‹ Hortense ou le piano sans larmesChapitre 2 sur 12 · PETIT DIALOGUE AUTOUR DU PIANO · texte numérisé non relu

PETIT DIALOGUE AUTOUR DU PIANO

Personnage* : HORTENSE, 12 ans, COLETTE. 13 an*.

Qci scène représente un salon moderne. Hortensc est an piano et accueille d'un sourire satisfait son amie Colette qui fait son entrée.

COLETTE

Bonjour, Hortense. Comment? Tu étudies ton piano à cette heure-ci, et un jour de congé ! Tu disais toujours que rien au monde ne t’ennuyait davantage !

s’arrête de jouer, mai* toujours perchée sur son tabouret :

Attends, Colette, trois petites mesures et je suis à toi. (Elle aehève très gentiment une sonate de Mozart. Puis, pirouettant sur son tabouret : Comment trouves-tU ça ?

COLETTE

Pair connaisseur

Charmant! Quel progrès, ma chère. Alors tu aimes le piano, à présent?

Je l’adore.

COLETTE

de plus en plus femme du monde

Ah ! je n’en reviens pas. Non, mais toi pour qui c’était la croix et la bannière de te mettre à l’étudier, ou plutôt à faire semblant d’étudier. Car enfin, ta mère le disait encore à maman cet été : « Hortense est parfaitement insupportable, dès qu’il s’agit de musique )). Dis, Hortense, tu es convertie. Ah!

c est trop drôle, raconte-moi ton histoire. Quelle scie pourtant ce piano, j’en sais quelque chose, moi.

C est que tu ne connaie pas la bonne manière, Colette.

COLETTE

Incrédule et supérieure

Et c est ta Mlle Fagot qui est arrivée à ce résultat incroyable?

Mlle Fagot !... Ah ! la la ! non. C’est justement elle qui me rendait le piano odieux.

COLETTE

Et tu crois que c’est plus rigolo avec le père Maréchal !

En voilà un professeur ! Te donne-t-il aussi des tapes avec ses longs doigts maigres.

COLETTE

Bien sûr, le méchant : et il en a encore des inventions ! Est-ce que Mlle Fagot ne te posait pas aussi pendant la leçon deux sous sur le dos de la main ?

Mais oui ; et on devait les conserver ainsi et bien prendre garde à ce qu’ils ne tombent pas. Mais la guigne, c’est qu’ils n’étaient pas plutôt placés sur la main, que pouf ! les voilà qui roulaient par terre, et jamais je n’ai pu acheter le plus petit sucre d’orge avec.

COLETTE

Et le coup du verre d’eau, elle te l’a fait aussi ?

Vous jouez du bras, grinchait Mlle Fagot..

Le critérium... en voilà des mots, hein! c’est bien son genre ? Le critérium c’est que vous puissiez mettre un verre d’eau sur votre main, et que pendant tout le morceau, il ne bouge pas plus que la plume de mon chapeau. Mademoiselle partie, je cours essayer, mais ma chère, quel cataclysme ! Patatra, voilà le verre sur le clavier. Le piano, ce qu’il a pris comme déluge, et le parquet, quelle mare ! Maman m’a dit que ma robe était perdue ! Papa m’a grondée, et j’ai été privée de dessert. J’en ai été bien guérie, de ce truc-là.

Mlle FAGOT

■HHHWMi

COLETTE

Est-ce qu’elle ne te forçait pas aussi à rester des heures sur ton tabouret, en tapotant bêtement, les bras au corps comme un poulet, quand Euphrasie, la cuisinière, va le mettre à la broche.

J’en pleurais. aussi, elle et le piano, je les avais pris également en

grippe.

COLETTE

Eh ! bien alors, où est le miracle !

Primo, plus de Mlle Fagot !

COLETTE

Et le nouveau professeur ? gentil ?

HORTENSE, avec conviction

Adorable. (enjouée) C’est maman.

COLETTE

Ta mère ? Comment ? Elle peut te donner tes leçons?

Oui, parce qu’elle a appris un 'système merveilleux, grâce auquel on aille avec le même plaisir que si on : jouait à la poupée.

que si on jouait COLETTE

travaille avec le même P !

Ça, c’est trop fort !

Et puis, tu sais, au lieu d’étudier des heures, comme avec Mlle Fagot, j’étudie deux quarts d’heure, et des quarts d’heure qui filent comme une lettre à la poste.

COLETTE

Dis-donc, sais-tu que c’est stupéfiant. Comme dit Magda, la gouvernante, c’est colossal.

Alors maintenant, tu aimes le piano ? toi qui l’avais en horreur. Tu ne travailles qu une demi-heure, et tu avances comme avec des bottes de sept lieues, tandis que moi (à la fois

importante et vexée) qill SUIS ton

EUPHRASIE, la cuisinière.

Tu ne travailles qu’une demi-heure et tu avances comme avec des bottes de sept lieues.

Comme je te le dis, ma peiite, du Mozart, du Beethoven, du Schumann, et même des modernes : Fauré, Ravel, Florent Schmitt... Voilà qui vous pose tout de suite.

Enthousiasmée COLETTE

Mais moi aussi je veux jouer tout ça.

C’est bien facile : suis ma méthode.

COLETTE

Où la trouver ?

Tiens, et n’oublie pas le nom ce son auteur.

Colette prend le livre des mains de son amie et lit sur la couverture

ou Le Piano sans larmes

par Lucien de FLAGNY

sans aucune modestie

Le plus invraisemblable, c’est que je joue à présent des choses intéressantes, passionnantes, des auteurs pour grandes personnes ; des morceaux que maman entend le dimanche chez Colonne, chez Chevillard.

COLETTE

Incrédule.

^MManpIS

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