‹ Hortus deliciarumChapitre 103 sur 157 · Voici quelques exemples · texte numérisé non relu

Voici quelques exemples

A. Sculptures: Cathédrale de Strasbourg; grande façade, portail latéral du côté nord. — Cathédrales d’Amiens, — de Chartres, — de Paris, ébrasements de la porte centrale. — Cathédrale de Sens, soubassements de la porte gauche de la façade. — Château de Pierrefonds, Conf. Viollet-le-Duc, Dict. d’arcbil., IX, p. 327 et suiv.

B. Vitraux: Grande rose occidentale de Notre-Dame de Paris. — Nef latérale du sud, cathédrale de Strasbourg.

L Orgueil est symbolisé par une femme qui ne porte pas d’armure défensive; elle est vêtue avec recherche et ostentation. Son voile est enroulé autour de la tête en forme de turban très élevé ; une robe à longue traîne, avec manches collantes jusqu a 1 avant-bras, où elles s’élargissent démesurément, recouvre un vêtement de dessous, visible seulement aux poignets et au flanc dans les interstices du lacet. Des bottines avec pointes à la poulaine, ornées d’une rangée de boutons et de lacets transversaux, emprisonnent ses pieds. Une peau de lion sert de housse à son cheval'. Telle parait la Superbe , Vice capital, Superbia principale vicium, une des plus magistrales créations du pinceau de Herrade. Comme un éclair elle fond sur X Humilité; celle-ci tient la première place dans la rangée des Vertus, assistée des trois vertus théologales : la Foi,

V Espérance et la Charité, ainsi que des quatre vertus cardinales: la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance (f° 200 recto du manuscrit, Ve ligne). Toutes sont armées comme les assaillantes, seulement, au lieu de lances, elles portent le glaive, symbole de la parole de Dieu — Gladii Firtutum significant verbum Dei. Leur calme contraste avec la pétulance des Vices. Au-dessus de la rangée des Vertus se trouvait dans le manuscrit cette inscription : Humilitas pugnat contra Superbiam cum conntibus suis — l’ Humilité combat la Superbe avec ses compagnes, et, à la fin de la rangée, se trouvait le mot: comités — compagnes. Dans toute la suite de cette Psychomaehie, les Vices qui sont rangés derrière un Vice principal sont appelés suivantes — pedissequœ, tandis que les Vertus qui accompagnent et assistent une Vertu principale, sont appelées du nom plus relevé de compagnes — comités. Remarquons encore que, dans tous les différents tableaux, la Vertu principale a toujours le casque orné d’une couronne.

Dans cette première rangée, les Vertus cardinales se reconnaissent à leurs attributs ordinaires : la Prudence porte un livre, la Justice une balance, la Force un glaive et enfin la Tempérance verse de l’eau dans une coupe. A la seconde ligne ou rangée de la page précédente (pl. XLIK, f° 199 verso du manuscrit) se trouve l’issue de ce premier combat. Nous y voyons une guerrière creusant une fosse dans laquelle tombe tète en bas l'Orgueil ou la Superbe 2. L’inscription qui accompagnait la miniature indique que la Superbe tombe dans une fosse creusée par la Fraude: Fraus fodit foveam, et Superbia cadit in illam. Puis l’Espérance encourage l’Humilité, et lui remet un glaive pour donner la mort à l'Orgueil: Spes Humilitatem confortât, et dans sibi gladium, laudis amorem inspirât ut superbiam décidât3 4.

L’Humilité coupe, en effet, la tête à l’Orgueil, et l’on voit à la fin de cette ligne la tête du cheval de la Superbe

tomber dans la fosse, tandis que la croupe du même cheval est figurée dans la fosse au commencement de la même ligne.

C’est, comme on le voit, la chute du fol Orgueil, trahi par un des siens et tombant sous les coups de l’Humilité, assistée de la confiance en Dieu.

Après la lutte de la Superbe contre l’Humilité vient (pl. XLIV, f° 200 recto du manuscrit, 2e ligne) celle de l’Idolâtrie contre la Foi. L’Idolâtrie, Idolatma (sic) et Genlilitas, tient d’une main une colonnette qui porte trois idoles, idola, une figure humaine et deux figures d’animaux ; de l’autre elle pousse sa lance contre la Foi, dont elle touche presque la tête. La Foi se contente de faire de la main un geste d’horreur, son épée est restée dans le fourreau et elle 11’a point de bouclier, mais elle a pour compagnes la Religion, la Pureté, l'Obéissance, la Chasteté , la Continence, l Affection et la Révérence *, toutes bien armées, tandis que l'Idolâtrie n’a point de suivantes. Le triomphe de la Foi ne se fait pas attendre : au bas de la planche XLIII, la Foi étrangle des deux mains l’Idolâtrie, en lui posant un pied sur l’épaule, et les débris

des idoles tombent à terre. Hic strangulat fides y dolatriam et destruit ydola sua.

Vient ensuite (pl. XLIII, f° 199 verso du manuscrit, 3e ligne) le combat de la Tristesse contre l’Espérance. La Tristesse ou le Découragement a bien l’attitude qui lui convient, elle s’appuie sur son bouclier et se couvre le visage de la main gauche, tandis que de la droite elle tient négligemment sa lance. Les sept pedissequœ qui la suivent menacent de leurs lances l’Espérance et ses compagnes. Il eût été intéressant de connaître les noms de ces suivantes ou Filles de la mauvaise Tristesse; malheureusement ces noms sont omis sur notre calque et il nous a été impossible de les découvrir ailleurs; c’est, par bonheur, la seule lacune de ce genre qui se rencontre dans la suite de cette Psychomachie , toutes les autres planches portent l’indication et les noms des personnages. L’Espérance : Spes, principalis virtus (pl. XLIV, f° 2qo recto du manuscrit, 3e ligne), se couvre tranquillement de son épée, son bouclier est suspendu à son cou. Ses compagnes sont: Contemplatio, Gaudium, Modeslia, Confessio, Paciencia, Compunctio, Longanimitas — la Contemplation, la Joie; la Modestie, la franche Déclaration, la Patience, la Componction et la Longanimité. Cette dernière tient l’épée haute, prête à frapper. Le résultat ne se fait pas attendre, à la fin de la même ügne on voit l’Espérance tenant son épée à deux mains et tranchant la tête à la Tristesse : Spes occidit Tristiciam.

Fortè per effusas inflata Superbia turraas Eflreni volitabat equo, quem pelle leonis Texerat, et validos villis ornaverat armos Quo se fulta jubis jactantius ilia ferinis Inferret, tumido despectans agmina fastu,

Turritura tortis caput accumularat in altum Crinibus, etc.

Psychomachia, v. 17S et suiv.

2. Sed cadit in foveam, præceps quam callida fortè Fraus interciso suffoderat æquore furtim:

Psychomachia, v. 257 — 258.

3. Cunctanti Spes fida cornes succurrit, et offert Ultorem gladium, laudisque inspirât amorem.

Psychomachia, v. 278—279.

4. Texte latin: Religio, Mundicia, Obcdiencia, Caslitas, Conlincncia, Affecltts, Reverencia.

PLANCHES XLV et XLVI. attaque de la colère contre la patience, — de l’envie contre

Page 1