LEUR EXPULSION DU PARADIS.— UN CHÉRUBIN EN GARDE L’ENTRÉE
Les calques de la planche précédente ont déjà fait voir combien l’artiste qui exécuta ces miniatures, connaissait imparfaitement la structure et l’harmonie du corps humain. Ce défaut, si c’en est un dans un ouvrage destiné à l’édification de jeunes religieuses, paraît plus encore dans les sujets qui suivent. Du reste, aucun artiste contemporain d’Herrade 11e faisait mieux sous ce rapport. S’il leur arrive quelquefois de bien traiter les parties apparentes du corps, telles que la tête et les autres extrémités habituellement apparentes, ils dénotent presque toujours pour le reste l’ absence des plus élémentaires notions d’anatomie.
La femme a cédé aux suggestions du tentateur et a entraîné Adam en lui répétant les fallacieuses promesses. Déjà trois pommes, dont deux entre les mains d’Ève, ont été acceptées, et le serpent présente la quatrième3; encore un instant et la désobéissance est consommée et le remords, suivi des terreurs que leur cause la menace de Dieu, va se peindre sur les traits d’Adam et d’Ève. C’est le sujet de la seconde miniature. Nos premiers parents y sont figurés dans l’attitude d’une profonde tristesse; ils ont reconnu les premières suites de leur péché et cherchent à cacher leur nudité avec des branches arrachées de l’arbre.
Le troisième dessin nous les montre poussés -hors du jardin des délices par le Créateur. L’aspect de l’entrée du paradis, figuré par un édicule de fort modeste apparence, diffère sensiblement de celui qu’offre la miniature suivante, empruntée à la collection des calques de l’Œuvre Notre-Dame. Ici le paradis est clos par un mur garni de créneaux et la porte surmontée d’un fronton à cintre surbaissé. Un ornement formé d’une succession de feuilles grasses couvre le linteau de la porte, dont les deux battants garnis de pentures forgées sont largement ouverts. Le chérubin, muni de six ailes ocellées, dont deux lui couvrent le corps et deux s’élèvent vers le ciel au-dessus de sa tête, porte d’une main le glaive flamboyant, de l’autre une lance, et se tient sous l’entrée pour en défendre le passage. Ce type, emprunté à l’art oriental, mais avec attribution différente*, a disparu depuis le XIIIe siècle dans les productions artistiques de nos régions.
1. Un des groupes de l’œuvre des sept jours, figurée au portail nord de la cathédrale de Chartres, reproduit presque identiquement la création de l’homme, avec la différence qu’Adam a la tête penchée sur les genoux du Créateur.
2. Une représentation analogue se voit sur un fragment de sculpture conservé au musée de Trêves et provenant du tombeau de l’archevêque Henri de Finstingen, f 1286. Il figure l’arbre de la vie et celui de la science du bien et du mal entés sur un même tronc. Le premier porte, comme sur notre miniature, des têtes d’anges vivants, mais endormis, le second autour duquel le serpent tentateur s’est enroulé, est chargé de crânes décomposés par la mort. Cf. Didron, Annales archéologiques, XII, 174.
3. Cf. Les peintures exécutées dans la coupole du chœur des religieuses de Gurk et dans celle de l’ossuaire de Piesweg. Mittheilungen der K. K. Central-Commission
%ur Erforschung und Erhaltung der Baudenkmale. XV, vxt. PI. 6e du volume XVI. 137. PI. V.
4. Le Guide de la peinture, découvert au mont Athos par Didron l’aîné et publié par cet archéologue, veut que le chérubin ne se compose que d’une tête et de deux ailes, tandis qu’il attribue six ailes aux séraphins, mais sans les semer d’yeux. Des anges ainsi représentés sur la précieuse xylothèque émaillée de Limbourg (Nassau), sont appelés s^ouotai, puissances; le semis d’yeux n’y parait que sur les quatre ailes des tétramorphes, nommés ap/jxi, principautés. V. Aus'mJVeerth. Das Siegeslireu ^ des byçantinischcn Kaiser Constanlinus Vil Porphyrogenitus und Romanus II, etc., in-folio, PI. II. — Cf. G. Schæfer, Das Handbnch der Malcrei vont Berge Athos. Trier 1855, p. 9 15. — V. aussi Ch. Cahier, Caractéristiques des saints, I, 25. II, 794.