Draco iste insidiatur scandentibus.it
7. «Hac persona virtutis significat omnes sanctos et electos, qui angelica custodia perducuntur ad cœlestia premia. Virtus autem bac est caritas. Sola enim virtus carilatis, qua ceteras virtutes conlinet, ad accipiendam cœlestis premii coronam perveniet.11
8. «Hos omnes periculose ab alto cadenles potesl ‘Dominas medicina pœnilenlia ilerum ad virtutum culmen resliluere.it
9. « Partent superiorem muliebrem babebanl, inferiorem autem gallinaceam.it Hygin fab. 125. — «Fuerunt autem parte volucres, parte virgines pedes gallinaceos babentes.n Meyth. Vat. II, p. 105. — «Sirenes secundium fabulant, parte virgines fuerunt, parte volucres. Harurn ma voce, altéra tibiis, alia lyra canebat.» Servius, ad Aeneid. Lib. V, v. 864. — Cf. l’excellente dissertation sur les Sirènes, par M. Stephani, dans les Comptes rendus de l’Académie de Saint-Pétersbourg, année 1866, p. 28 et suiv.
10. Cf. R. de Lasteyrie, Miniatures inédites de ï Hortus deliciarum, planches IV et V. Ulysse et les Sirènes. — L’auteur cite un grand nombre d’exemples de Sirènes représentées sous la forme de Néréides.
11. « Sirenes fingunt fuisse ex parte virgines, ex parte volucres, babentes alas et ungulas.it Isro. Orig. XI, 3, 30. — «Sirènes animalia sunt mortifera, qua a capite usque ad umbilicum figurant bominis babent, exlremas vero partes usque ad pedes volatilis babent figuram.it — Bestiaire latin, publié par le P. Cahier, Mél. d’Archéol. Tom. Il, p. 174.
Les Sirènes, dans l’iconographie du moyen âge, symbolisaient les dangers que le monde fait courir aux âmes chrétiennes; elles étaient donc bien placées à la suite du combat des Vertus et des Vices et de l’Échelle des Vertus. Une légende inscrite sur une de ces peintures, nous montre les rapports qui, dans la pensée d’Herrade, reliaient ce mythe du paganisme aux images précédentes : « Salomon, dit-elle, et la lloue de la Fortune, et l’Échelle et les Sirènes nous enseignent le mépris du monde et l’amour de Jésus-Christ»1.
Il ne faut pas s’étonner de voir ce souvenir de la mythologie païenne employé dans un but d’édification. Les auteurs classiques étaient connus d’Herrade, et, dans un chapitre du texte intitulé Belles-Lettres, la savante abbesse dit expressément que «non seulement les saintes lettres nous conduisent à la vie éternelle, mais encore les lettres païennes peuvent nous instruire». A l’appui de cette assertion elle cite les fables d’Ixion, de Sysiphe, de Prométhée, de Persée tuant Méduse, et en tire d’excellentes instructions morales. Les Sirènes doivent servir au même but.
La planche LVII présente les deux premières miniatures des Sirènes, qui occupaient dans le manuscrit le f° 221 recto.
Dans le premier tableau nous voyons un bateau occupé par quelques nautonniers que trois Sirènes cherchent à endormir au son de la harpe, de la flûte et de leur douce voix2 3. Au-dessous une deuxième scène montre que ces dangereuses enchanteresses n’ont que trop bien réussi dans leur affreux dessein : elles se précipitent en effet sur les malheureux navigateurs qu’elles viennent d’endormir, les déchirent de leurs ongles et les jettent à la mer. C’est une image du sort de ceux qui prêtent l’oreille aux séductions du monde au lieu de s’en détourner. Le tableau suivant nous présente la contre-partie.
PLANCHE LVIII. ulysse et les sirènes. — les renards autour de la vigne.
Le premier tableau de cette planche est le troisième et dernier de la série des Sirènes. 11 était peint au verso du feuillet 221 du manuscrit et figure la prudence d’Ulysse qui sut résister aux chants des Sirènes.
11 parait que ce sujet a été rarement représenté dans les monuments du moyen âge®, et il est d’autant plus intéressant de le voir figurer dans la collection des miniatures du Hortus deliciarum. Dans la pensée d’Herrade, le navire d’Ulysse était l’image de l’Église voguant sur les flots du monde. Ulysse lui-même était la figure du peuple chrétien exposé à mille séductions, dont les Sirènes sont le symbole, séductions auxquelles il ne peut échapper qu’en fermant l’oreille aux suggestions du monde. C’est ce que les compagnons d’Ulysse ont fait pour ne pas être séduits par les accents mélodieux des Sirènes. Et comme la croix est la plus puissante protection du chrétien, celui-ci doit y être attaché, comme Ulysse au mât de son vaisseau. «Le chef Ulysse, disait la légende inscrite sur le champ de la miniature à droite du mât, ordonna qu’on le liât au mât du navire, et fit boucher avec de la cire les oreilles de ses compagnons, et ainsi il fut préservé du danger, et parvint à faire périr les Sirènes dans les flots»4.
Si maintenant, après avoir expliqué le symbolisme de ces trois images, nous les considérons sous le rapport du dessin, nous y trouverons des détails intéressants. Ces miniatures sont les seules du Hortus deliciarum où soit figuré un bateau5. La forme de ce bateau est la même dans les trois images : les deux extrémités sont plus élevées que la partie du milieu ; à la proue les deux parties latérales se réunissent en pointe, à la poupe elles s’évasent en queue d’aronde6; les diverses pièces de bois qui forment le bateau ainsi que les clous qui les retiennent sont soigneusement indiqués; le gouvernail est une planchette dont l’un des côtés est cloué à une hampe; les rames, qui ne figurent que sur le premier dessin, ont la forme d’une massue; le mât est fourché au sommet pour recevoir la vergue à laquelle est suspendue une voile carrée, formant beaucoup de plis, comme une tenture, et dont les coins inférieurs sont retenus par des cordes. Les vagues de la mer sont figurées, dans les deux premiers dessins, par des spirales qui se succèdent régulièrement; dans le troisième il n’y a que des lignes ondulées comme pour le Jourdain dans la scène du Baptême de Notre-Seigneur.
Sur le premier tableau les Sirènes, avec des ailes et des pieds d’oiseau, se tiennent sur un écueil émergeant de la mer: elles sont vêtues de robes longues à larges manches, la tête coiffée d’une espèce de petit voile fixé par un bandeau. La première tient une lyre ou harpe triangulaire, semblable au psalterium du roi David, la deuxième joue de la flûte qu’elle tient du côté gauche, la troisième enfin a la bouche grandement ouverte : elle chante. Les yeux bien clos des quatre nautonniers et leur pose nonchalante indiquent que les malheureux se trouvent déjà sous l'influence de la séduction. Si ce premier tableau respire le calme perfide de l’enchantement, le second, au contraire, est agité et tragique. Deux des navigateurs ont déjà péri, les deux autres s’efforcent en vain de résister aux Sirènes qui se tiennent sur le bord du bateau; il n’est plus douteux qu’ils subiront le triste sort de leurs compagnons.
1. «Salomon et rota Fortune et Scala et Sirerue admonent nos de contempla rnutidi cl amore Christi.»
2. « Una voce, altéra tybia, tertia lira canit. Légende de la miniature.
3. M. R. de Lasteyrie, Miniatures inédites de l’ Hortus deliciarum, ne cite
qu’un seul exemple remontant aux premiers siècles du christianisme. C’est un
sarcophage trouve par M. de Rossi au cimetière de Saint-Calixte. (de Rossi,
Bnlleltino di archeol. chrisliana, 1S65, p. 35.) On y voit Ulysse attaché au mât de son navire, pendant que trois Sirènes avec des pattes et des ailes d’oiseau, dont deux sont nues, la troisième vêtue comme dans la miniature du Hortus, cherchent à endormir l’équipage par leurs chants. — M. de Rossi, en parlant de ce sarcophage, avait émis la pensée que le mât du navire d’Ulysse symbolisait la
croix, et il est intéressant de voir cette idée confirmée par Herrade elle-même sur cette miniature.
4. «Du x Ulysses pralernavigans jtissil se ad malum navis ligare, sociis autem cera aures oblurare, et sic perictilum il lésas evasit, Sirenasque fluctibus submersit.n
5. Il n’existe malheureusement pas de calque de la scène de saint Pierre marchant sur les eaux, fol. 116 recto du manuscrit, où figurait peut-être une barque. Il en est de même de la scène du sermon sur le lac, fol. né verso.
6. Cf. A. Rich, Diction, des antiquités romaines et grecques. De tous les dessins de navires qui figurent dans cet ouvrage, celui de l’art. Opiferœ, p. 435, a le plus de ressemblance avec le dessin du Hortus deliciarum. — Voir aussi A. Essenwein, Kulturhistorischer Bilderatlas, II. Mittelalter. Taf. XXXXIX, N° 6. Scene aus der Tristan-Handschrift. Cod. germ. N° 5 1 der Münchener Bibliothek.
Mais grâce à l’artifice employé par le sage Ulysse, son équipage, loin de se laisser séduire, fait bonne justice des Sirènes. L’une des enchanteresses, déjà précipitée dans les flots, est tuée d’un coup de lance, une autre est jetée à la mer à l’instant même, la troisième se tient encore à l’extrémité de la proue, mais déjà son corps est plié : un des nautonniers, la tirant par les cheveux, en aura bientôt raison. Ulysse, son écuyer et le pilote contemplent tranquillement cette scène dramatique. Ulysse, attaché au mât par un gros câble, porte, ainsi que son écuyer, le costume des chevaliers du XIIe siècle, c’est-à-dire la cotte de mailles et le ha unie à nasal. Quant au pilote, on remarquera le manteau à capuchon et à manches courtes n’allant que jusqu’au coude, qu’il porte par-dessus la tunique1 2.
La seconde miniature de notre planche LXUI appartient à un autre ordre d’idées. Il ne s’agit plus du combat des Vertus et des Vices, des séductions du monde et des moyens d’y échapper. Herrade nous présente maintenant la sainte Eglise fondée par Jésus-Christ pour être notre reine et notre mère, et à laquelle nous devons obéissance et amour. Les chapitres du texte de cette partie du livre avaient pour titres : De l’Église, — Du Christ et de l’Église, et spécialement de la Vierge Marie, — De la beauté de l'Église, — Des divers Ordres de l’Église, — Des Lieux saints et de leurs noms, — De la Dédicace des Églises. Ces extraits étaient tirés de divers auteurs, mais principalement de la Gemma animœ de Honorius d’Autun et des Sentences de Pierre Lombard.
Une première image représentait Jésus-Christ introduisant l’Église dans le Cellier*. Il n’en existe pas de calque complet, mais seulement quelques détails que nous donnerons dans un dernier supplément avec d’autres calques récemment découverts. La seconde image, celle de notre planche, figure la vigne dévastée par les renards; comme la première, elle est tirée du Cantique des Cantiques3, et se trouvait sur la même page, f° 225 recto. On y voit trois renards au bas d’un cep de vigne, ils lèvent la tête et regardent les raisins dont la vigne est chargée, mais qui n’a pas de fleurs. Au-dessus des renards on lit: «Les renards désignent les hérétiques et les schismatiques qui ravagent la vigne du Seigneur»4. Au-dessus de la vigne sont écrits ces mots : «La vigne a fleuri, c’est-à-dire l’Église a répandu dans le monde entier les fleurs des vertus»5. Derrière les renards se trouve Jésus-Christ couronné, à nimbe croisé, il montre la vigne à l’Église personnifiée et aux filles de Jérusalem. Le nom de Christ, x?ç, est écrit à côté de sa tête, et le mot Église, Ecclesia, à côté de celle de l’Église, et de plus: «La personne de l’Église signifie les prélats»6. Au-dessus des jeunes filles on lit: «Filles de Jérusalem, c’est-à-dire les obéissants»7. Enfin, au-dessus du groupe entier on lisait un passage d’un commentaire sur le Cantique des Cantiques se rapportant au chap. 111, v. i5 de ce livre. Nous donnons la traduction de ce passage en note8. Ces divers textes qui accompagnaient notre miniature en expliquent suffisamment le sens.
PLANCHE LIX. l’édifice de l’église contenant les fidèles.
Cette belle miniature qui ornait le f° 225 verso du manuscrit, représente l’Église comme un temple et comme la réunion de tous les fidèles. Le calque que nous reproduisons est un des plus achevés de notre collection, il n’y manque que les inscriptions; mais, grâce aux notes de M. de Bastard, déposées à la Bibliothèque nationale de Paris, il nous sera facile de suppléer à cette lacune. L’idée dominante de cette composition est évidemment la distinction entre l'Église enseignante et l’Église enseignée, entre l’Ordre sacerdotal et les fidèles laïques. Cela ressort aussi bien de la disposition des personnages que des inscriptions qui remplissent les vides du dessin. Notre édifice présente deux étages séparés verticalement au milieu par une sorte de tourelle qui monte jusqu’au pignon, et qui est elle-même coupée en deux étages. Dans la partie supérieure de cette tourelle, paraît une reine couronnée, et majestueusement assise sur un trône. C’est la personnification de l’Église enseignante, comme le prouve le texte qui se trouvait à côté de la fig ure : « Cette reine, c est l Église qui s appelle Vierge-Mère et qui représente tous les prélats»6. Un texte, écrit à côté de la miniature, était encore plus explicite, il était ainsi conçu : «La reine assise dans le temple signifie l’Eglise qui est appelée Vierge-Mère et qui représente tous les prélats, c’est-à-dire les apôtres, les évêques de Rome et les autres évêques, les abbés, les prêtres et prélats qui par le bain de la régénération et la doctrine salutaire de la prédication, engendrent chaque joui' des enfants spirituels dans le temple du Seigneur, c’est-à-dire dans l’Eglise»10. Des deux côtés de la tour centrale nous trouvons à l’étage supérieur de part et d’autre, un apôtre, un pape portant la tiare, avec cette inscription : « la tiax-e est faite d’un tissu précieux de soie blanche, le pape
1. Ces scènes n’avaient pas été publiées avant l’ouvrage de M. R. de Lasteyrie, Miniatures inédites de l’Hortus deliciarum, qui en a donné une copie réduite, accompagnée d’une savante dissertation; mais presque tous les auteurs qui se sont occupés du manuscrit d’Herrade ont indiqué, du moins sommairement, l’intérét que présente le symbolisme des Sirènes. Nous citerons : Engelhardt, Herrad ■von Landsperg, p. 45. — Le Noble, Notices sur l'Hortus deliciarum dans la Bibliothèque de l’École des Charles, T. I, p. 253. — Piper, Mythologie der christl'.chen Kunst, T. I. p. 383. — Gérard, Les Artistes de l'Alsace au Moyen-Age, T. I, p. 78. — A. Woltmann, Gcschichte der deulschen Kunst im Elsass, p. 70. — Herrade a probablement tiré le sujet de ces miniatures des Sirènes, du Spéculum Ecclesia d’HoNORius Augustodun. Voir Dominica in Sepluagesima. Édit. Migne, Patrologie T. CLXXII, col. 855-857.