‹ Hortus deliciarumChapitre 124 sur 157 · Exultabunt omnia ossa humilia ta · texte numérisé non relu

Exultabunt omnia ossa humilia ta

9. «Ossa morluorum deituo resuscitabunt , et in carne sua videbunt Dominum.n

PLANCHES LXIX et LXX. grande scène dü jugement.

Ces deux planches se faisaient face dans le manuscrit et ne forment qu’un seul tableau, nous les réunirons donc dans cette description, comme nous l’avons déjà fait pour les planches du Combat des f^ices et des V ertus.

La procession des Saints, dont nous venons de voir une partie dans les planches LXVII et LXVIII, commence au bas de la planche LXIX. Au milieu de la composition (planche LXX, ligne inférieure) figure la croix du Sauveur, ornée de la couronne d’épines, elle s’élève au-dessus d’un siège couvert d’un tapis et d'un coussin; un Ange placé à droite de la croix la soutient, tandis qu’un autre à gauche porte la lance et l’éponge de la passion; les clous, au nombre de quatre1, sont déposés sur le coussin, sur lequel repose en outre le livre de la justice appuyé contre la tige de la croix. Des deux côtés de cet autel de la croix sont agenouillés, à gauche Eve vêtue comme les saintes femmes et couverte d’un long voile, et à droite Adam en costume antique avec longue barbe et longs cheveux. «Adam», dit la légende écrite au-dessus de lui, «sauvé par la croix, adore la croix2.» La même inscription est répétée pour Eve. Derrière Adam se trouve un groupe de Patriarches vêtus de tuniques brodées et de clilamydes, avec une coiffure toute particulière; puis un groupe de Prophètes, sans coiffure; enfin des Disciples du Seigneur vêtus comme les Apôtres2. Ces divers groupes forment le commencement de la procession des Justes qui seront glorifiés par le Christ, et dont nous avons déjà considéré les autres parties dans les deux planches précédentes.

Jetons maintenant nos regards sur le Juste Juge lui-même et ses assesseurs. Le Christ au nimbe crucifère (planche LXX) parait dans une gloire à forme d’amande, traversée par un double arc-en-ciel ; le plus grand lui sert de siège, et le plus petit sert d’appui à ses pieds. Il est revêtu d’un manteau, mais la poitrine découverte laisse apercevoir la plaie produite par le coup de lance, et de même, les plaies des mains et des pieds sont apparentes. La position des mains est à remarquer : la main droite est ouverte pour inviter les Justes à la récompense, la main gauche au contraire est tournée et abaissée pour repousser les maudits qui se trouvent à sa gauche. Ce double geste exprime bien la double sentence : «Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde»; et: «Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges»1.

A côté du Christ se trouvent, à droite, la sainte Vierge, à gauche, saint Jean-Baptiste, qui, d’après les traditions de l’iconographie chrétienne, sont les intercesseurs au Jugement dernier, aussi se tiennent-ils debout dans l’attitude de la prière. Près d’eux nous trouvons de chaque côté trois Apôtres, tenant chacun un livre ouvert et assis sur une forme ou siège long à dossier couvert d’un tapis6. A côté du siège et dei’rièrc le dossier se tiennent des figures d’Anges portant un sceptre tréfilé, symbole de leur puissance. La même disposition se répète au-dessous, dans la zone du milieu, ce qui nous donne douze Apôtres, assesseurs du Souverain Juge, selon cette promesse que leur avait faite le Christ : « En vérité je vous dis que vous qui m’avez suivi, lorsqu’à la régénération, le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël»". Dans cette deuxième rangée, le milieu, au-dessous du Christ, est occupé par deux tétramorphes, avec l’inscription: «Séraphins, ayant chacun quatre faces»7.

Le fleuve de feu qui jaillit de dessous les pieds du Christ, à gauche, passe, à la deuxième rangée, entre les Séraphins et les Apôtres; à la troisième, il s’écarte davantage vers la gauche, laissant à droite Eve agenouillée près de la croix; il roule ensuite à la hase de la troisième ligne, oii se trouve le premier groupe de ceux qui seront damnés. Ce sont les faux prophètes dont le dernier se retourne, se couvrant en partie le visage de ses mains. Les autres groupes des maudits sont figurés dans la miniature suivante.

PLANCHE LXXI. jugement dernier. — les damnés.

Les deux premières lignes de cette planche sont la continuation des groupes de personnages se rendant au Jugement dernier pour y être condamnés. A la première rangée, nous voyons les faux apôtres faisant suite aux faux prophètes, puis un pape, des évêques et des clercs, des abbés, des moines coupables et de faux ermites et reclus; parmi ces derniers il en est un qui pour tout vêtement tient un sac ou une bourse, probablement l’objet de la passion qui l’a perdu, et un autre tenant un plat de poisson et un autre vase, symboles de la gourmandise. A la deuxième zone, nous trouvons d’abord des vierges folles vêtues en religieuses, puis des rois et des juges iniques, et tous les impies ou infidèles, parmi lesquels quelques élégantes entraînées au mal par l’amour du luxe, enfin le groupe des juifs et des païens. Quel contraste entre les figures calmes et placides des Saints, qui se rendent au Jugement pour y être glorifiés, et la stupéfaction et les pleurs de ceux qui pendant la vie ont cru pouvoir suivre impunément la voie de leurs passions, et qui maintenant sont obligés de s’écrier avec le Livre de la Sagesse: «Insensés que nous étions, nous nous sommes donc trompés!8»

1. Cf. Rohault de Fleury. Mémoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-C., p. 163.

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