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PLANCHE X. PÉCHÉ DE CHAM. — CONSTRUCTION DE LA TOUR DE BABEL

Les mêmes couleurs distinguent le costume de Noé que sur la planche précédente. Sem aux cheveux blonds et Japhet aux cheveux châtains portent l’un et l’autre une tunique d’un rouge clair avec des manches justes, ornées au-dessus du coude et au poignet par une large bande blanche brodée d’un dessin roman. Le manteau qu’ils jettent sur leur père endormi, est de couleur bleue. La tunique de Japhet est encore distinguée par un large galon brodé à l’encolure. Sem et Cham ont des chausses vertes. Le vêtement de ce dernier, qui a une chevelure noire, est le plus riche de tous. Une courte tunique vert clair, relevée par une ceinture cachée sous le pli du vêtement, porte une large bande brodée non-seulement à l’encolure, au poignet et autour du bras comme Japhet, mais encore sur le devant de la tunique, dont la partie inférieure est d’une étoffe écarlate. Si les deux premières figures manquent d’expression, l’artiste avait su donner à celle de Cham un cachet de malice et de réprobation que le calque ne rend pas, mais que nos souvenirs nous retracent vivement.

L’inscription suivante accompagnait le dessin de la tour de Babel'1 2 *, en voie de construction : Septuaginta duo gigantes contra deum edificare volentes variis linguis ceperunt loqui et ideo per universum mundum sunt dispersi. Cette miniature fournit une page intéressante à l’histoire du costume de la classe ouvrière. Deux de ses figures font voir comment l’ouvrier, pour être moins gêné dans le travail, relevait dans la ceinture les pans de la cotte et ceux de la chemise qui tombait sur les braies chaussées4. Les couleurs des vêtements sont vives et variées. Les deux figures extrêmes ont la cotte d’un rouge clair, la deuxième et la quatrième portent une cotte verte. Dans la troisième et la cinquième, ce vêtement est de couleur carminé; la sixième enfin, qui a l’épaule chargée de briques, a une robe blanche. Pour les chausses, la couleur verte prédomine et ne paraît pas moins de quatre fois. Un seul ouvrier, celui qui apporte l’augée de mortier, a des braies jaunes;

celui qui est chargé de briques, les a écarlates; enfin chez le dernier à droite, elles sont blanches. — Le grand bloc de

pierre, taillé par deux ouvriers, est marqué de veines rougeâtres comme du marbre.

L’énoncé de la Bible, relatif à la confusion des langues qui arrêta l’œuvre entreprise par les «soixante-douze géants», fournit à Herrade l’occasion d’établir un de ces rapprochements ingénieux dont les anciens exégètes nous fournissent de nombreux exemples. Au folio 3oa, elle fait un parallèle entre l’œuvre des apôtres comme architectes de l’Eglise (I. Corinth,

1. La même pensée est exprimée sur une plaque de cuivre, gravée et niellée, presque contemporaine du Hortus deliciarum et faisant partie de l’ancienne collection de M. Debruge-Duménil. Au-dessus d’Abel, ponant dans ses bras l’agneau du sacrifice, l’artiste a gravé les mots :

HÆC DATA PER JUSTUM NOTAT IN CRUCE VICTIMA CHRISTUM. V. J. Labarte, Description des objets d'art qui composent la collection Debruge- Duménil. Paris 1847, p. 642. — Didron a publié la plaque entière dans les Annales archéologiques, vol. VIII.

2. L’auteur cité par Herrade expose son sujet avec de longs développements,

dont il suffira d’extraire ce qui suit : Quæ autem est requies vel consolatio, qua

consolatur nos iste verus Noe silicet Fiüus Dei, nisi peccatorum remissio, quam in baptismo suo nobis tribuit, secundum similitudinem illius, qui per fidem suam

in illo diluvio paucas animas secum reservavit? Ulud namque diluvium baptismatis figurant fuisse Petrus quoque apostolus testatur etc. In Gènes. 1. IV, c. XVII ( Ruperti abbatis monasterii S. Heriberti tuitiensis Opéra. Moguntiie i6jt, in-folio. Vol. I, 58).

Prima emissio columbæ ipsa est remissio peccatorum, quam verus Noe, id est requies nostra Christus, post resurrectionem suam confestim emisit, insufflans et dicens : accipite spiritum sanctum, quorum peccata remiseritis, remittentur eis, et quorum retinueritis retenta sunt etc. In Genes. 1. IV, c. XXIII (Vol. 2, p. 69).

3. Dans le manuscrit les mots turris babel étaient tracés sur les deux pierres du milieu de la troisième assise achevée, en descendant.

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