PLANCHE V. LA SPHÈRE CÉLESTE. — LES ZONES ET LES SIGNES DU ZODIAQUE
Suivant le système de Ptolémée, Herrade place la terre au centre de l’univers, et la suppose immobile. «Toute l’harmonie du monde, dit-elle, consiste dans l’immobilité et dans le mouvement. L’immobilité est le propre de la terre, le mouvement est celui des astres1. » Autour du disque de la terre elle fait d’abord graviter la lune, puis Vénus, Mercure, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne et les constellations du zodiaque. C’était, à une planète près2 3, l’ordre admis par l’ancienne école, dont les errements sur la disposition et la rotation des corps célestes traversèrent encore plusieurs siècles, jusqu’à ce que Kopernic révélât au monde savant les lois du mécanisme sidéral '.
11 11e nous reste plus rien des explications dont l’abbesse de Hohcnburg accompagne son dessin des zones, qui du reste n’a besoin d’aucun commentaire; disons seulement que l’espèce d’anneau qui cerne la terre, était teint d’azur. La série des signes du zodiaque est ouverte par le capricorne, qui règne encore les premiers jours de l’année. Son corps est terminé en poisson; celui du scorpion, tout d’imagination, a une. forme assez surprenante et semble couvert d’un bouclier fait de main d’homme4. On remarquera que les signes se suivent exactement dans l’ordre astrologique, tandis que celui-ci est plusieurs fois interverti dans le tracé de la sphère céleste.
A la suite de cette miniature le Jfortus deliciarum donnait, fol. i3", le char du soleil traîné par quatre chevaux, publié par Engelhardt (atlas, fol. VI).
Ce troisième emprunt fait à la mythologie païenne parait moins heureusement exécuté que les précédents. Le dieu-soleil, reconnaissable au rayonnement de lumière, rendu sous forme d’étoile à douze pointes, dont neuf sont visibles et débordent le nimbe, est traîné dans un chariot d’azur, presque cubique et reposant sur un seul essieu sans le moindre mécanisme de suspension. L’ornementation du coffre prosaïque dans lequel est assis le soleil, se réduit à une bordure d’or qui en revêt l’ouverture ; elle est chargée de pierreries à l’extérieur et présente vers l’intérieur une série de chevrons brisés. En dépit des noms inscrits au-dessus des chevaux et accompagnés d’explications 5, rien dans leur forme ni dans leur allure ne trahit la fougue et la noblesse d’origine que les récits mythologiques prêtent aux coursiers d’Apollon, et que d’autres miniaturistes, mieux familiarisés avec les représentations antiques, n’avaient pas oubliées*. L’attelage se compose de quatre bêtes de trait, aux membres robustes, au poitrail puissant, tels qu’Herrade a dû en voir quand à de rares intervalles un coche gravissait lentement la montagne de Hohenburg.
Sur le même feuillet on lisait encore les explications suivantes :
Sol dum igneus sil pro nimio rhotu couver s ationis sue amplius incalescit . Sol sunne dictas quod soins appareat ■ obscuratis suo fulgore cunctis sideribus.
1. Voy. linscription qui se lit au haut de la planche, vers la droite : omnis ornatus mundi in duobus consistit, in situ et motu. Situs est in terra, motus in supernis. — D’après une seconde inscription, tracée à gauche , la sphère céleste est quelquefois appelée ciel, d’autres fois firmament ou monde. Au bas de la sphère, l’abbesse explique le mot constellatio par le terme allemand : Gestirne. Semblables explications se rencontrent souvent dans le cours de l’ouvrage.
2. Herrade place l’orbe de Vénus avant celui de Mercure. Sur ce point l’abbesse se rapproche de la théorie de Porphyre, d’Apulée et de quelques Platoniciens, mais elle maintient au quatrième rang le soleil, que ces philosophes plaçaient immédiatement après la lune.
3. Le disque de la terre était bleu, ainsi que le bord intérieur du cercle de
Vénus, de Mars et de Saturne. La lune et le soleil avaient le cercle bordé de
rouge, Mercure, Jupiter et les constellations du zodiaque se mouvaient dans un cercle teint de vert. Le cercle du soleil était d’or.
A- Le verseau portait une cotte de couleur rouge-brune et des braies chaussées vertes. Celui des gémeaux qui est armé du glaive, avait la cotte carminé et les chausses vertes; le second, la cotte bleue et les chausses rouges. Le bouclier du premier était blanc, celui du second, jaune. La robe de la Vierge, dont une partie des manches seulement est visible, était carminé; son bliau aux longues manches était coloré d’azur.
5. Lampos • i • ardens — philogeus • i • amans terrant — acteon ■ i • rubens — eritreus • i • splendens.
6. Cf. Fac-similés of the miniatures and ornements of anglo-saxon and irish raanuscripts, executed by J. O. Westwood. In-folio, London 1868, pl. 48.