Apoc. XVIII
6. «Flebunt et plangenl se super illam reges terra, id est reprobi qui cum ilia fornicati sunl et in deliciis vixerunt cum videront fumum incendii ejus longe stantes pr opter timor cm tormenlorum ejus, mittentes pulverem super capita sua et dicentes: va, va, civilas ilia magna Babylon, civitas ilia fortis, quoniam una hora venil judicium et destituta sunt divitia ejus et desolata est.» Apoc. XVIII, 9, 10 et passim.
et présentant la coupe de la corruption, et la figure si noble et si majestueuse de cette reine couronnée d’étoiles, environnée de l’éclat du soleil, se tenant debout sur la lune, et montrant le ciel, où un Ange porte son enfant pour le soustraire à la poursuite du dragon ! On voit que notre Herrade y a mis tous ses soins et toute l’habileté acquise par l’exécution des miniatures antérieures : c’est un chef-d’œuvre du Hortus deliciarum. Le sujet de ce beau tableau, comme celui de la grande Babylone, est tiré de l’Apocalypse, et se rapporte à l’Eglise et aux persécutions suscitées contre elle, comme le prouve l’article du texte qui suivait cette miniature. Le commencement de ce chapitre est un résumé du texte même de l’Ecriture1 2, puis vient un commentaire dont nous donnons les principaux points pour expliquer notre planche. — La Femme que l’on voit dans le ciel est l’Eglise que le Christ introduit dans le royaume céleste; elle porte le nom de Femme, parce qu’elle enfante toujours une race spirituelle. Elle est revêtue du soleil, parce que Jésus-Christ, le Soleil de Justice, l’environne de son éclat; la lune est sous ses pieds, parce que l’Eglise foule aux pieds la gloire inconstante de ce monde; une couronne de douze étoiles orne son front, parce qu’elle a pour parure la doctrine transmise par les douze Apôtres. Le dragon roux est le diable : il s’appelle dragon parce qu’il est rempli du venin du mal, et roux, parce que dès le principe il fut homicide. 11 cherche à dévorer le fils de la Femme, mais l’enfant à sa naissance fut enlevé vers Dieu, parce que la bonne action de chaque fidèle sous la protection de Dieu est cachée à la perversité du démon, et reçoit de Dieu la récompense. La Femme a deux ailes, parce qu’elle possède les deux préceptes de la charité sur lesquels, comme sur deux ailes, elle se sauve du démon. Les sept têtes couronnées du dragon représentent les sept vices capitaux, sources de tous les péchés du monde3 *. Le dragon entraîne du ciel sur la terre la troisième partie des étoiles, parce qu’il a entraîné dans sa révolte et dans sa chute le tiers des Anges, et parce qu’il continue d’entraîner au mal un grand nombre d’âmes faites pour briller comme des étoiles. Le dragon ne pouvant faire à la Femme tout le mal qu’il voulait, vomit contre elle comme un grand fleuve, c’est-à-dire il suscita contre elle une nouvelle persécution ; mais la terre engloutit bientôt ce fleuve, lorsque Dieu fit cesser l’épreuve. La bête qui apparut ensuite (voir le côté gauche au bas de la miniature) et à laquelle le dragon donna sa puissance, c’est l’Antéchrist que le démon remplira tout entier. Cette bête armée d’un glaive frappe les Saints qui lui résistent. Mais à son tour l’Antéchrist sera condamné avec le dragon, parce que le diable sera précipité avec son corps tout entier (avec tous les réprouvés) par l’archange Michel dans un étang de feu et ‘de soufre. Ensuite apparaît la Jérusalem céleste, car le jugement terminé, saint Michel introduit l’Eglise dans le ciel; alors les Saints rediront avec allégresse les louanges de Dieu, à cause de la chute de leur persécuteur, et tressailliront à jamais de joie d’être séparés du démon et de son corps (c’est-à-dire de tous les méchants).
Cette analyse du commentaire qui se trouvait dans le Hortus deliciarum explique complètement, et de la manière la plus authentique, le symbolisme de cette planche, qui est certainement une des plus belles du Hortus. Nous y voyons aussi l’enchaînement et la relation de cette miniature avec les deux précédentes, celles de la grande Babylone3.
PLANCHE LXXVII. le sein d'abraham.
Encore une figure magistrale, qui est le complément de la précédente. Tandis que la grande Babylone est précipitée en enfer avec ceux qui se sont laissé séduire par elle, les enfants fidèles de Y Eglise vont se reposer dans le ciel de leurs souffrances et de leurs fatigues*.
L’image du sein d' Abraham a été employée par Notre-Seigneur lui-même dans l’Evangile5, et elle paraît souvent dans les monuments de l’iconographie chrétienne; en voici le symbolisme: Abraham reçut de Dieu la promesse que tous les peuples de la terre seraient bénis en lui; — que sa race serait multipliée comme la poussière de la terre et comme les étoiles du ciel; — qu’il serait le père d’une multitude de nations; — que Dieu par un pacte éternel serait avec lui et avec toute sa postérité; — qu’il serait le chef d’un peuple très grand et très puissant, et que toutes les nations de la terre seraient bénies en lui6. D’après ces textes de l’Ecriture, Abraham est à considérer comme le Père de tous les croyants, comme le Père de tous ceux qui seront sauvés. Tous les Élus forment sa race et sa postérité, de là l’image du sein d' Abraham comme symbole du salut des Justes, non seulement de l’ancienne Loi, mais encore, par suite de l’union entre les deux Testaments, de tous les Elus sans exception7.
Dans cette miniature Abraham, vénérable figure de vieillard à longue barbe comme il convient à un patriarche, est assis sur un trône richement orné, et tient sur son giron une foule de figures d’enfants, pour marquer que les Justes jouiront dans le ciel des avantages d’une éternelle jeunesse. Les deux palmiers à côté du trône signifient la victoire des