ; elle a un mari ?
CASTON.
Eh nonl
, hector, lui serrant la main.
Compliment derechef I... vous n’avez pas un mari qui vous lait voyager malgré vous ... comme moi f Ah ! je lui en feux. C’est doue une veuve ?
CASTOR
Pas davantage.
« ... HtCTOR.
Bravo! Une jeune fille?
castor.
Ravissait'- 1
Il faut faire votre demande à la tamille.
GASTON
Ni pèro ni mère, rien ... pas de famille î
HECTOR
Ni beau-père ni belle-mère ! Ah çà ! mSis c’est le chef-d'œuvre de la création ; et vous n’êtes pas marié !
gastor, se levant. — Ils descendent au milieu.
Ah t mon cher, si vous saviez ce que je rencontre d’obstacles. HECTOR, prenant machinalement la chaise que vient de quitter Gaston et sans s’asseoir.
Un rival ?
CASTOR
Pas le moindre !... Mais une femme qui s'entoure d’un mystère impénétrable; une femme malheureuse!..»
Hector, appuyé sur la chaise qu’il a apportée.
Innocente et persécutée. ?
CASTOR
Ah l ne riez pas. . . C’est bien la plus adorable créature!... Au fait, je puis vous en parler, elle n’est pas ici.
HECTOR
Et puis de causer, ça soulage. (Il s’assied.)
GASTON
C’est lg plus grand des hasards qui me la fit connaître. Je chassais près de Malesherbes, à quelques lieues de Fontainebleau dans une partie de forêt quo je n’avais pas encore battue lorsque entraîné par ci lle volonté, cette ardeur que je meta à toutes choses, je franchis une haie et me trouvai, sans m’en douter, au milieu d’une petite habitation qui ressemblait tellement à la forêt, que, ma foi ! je n’y prenais pas garde.. . J’arrivai ainsi jusqu’à un pavillon, délicieuse retraite, cachée à tous les yeux par des arbres magnifiques... un véritable nid, au milieu de chênes omtenaires. Je m’aperçus alors de mon erreur et je me rôtirais lorsqu’à travers le feuillage, je vis une jeune personne vêtue de blanc, assise au pied d’un arbre. Un livre était tombé à scs pieds et elle étoufTait des sanglots en se couvrant la figure de son mouchoir. Mon chien, que je tenais couché près de moi, fil un mouvement dont le bruit arriva jusqu’à elle . . . elle leva la tête avec effroi.
HECTOR
La biche avait senti le chasseur.
CASTON.
J’avais à peine distingué sa taille ravissante, ses traits charmants et baignés de larmes, qu’elle avait disparu 1 et troublé par cette apparition soudaine, je me retirai lentement, non sans tourner souvent mes regards vers celte demeure mystérieuse où mon cœur restait malgré moi!
hector, se levant.
C’est le commencement d’un conte de fées.
llOKïiaSK
CASTOR
Vous comprenez que je ne négligeai rien, que je fis loul au motiJ'- pour Avoir quelle était ma Mie inconnue, et dès le lenilflinâin, je m'en allai, toujours du même » été, mon fusil sur l'êpaulo, interrogeant tout le monde sur ma route.
u toron, riant.
On défait vous prendre pour un juge d’instruction en chasse.
- (Il patte à gauche.)
carton*. • . .
Je sus alors qu’elle vivait là depuis quelque temps... seule, ou h peu prés, n’ayant pour compagne qu’une vieille femme dont la figure disgracieuse faisait bonne garde autour d’elle ; per?onne uc la vo>aii, personne... hors les malheureux qui ne revenaient jamais sans la bénir. J’arrivai ainsi jusqu'à la haie que j’avais franchie la veille.
HECTOR
Elle était là, au pied de l’arbre I
CASTOR
Non... je ne la vis pas... jo l’ontandis f Vous no pouvez vous imaginer rien de plus doux, de plus mélodieux que celte voix si jeune et si fraîche... Je no sais comment cela se fit, mais jo me trouvai sous la fenêtre du pavillon. La voix m’avait attiré peu h peu, et ma foi, je n’y résistai plus.-. Je soulevai la jaluusie d'une main tremblante, la fenêtre était entr’ouverte .. Je voulus reculer, mais j’étais retenu Ut par un charme ii résUUble. J’jvançat ma figure... Tout k coup elle m’aperçoit, elle puusso un cri et s'évanouit.
HECTOR
Elle vous avait pris pour un voleur... avec voire fusil.
castor,
Et personne pour la secourir !... Je perdis la tête !... Je m'élançai près d’elle, je la soutins dans mes bras pour la ranimer. Ses cheveux s'étaient dénoués. . . son sein battait avec violence et sa ligure si L'eue, malgré sa pâleur, était k deux doigts de mes lèvres. . .
HECTOR
Qui ne purent faire autrement quo de l'effleurer.
Je ne crois pas !...
HECTOR
Je crois que si 1
GASTON
Au bruit que j’avais fait, la vieille accourut... elle me repoussa avec indignation, avec énergie et arracha »ajeune maîtresse do mes bras. Je criais pour me justifier, elle criait plus fort pour me fairo sortir... mon chien aboyait plus fort qu'elle; h celto musique infernal-, la jeune fille rouvrit enfin les yeux. . . ei jo m'en allai par où j’étais venu. Mais à quelques pas de In, dans la forêt, mes genoux fléchirent sous moi, et je me pris k pleurer comme un enfant.
HECTOR
Pauvre Gaston I vous étiez pris.
CASTOR
Oh t tout à fait... Vous pensez bien qu'avec mon caractère persévérant, tenace, fSouf c*t parlant, il prend la chaise et la reporte à ta place) je n’étais pas homme à abandonner la partie.
HECTOR
Très-bien I c’est comme ça qu’on arrive!
CASTOR
Je revins au pavillon, elle n’y était plus l partie, envolée.... Mais j'eus bientôt découvert sa nouvelle retraita. .. un petit logement h Fontainebleau !... d'où elle ne sortait p'us que pour aller k l'église. J’écrivis, et d’abord mes lettres fur» nt obstinément refusées... mais enfin, k force de persévérance et do corruption. . •
Vous avex beaucoup corrompu ?
CASTOR
0^1 énormément. . . et tous gens incorruptibles.
HICTOR.
Mémo la vieille?
Castor.
Mes lettres arrivées k leur adresse, furent lues et gardées; et un jour, eu sortant de la messe, car je n’en manquais pas une...
HECTOR
Ça vous comptera.
OASTOlt.
Je pus m'approcher d'elle et lui dire tout bas : Je vous aime t„
DE CI KNY. 5
Elle me regarda si tendrement, que je faillis tomber k ses pied», malgré b foule qui nous entourait.
MECIOR.
C’eût été drôlo 1
CASTOR
Je rno contentai de lui glisser une lelke préparée d’avancé... Obi mais une déclaration a brûler le papier... Jo lui demandais son cœur. . sa main...
HECTOR
Tout h..
Et je lui annonçais ma visite pour lo lendemain.
HECTOR
Ah 1 Enfin, nous voilà arrivés !
Gaston avec douleur.
Oui, anivés.... k la déception la plus affreuse !.. .
, HECTOR
Comment I nous allons reculer ?
castor.
Lo lendemain, elle était partie, me laissant pour adieu, ce Pillet... le premier, leseui que j'aie reçu d’elle! [Lisant) « Gaston,
» no cherchez pas k me revoir... Je ne puis être à vous! Je suis u trop malheureuse!... Adieu I »
HECTOR
Malheureuse !
GASTON
Elle m’aime donc I
HECTOR
Adieu, en amour, c!est immense!.., Cest au revoir!
CASTON.
Et jo la perdrais ainsi!... Non, non... elle a suivi la roule de Kcters, je lo sais... ehe doit être ici... J'ai couru tous les Lolola de cette ville, mais rien. [Il remonte et passe à gauche*.)
HECTOR
Elle est peut-être en Normandie?
castor, redescendant.
Oh' je la retrouverai... j’y suis bien résolu! dû t-ol le mo meuer au bout du monde.
HECTOR
Il faut espérer qu’elle ne vous mènera pas jusque-lk !... d’abord, ça ne se peut pas... vous savez la terre étant rondo.
GASTON
Ah! vous êtes bien heureux de pouvoir plaisanter, vous! Votif n’étouffez pas, comme moi!
HECTOR
Ma foi. non... Mon histoire à moi est m ins romanesque... C'est Thistuire d’hier et celle de demain... C’est l'histoire oncienuo de toutes les trinitës conjugales.
GASTON
Un ménpg*» à trois?
HECTOR
Avec un mari... Un chef de file qui voyage c’est insupportable!. . Car vous croyez jeut-êlre que j'ai du goût pour les voyages? Je les déteste... je voyage malgré moi et sans savoir où je vais. . Mo voilà aujourd'hui au midi, jo serai peut-être demain au nord. . Jo me fais l’effet d’un fourgon... ie no voyage pas... je suis!... J’enrage, mais il y a une sorte d’aimant, une chaîne invisible qui nous lie.
GASTON
Au corps d'armée! m
HECTOR. ! y
Je t’avais perdue do vue depuis Metz... Car c’est k Metz que y cela a commencé, quand nous y étions ensemble... il avait là une % certaine Juliette... v
Qui ça, Juliette P
HECTOR
Oh! vous ne l’avez pas c- nnuo... Juliette Grumeau... caston, o part.
Ah bah!
HECTOR
Une veuve, k ce qu’elle disait... Elle passait k Metz pour a.iôr k Strasbourg... Deux viles de garnison... J’en étais tombé amour» ux à première vue... et ma foi! je l’arrêtai au passage.
HOUTL.NSK UE CEUX Y.
oaston, à part, en riant.
Mon rirai de Metz... Citait lui!
utero».
El juges de ma surprime, quand je l'ai retrouvée à Paris... cet hiver... Mariée a un diplomate un peu mûr...
«ASTON
Juliette!... celte dame Juliette Grumeau.
HECTOR
Elle s’est donné un ambassadeur... mais légitimement. Il ci oit à la venu de sa femme comme h res talents diplomatiques... G est vrai que la petite ambassadrice a un air tout à fait digue... Elle m a défendu do la suivre... nia parole d’iiouneur I
Air dt ta Robe et dt» JlvUu.
Elle • des regret*, j'imagine,
Oa péché qui la mil loujour*,
Et sa résistance multnr M a rendu mes premier? amour*.
Juliette, comme l'eaptirancc,
M'entraîne à ses pas attaché I Mais la mari...
OiSTQJI.
Bahl c’est la pénitence <1« voyage avec 1* péché !
HECTOR
Je suis uu gros pèche... Dites donc, pas un mot... pas un regard...
CASTOR
Soyez tranquille! (A port. J Je m’en garderai ma foi bionî Juvignt, dans la matson.
Je tous dis que j’en suis sûr.
HECTOR
Eh mais î la voix du mari... il m’a vu.
CASTON.
Je m’en vais.
HKCion, le retenant.
F.h 1 non... Vous allez voir comment ou jotieuu grand étonno- »eul... Je suis devenu diplomate... h la suite.