LA CHARITÉ — ET DE LA GOURMANDISE CONTRE LA SOBRIÉTÉ
Ces deux planches (f° 200 verso et 201 recto du manuscrit) représentent le combat de la Colère contre la Patience, de l’Envie contre la Charité et de la Gourmandise contre la Sobriété.
i° La Colère (pl. XLV, 1° 200 verso, Te ligne) semble crier très fort, elle ouvre démesurément la bouche. Ira spumanü rictu se ostendit, la Colère se montre la bouche écumante de rage. Elle ne porte pas de lance, mais un arc bandé et chargé à la lois de cinq flèches : Ira multa jacula jacit. Ses suivantes sont : la Clameur, le Blasphème, la Contumélie, la Témérité, la Fureur et l’Indignation — Clamor, BlaspTiemia, Contumelia , Temeritas, Furor, Indignatio.
Le calme de la Vertu contraire (pl. XLVI, f° 201 recto, ire ligne) contraste singulièrement avec l’agitation de la Colère; la Patience n’a que deux compagnes: la Componction et la Longanimité; les trois Vertus, que nous avons déjà vues comme compagnes de l’Espérance (pl. XLIV, dernière ligne), tiennent tranquillement l’épée droite pour exprimer la vigilance, mais en même temps pour marquer la confiance, la pointe des trois boucliers repose à terre. L’issue du combat a un caractère tout particulier; tandis que dans les autres luttes la Vertu finit par mettre à mort le Vice opposé, la Patience attend tranquillement la mort de la Colère : Paciencia pacienter expectat inortem Ire, et c’est la Colère elle-même qui se perce la poitrine d’une épée : Ira se ipsam cuspide transjigit.
20 L’Envie (pl. XLV, f° 200 verso, 2e ligne), Vice principal, a sept suivantes qui sont: la Haine, Odiurn — l’Affliction causée par la prospérité du prochain, A ffliclio in prosperis — la Joie du malheur d’autrui, Exultatio in adversis — la Malice, Malicia — la Détraction, Delractio — l’Amertume, Amaritudo, et la Susurration, Susurratio.
De même que l’Envie, toutes ces suivantes brandissent vivement leurs lances contre la Vertu de Charité et ses douze eompagnes (pl. XLVI, f° 201 recto, 2e ligne): la Grâce, la Piété, la Libéralité, la Miséricorde, la Mansuétude, l’Indulgence, la Compassion, la Bénignité, l’Honnêteté, l’Amitié et la Consolation — Gratia, Pietas, Liberalitas, Misericordia, Mansnctudo, Indulgencia, Compassio, Benignitas, Ilonestas, Amicicia, Consolatio.
La troisième ligne au bas de la planche XLV nous montre la fin de la lutte : la Charité coupe la tête à l’Envie, qui laisse tomber sa lance : Caritas occidit invidiam.
3° Après la lutte de l’Envie contre la Charité vient celle de la Gourmandise contre la Sobriété (pl. XLV, f° 200 verso, 3e ligne).
La Gourmandise ou Goinfrerie, Ventris engluai es, brandit sa lance de la main droite, tandis que de la main gauche elle met un moi’ceau dans sa bouche, elle mange .... comedit. Les suivantes sont dignes d’elle, ce sont : la Voracité, V oracilas — la Perte de la mémoire, Oblivio — la Pesanteur de la tête, Crapula — la Mollesse, Languor — l’Obscurcissement de l’esprit, Mentis hebetudo (toutes les conséquences du vice), enfin, la Friandise et l’Ivresse, Gula, Ebrietas. En face de ce groupe de Vices nous ne trouvons (pl. XLVI, f° 201 recto, 3e ligne) que la Sobriété accompagnée de l’Abstinence, Abstinencia, et de l’Affliction de la chair, Garnis ajjlictio; celle-ci tient l’épée haute, prête à frapper. La Sobriété termine la lutte en perçant de son épée l’estomac de la Gourmandise, qui retient encore son bouclier, mais laisse échapper de la main sa lance : Sobrietas transfigit ventris engluviem.
PLANCHES XLVII et XLVIII. la vaine gloire contre la prudence. - la fausseté contre