PLANCHE IV. CRÉATION DE L’AIR ET DE L’EAU. — CRÉATION DES ANIMAUX
La scène de la première miniature est double et Dieu paraît dans deux attitudes différentes. Dans la première, la droite du Créateur est levée vers l’air personnifié par une figure humaine , enfourchant un griffon lancé au galop dans l’espace. L’air, entouré des quatre vents, représentés par autant de têtes émergeant des nuages, avec souffle rendu visible, lance d’un réservoir qu’il tient dans la droite, la grêle, la neige et la pluie : aer cum quatuor ventis • et grando nix pluvia in manu ejus.
Dans la seconde scène Dieu baisse la main vers l’eau, figurée par Pluton, armé du trident. Le personnage mythologique, qu’Herrade avait vu dans d’anciennes représentations, mais dans lequel elle parait ne plus reconnaître la divinité païenne, est accroupi dans l’onde qui lui passe jusqu’à la ceinture. 11 tient un poisson dans la main droite; la gauche est armée du trident, ce qui, d’après l’abbesse de Hohenburg, signifie que l’eau est fluide, propre aux bains et au lavage : aqua est lavïlis. nabilis. labilis • et ideo jingitur tridentem habere.
Un peu au-dessus de cette singulière explication, on ht: «Tous les fleuves et les mers déversent leurs eaux dans le grand Océan, qui est le réceptacle général d’où ils tirent continuellement leur eau. » — Cuncta fiumina et maria magno mari immer guntur . Quibus omnibus ex magno mari principium est. Un géographe moderne, connaissant les lois de l’évaporation, n’aurait pas mieux dit.
i. Voici comment s’exprime Didron: «Où est le Père, où est le Fils, où est l’Esprit dans cette trinité anthropomorphique?. . . . Le miniaturiste semble avoir pris à tâche de dérouter l’antiquaire et le théologien; il a tracé sur les pieds de la personne divine des stigmates qui sont à peine visibles dans la miniature originale. M. Durand, mon dessinateur, ne les avait pas remarqués d’abord ; j’ai dû appeler son attention sur ce point microscopique et lui faire corriger son dessin. Ces stigmates ne
peuvent convenir qu’au Christ; cependant il faut considérer que les mains n’en portent aucune trace, et que, sur les pieds, ils affectent une forme assez singulière, celle d’une croix, que les clous n’ont pu produire. Néanmoins cette forme est sans doute symbolique, et nous devons croire que la personne du centre est Jésus-Christ.» Histoire de Dieu, p. 564.
Le verset 20 du Ier livre de la Genèse sert de titre à la deuxième miniature, qui représente la création des animaux : Dieu, portant le costume traditionnel que nous avons observé dans les scènes précédentes, pose le pied gauche sur la mer et prononce le fuit. Les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les reptiles sont figurés par vingt-huit individus, tous tournés vers le Créateur qui vient de leur donner l’existence. Parmi eux se trouvent un dragon ailé, un griffon et une espèce de licorne. Les insectes et les animalcules, qu’il était trop difficile de figurer par le dessin, ne sont pas oubliés par Herrade. A la suite des inscriptions marquées sur la planche, et qu’il semble inutile de reproduire ici, on lisait encore du côté gauche :
Ex sententiis Pétri Lombard/' : De aquis pisces et aves ereavit deus • V olatilia levait s in aéra et natatilia remittens gurgiti • V enenosa et perniciosa animanlia créa la sunt innoxia, et per peccatum facta surit noxia • Nichil enim honuni nocuissent si non peccasset • Quedam minuta animanlia de c-orruptione lignorum et herbarum et fructuum gignuntur • Deus auctor est omnium.
Sous la miniature se développait la légende empruntée à la Bible et appliquée au Créateur : Oves et boues • pèccora campi ■ volucres celi • pisces maris • et omnia due moventur in aquis ■ Subjiciuntur pedibus dotnini.