FIN
Le bas de cette planche est occupé par quatre calques. Le premier présente un groupe d’enfants de la scène de Moïse recevant les tables de la loi sur le Sinaï (folio 4° du manuscrit). — Une partie de cette scène est donnée PI. XIV.
Les deux calques suivants sont tirés des scènes qui ornaient les feuillets 6ovo et 65vo, et qui présentaient l’histoire de Judith et celle d’Esther; c’est une figure de jeune homme et une figure de roi; cette dernière est un dessin magistral. — Enfin, deux figures de la sainte Vierge avec l’Enfant Jésus sur les genoux; ces deux figures n’ont été calquées qu’à cause de l’Enfant, comme le marque l’inscription : Enfants.
PLANCHE XXV*"' l’arbre généalogique du christ.
Nous avons ici l’arbre généalogique du Christ qui formait le frontispice de la seconde partie du Hortus deliciarum. Le deuxième calque de la planche XXV, emprunté à la collection de l’Œuvre Notre-Dame, ne donne que le sommet de cet arbre; ici c’est la miniature complète remplissant toute la page et admirablement copiée'.
Au lieu de représenter, selon les traditions de l’art byzantin, Jessé, le père de David, dormant et le tronc sortant de sa poitrine, Herrade a adopté une autre conception, unique en son genre et plus conforme à la généalogie de Jésus, telle quelle est rapportée dans l’Evangile.
Au bas de l’image, Dieu plante un arbre. Selon l’usage du Hortus deliciarum, le Père céleste paraît sous les traits du Christ, sans doute parce que le Seigneur a dit: «Celui qui m’a vu, a vu mon Père» (St. Jean XIV, 9). Au pied de l’arbre se tient Abraham regardant des étoiles, que lui montre un ange; c’est le symbole de sa nombreuse postérité (Gen. XV, 5; XXII, 17). Au milieu du tronc se trouvent, en bustes disposés sur six rangs, les ancêtres de Jésus, chacun avec son nom, d’après saint Matth. I, 1 à 16. Au-dessus d’eux, et seul, parait saint Joseph, l’époux de Marie; plus haut encore est assise la sainte Vierge, et le Christ sort comme une chaste floraison de sa tête, image de l’enfantement mystérieux, virginal; le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, plane au-dessus de sa tête. — Du tronc se détachent six branches, trois de chaque côté. On voit sur ces branches les patriarches, les prophètes, les rois; puis d’un côté des juifs, reconnaissables à leurs chapeaux pointus, de l’autre côté des évêques et des chrétiens. Enfin, sur la partie la plus élevée de l’arbre, posés sur une bande fleurie, les élus du paradis, apôtres, papes, évêques, ermites, vierges, martyrs portant des palmes; c’est la postérité d’ Abraham, le père des Croyants, c’est comme la famille spirituelle du Rédempteur’. Cette image est une des plus belles du manuscrit. M. Charles Schmitt dit avec raison que si le Hortus deliciarum avait pu être consulté par des artistes, cette magnifique composition serait devenue sans doute le point de départ d’une tradition artistique, au lieu de l’arbre de Jessé, beaucoup moins expressif1 2 3.
PLANCHE XXVII“ les trois mages.
Les deux miniatures de cette page servent à compléter les dessins du cycle de l’Épiphanie. Le calque de la planche XXVII a donné l’arrivée des Mages à Jérusalem; ici nous avons: i° au bas de la planche, ordre renversé, l’offrande de leurs dons à Bethléhem; la figure de la Vierge avec le divin Enfant est la même que la première de la planche XV,<r; — et i° au haut de la planche, les Mages avertis en songe de retourner dans leur pays par un autre chemin, et ensuite conduits par l’ange.
PLANCHE XXIX’" sujets divers.
Cette planche porte six petits calques détachés. Le premier se rapporte encore au cycle de l’Épiphanie (f° 92 du manuscrit) et devrait être placé avant les deux dessins de la planche XXVIIWî- C’est le voyage des Mages à la suite de l’Étoile. Ce groupe a été donné par Engelhardt, tab. III, mais il est certainement rendu ici avec plus d’exactitude.
Le deuxième dessin représente le héraut d’armes, armiger, du roi Hérode, dans la scène du massacre des Innocents. La planche XXVII et Engelhardt, tab. IV, ont déjà donné cette figure.
1. M. R. de Lasteyrie a donné une réduction de cette miniature dans la Galette archéologique, 18S4-S5.
2. C’est ce qu’expliquait la phrase suivante qu’on lisait dans le texte d’Herrade :
« Interpretatur Abraham pater multarum gentium, qui sunt omnes Christiani, vel Judei, vel pagani .» R. de Lasteyrie, Galette archéologique, 1885.
3- Cf. Ch. Schmitt, Herrade de Landsperg, p. 36, et Ch. Gérard, Les Artistes de l'Alsace pendant le moyen âge, I, p. 71.
Les deux calques suivants portent l’indication: convention ? et ont été sans doute copiés pour le costume; ils sont pris, l’un de la feuille 98, l’autre de la feuille 101 du manuscrit.
Vient ensuite un possédé, probablement copié à cause du costume, espèce de blouse serrée à la taille, et enfin un villageois sortant d’une maison et portant un vêtement suspendu à son bâton qu’il tient sur l’épaule ; cette figure devait faire partie d’une scène plus considérable, car on voit encore le pied d’un homme en marche qui précède (f° 1 06 à) .
PLANCHE XXX'" le bon samaritain.
Les deux dessins de cette planche complètent l’histoire du bon Samaritain commencée au bas de la planche XXX bis , où l’on voit les brigands accablant de coups leur victime et la dépouillant, tandis qu’un prêtre à cheval passe outre. Ici, nous avons le prêtre et le lévite à cheval passant tous deux à côté du malheureux blessé, couché tout nu à terre. Suivant l’usage adopté par les miniaturistes du moyen âge pour mieux exprimer la succession des scènes d’un même évènement, le blessé est représenté deux fois, dans la même attitude aux pieds du cheval du lévite et de celui du prêtre. Sur la planche XXX Wî, le dessinateur avait simplement calqué le prêtre à cheval sans le blessé.
Le second calque montre le bon Samaritain hissant sur sa monture le pauvre blessé bandé à la tête, aux bras et aux jambes, et à côté, nous voyons celui-ci confié aux soins de l’hôtelier à qui le bon Samaritain remet deux deniers; pour mieux exprimer la grande faiblesse du blessé, on l’a représenté assis par terre et tenu par l’hôte et par le Samaritain. De même que toutes celles de ce supplément, cette planche est admirablement dessinée, comme on peut s’en convaincre en la comparant au dessin de la planche XXXi,J.
PLANCHE XXX’"""’ sujets divers.
Les cinq calques de cette planche reproduisent des détails de diverses scènes de l’Evangile, qui offrent de l’intérêt pour l’étude du costume. C’est d’ahord un personnage portant une robe richement brodée (f° 112); — 20 une possédée, les cheveux hérissés: le démon qui sort de sa bouche a la forme d’un oiseau (f° ri 6); — 3° Notre Seigneur bénissant et montrant un enfant, dans ce passage de saint Matthieu, chap. XVIII, v. 2 : «Et Jésus, appelant un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit: En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez, et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.» Ce calque, comme on s’en aperçoit par l’inscription, est contourné; — 4° deux possédés, dont le premier, déjà donné par Engelhardt, tab. I, figure aussi sur la planche XXX Wî, — le second est inédit (f° 123); — 5° enfin, un lépreux, ne portant pour' tout vêtement qu’un linge autour des reins, et dont le corps est couvert de pustules (f° 126).
PLANCHE XXXII"’' le mauvais riche et Lazare.
Cette planche devrait être marquée XXXHP*, car elle complète la planche XXXIII', dont le premier calque, malheureusement bien imparfait, présente la mort du mauvais riche et celle du pauvre Lazare. — Ici nous avons deux calques bien dessinés, dont l’un présente le festin du mauvais riche, et l’autre, le pauvre Lazare dans le sein d’ Abraham, tandis que le mauvais riche, dans les flammes de l’enfer, montre sa langue desséchée et demande une goutte d’eau. Dans la scène du festin, le mauvais riche à table porte une couronne, ainsi que sa femme, assise à sa droite, tandis que les trois convives n’en portent pas; le pauvre Lazare est accroupi au pied de la table, il est presque sans vêtement, son corps est couvert d’ulcères, que viennent lécher deux chiens. — Abraham est une figure noble et imposante; il est assis sur un beau trône couvert de coussins; l’âme de Lazare repose sur ses genoux sous la forme d’un enfant richement vêtu.
PLANCHE XXXI V* le débiteur insolvable. —