Ludus monstrorum. Engelhardt. Tab. V, Fig
10. Viollet-le-Duc. Diction, raison, du mobilier, n vol., p. 477, parle de notre miniature et en donne un dessin modernisé.
11. La roue de la Fortune entre fréquemment dans le cycle des représentations religieuses du moyen âge. Nous la voyons au-dessus du portail du transept nord de la cathédrale de Bâle, à la façade de Saint-Zénon à Vérone, au transept méridional d’Amiens, à Beauvais, etc., etc.
12. On lisait au-dessus de ce roi: « Rex diadematus pecuntis copiose ditatus. Roi couronné de gloire et possédant de copieuses richesses.»
13. « Glorior elatus, — descendo minorificatus. — Infimus axe premor, — rursus ad alta vehor.»
14. «Sicut rota volutalur , sic mandas instabili cursu variatur .»
Près de la figure de la Fortune on lisait: «La Fortune signifie la cupidité humaine, ou la vaine gloire, ou la félicité Et un peu plus haut: «Ce cercle qui tourne comme une roue montre clairement que la fortune ne reste point fidèle**1 2 3.
PLANCHE LVI. l’échelle des vertus.
Cette grande miniature, si originale et si intéressante par son symbolisme, c]u’Engelhardt4 a copiée intégralement avec toutes les inscriptions, faisait suite aux peintures du Combat des Vertus et des Vices, de l’histoire de Salomon et de la Roue de la Fortune, et devait sei'vir comme les précédentes et comme celles des Sirènes qui vont suivre, à expliquer et à illustrer quelques chapitres du texte courant de Y Hortus deliciarum intitulés : Du Trône de Salomon — Des Flèches et des Attaques des Démons et des différentes espèces de vices — et enfin, la poésie de Lapsu carnis, de la chute de la chair, comme quoi l’homme tombe de l’échelle de la charité.
C’est, en effet, l’Echelle de la Charité qui est figurée dans cette peinture; elle part de l’angle gauche au bas de la planche pour monter à l’angle droit d’en haut.
«Cette échelle, dit l’inscription, signifie l’ascension des Vertus et le religieux exercice de la Sainteté, par où l’on cherche à atteindre la couronne de la vie éternelle. Beaucoup s’appliquent d’abord à monter cette échelle, mais ensuite, blessés par les flèches diaboliques, ils se désistent, et, séduits et tirés en sens contraire par les embarras terrestres et par leurs concupiscences, ils tombent misérablement5.» Ce sont ces chutes que présente notre miniature. Au bas de l’échelle, le dragon infernal dresse des embûches à ceux qui veulent monter6, et nous voyons successivement un chevalier et sa femme une religieuse, un clerc, un moine, un reclus, inclusus, et un ermite, contre lesquels deux figures de démons lancent des flèches tomber misérablement en s’adonnant à des vices divers. Seule la Charité, grâce à la protection des anges, reçoit au haut de l’échelle, de la main du Seigneur, la couronne de vie. «Cette personnification de la Vertu, dit l’inscription placée à côté, signifie tous les saints et les élus qui, par les anges gardiens, sont conduits à la récompense du ciel. Et cette Vertu est la Charité, car seule la vertu de charité, qui contient toutes les autres vertus, parviendra à atteindre la couronne de la récompense céleste7 *.»
La vue de ces chutes nombreuses pourrait décourager ceux qui ont le désir de monter, si la prudente abbesse n’avait eu soin d’écrire sur une des branches de l’échelle une sentence pleine de consolation: «Tous ceux qui tombent ainsi dangereusement, le Seigneur, par le remède de la pénitence, peut les faire remonter au sommet des Vertus ! s»
PLANCHE LVII. les sirènes.
Dans l’iconographie païenne les Sirènes sont représentées sous la forme d’oiseaux à tête humaine9, tandis que les femmes à queue de poisson, que l’on rencontre dans bon nombre de monuments antiques, sont des Néréides et non pas des Sirènes. Au moyen âge on a souvent confondu les Néréides avec les Sirènes, de sorte que ces dernières sont presque généralement représentées sous la forme de femmes à queue de poisson10. Toutefois il y a des exceptions, et notre abbesse, dans les trois peintures qui nous occupent, s’est tenue à la conception antique des Sirènes, conformément aux écrits d’Isidore de Séville et aux rédactions latines du Bestiaire11.
1. « Fortuna ponilur pro cupiditate bumana vel vana gloria, vel felicitate.»
2. «Qtiod fortuna. fidem non servat, circulas idem plane testatur qui more rota varialur.it
3. Il ne sera pas sans intérêt de citer ici deux miniatures d'un manuscrit de la bibliothèque de Berne, qui constituent deux pendants d’autant plus remarquables de la composition de Herrade, que le trône de Salomon et les rayons inférieurs de la roue de la Fortune y sont occupés par des personnages historiques contemporains de la docte abbesse de Hohenburg. Ce sont Henri VI d’une part, de l’autre le malheureux Tancrède, dont la veuve et les deux filles furent reléguées comme prisonnières dans l’abbaye de Hohenburg en 1195. Sur le premier dessin, l’empereur dans sa gloire est entouré de la personnification des Vertus, parmi lesquelles des inscriptions signalent la Force et là Justice. La Fortune, ayant à ses pieds Tancrède, demande à être admise parmi les Vertus, mais essuie un refus catégorique: « Fortuna rogat virtutes esse in consortio earum, sed repuisa est!» Dans le second dessin, la Sagesse, debout derrière le trône du souverain, adresse des reproches à la Fortune, voilée et confuse, qui occupe le haut de la roue, tandis que Tancrède, lancé à terre, rampe pitoyablement sur le sol.