DU FRUIT DE L’ARBRE DE LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL
Quatre scènes remplissent la feuille 17 du manuscrit et sont annoncées par autant d’inscriptions tirées de la Vulgate, avec quelques légères variantes.
Les deux premières ont rapport à la création d’Adam. Comme au moment solennel où les trois personnes divines délibèrent, Dieu est assis. Un riche coussin, recouvert d’un tapis avec bordure fort élégante, se trouve sur le siège, qui est soutenu par des colonnettes romanes, entièrement ornées d’un fouilli de feuillages gras. Les pieds du Créateur posent sur un escabeau d’or. Le corps d’Adam, formé de terre jaunâtre, est façonné par la main de Dieu, qui donne le dernier poli à la tête. C’est à peine si les doigts divins l’effleurent, tant ils opèrent délicatement1 2. Tout inerte et privé de sentiment, à l’œil terne et sans vie, Adam s’affaisse sous le poids de son corps; il tomberait à terre, si Dieu ne le soutenait d’une main posée sous sa tête.
Dans la scène suivante, son attitude change: c’est le moment où le Créateur, qui lui a saisi les deux mains, fait passer dans sa bouche le souffle de vie. Adam se dresse plein de force; son corps, tout à l’heure jaune comme 1’argilc dont il a été formé, a le teint d’un homme d’une santé vigoureuse et se soutient sans secours.
La création d’Ève forme le troisième sujet. Adam, appuyé sur la main gauche, est plongé dans un profond sommeil au pied de l’arbre de la vie, qui porte cinq têtes vivantes au milieu d’un large feuillage11. Dieu parle, et déjà le buste vivant de la première femme surgit de la côte que le Seigneur vient de soustraire au premier homme. La surprise et l’etonnement sont bien marqués dans les traits du visage et heureusement rendus par les gestes d’Eve, dont la virginale figure est encadrée d’une abondante chevelure l’enveloppant jusqu’à mi-corps.
Le dernier dessin montre Dieu qui a saisi la main d’Adam et lui intime défense de manger du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, sous peine «d’être livré au démon», comme dit l’inscription qui accompagne la miniature. Dans cette scène, comme dans les trois précédentes, Dieu est debout. Conformément aux traditions de l’imagerie du moyen âge, sa taille est sensiblement plus élevée que celle d’Adam et d’Eve, pour marquer sa supériorité sur la créature qui lui doit l’existence et la vie.
PLANCHE VIII. DÉSOBÉISSANCE D’ADAM ET D’ÈVE, QUI RECONNAISSENT LEUR FAUTE.—