‹ Hortus deliciarumChapitre 62 sur 157 · Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier. III · texte numérisé non relu

Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier. III

III, io) et l’entreprise des constructeurs de la tour de Babel. «Ici, l’orgueil et la présomption rêvent un monstrueux édifice, qui devient la source de la confusion et de la dispersion générale; là, c’est Dieu qui veut réunir le genre humain séparé; la multiplicité des langues qu’il accorde aux envoyés de son Fils, doit réunir ceux que la tour de confusion avait rendus étrangers les uns aux autres. Par leurs soins un édifice s’élèvera, qui, sans folie, pourra prétendre à monter jusqu’au ciel; et au lieu de braver le Seigneur, il sera la réconciliation du monde avec son maître.» Tel est le résumé donne, parles auteurs des Vitraux de Bourges, d’un discours prêté par Abdias à saint Matthieu, parlant avec l’eunuque de la reine de Candace, et transcrit par eux du Hortus deliciarum, où Herrade l’avait admis sans mention d’auteur. Ayant pris à tâche de réunir tout ce qui reste de ce précieux livre, nous nous permettons de publier ici le discours en question, d’autant plus que l’important travail sur les Vitraux de Bourges se trouve entre les mains de bien peu de personnes.

Sermo Matthæi apostoli AD Candacem eunuchum, de turri Babel. — « Totus miindus unam sermocincitionem omnium hominum habuisse cognoscitur ; sed. nata est prcesumtio generi humano talis quœ eos turrim tantœ magnitudmis facer.e hortaretur ut cacumen ejus per venir et ad cœlum; et liane prœsumptionem molientium D eus hoc ordine pressit (sic, alibi, repressit), ut nullus ullum posset sibi loquentem advertere • Facta sunt autem plurima linguarum généra, et divisa est ilia conspiratio quœ per unam linguœ intelligentiam consistebat.

« Bona quidem voluntas ut feret turris cujus cacumen perveniret ad cœlum, sed mala prœsumptio quœ non sanctis meritis ire volebat ad cœlum • V eniens autem Filius Dei omnipotentis, ostendere volens quo ordine perveniamus ad. cœlum, nobis duodecim discipulis suis misit Spiritum sanctum de cœlo : qui, curii sederemus in uno loco, venit super unumquemque nostrum, ; et injlammati sumus sicut ferrum injlammatur ab igné • Post hœc, cum nobis pavor simul et splendor abscessisset, cœpimus variis linguis loqui gentibus magnolia nativitatis Christi : quo ordine sit notas. Deus qui originem non liabet ; qualiter sit natus cum homme ex intacta virgine; et lactatus et ablactatus ; et enutriliis et eruditus ; et tentatus et passus, et mortuus et sepultus; et die tertia resurrexit, et in cœlos ascendil, et in dextera Dei pair is omnipotentis sedet, venturus ut judicet omne sœculum per ignem.

« JYunc ergo œdijicatur turris : non de lapidibus, sed de virtutibiis Christi • Omnibus enini qui baptizantur in nomine Patris et F'ilii et Spiritus sancli, aperitur turris qtiam Christus exstruxit ; et per ipsam tamdiu ascendunt œdijicantes, usque quo ad regnum cœlorum attingant'. »

Un long chapitre est consacré à la dispersion des peuples, dont les croyances s’obscurcissent et qui finissent par tomber dans l’idolâtrie. Puis Herrade s’occupe des inventions de toute nature, des arts libéraux, principalement de la musique. Une miniature est consacrée aux neuf Muses -, dont le calque suivant, conservé à l’Œuvre Notre-Dame, figure les bustes dans autant de médaillons de forme antique.

PLANCHE XI. LES MUSES. — loth introduit les anges dans sa demeure.

Bien ne rappelle dans ces images les grâces de la jeunesse dont l'antiquité a fait l’apanage des Muses, comme aucun attribut distinctif ne les accompagne, si nous exceptons Uranie, qui s’appuie sur un globe. Aussi bien les neuf sœurs ne sont plus seulement considérées par Herrade comme inspiratrices des poètes, comme présidant à la musique et aux évolutions de la danse mondaine; la pieuse abbesse en fait les graves représentants des diverses facultés de l’intelligence et du développement graduel de la science humaine. Les noms mêmes des Muses, dont elle donne l’étymologie d’une manière plus ou moins forcée, ou dont elle rappelle au besoin une attribution, servent de base à l’exposé de son ingénieux système.

Clio, la renommée, répond au premier degré par lequel s’élève l’intelligence de l’homme. Il consiste à vouloir acquérir la science. Euterpe, la muse qui charme et réjouit le cœur, communique un vif désir d’atteindre cette science. Melpomène, aux pensées graves et sérieuses, nourrit l’étude par la méditation. Thalie, c’est-à-dire cette vertu puissante qui fait germer les fleurs et prépare le fruit, nous apprend à comprendre ce que nous méditons et à en faire notre profit. Polymnie, la muse de la mémoire, nous fait retenû ce que nous avons saisi par l’étude. Erato, qui préside aux fêtes mimiques, exerce l’intelligence à trouver les rapprochements et les similitudes entre les objets distincts. Terpsicore, qui fait les délices de l’homme en l’instruisant, apprend à juger sainement ce que l’esprit a trouvé. Uranie, la muse céleste, nous porte à fixer notre choix sur ce qui est bon et irréprochable sous tous les rapports. Enfin Calliope, à la voix mélodieuse, représente le dernier échelon de la perfection de nos facultés. Son nom rappelle qu’il faut savoir exposer sous une forme agréable les vérités qu’on se propose de développer.

Telle est, si nous avons bien saisi le sens des inscriptions qui accompagnent les figures et cpie nous transcrivons ci-après, la théorie présentée par l’abbesse Herrade à ses chères élèves sur les attributions des Muses, qui ne pénétreront dans le sanctuaire que pour instruire, et ne sont admises dans l’intimité des jeunes religieuses qu’après avoir déposé au seuil de la porte tout attirail des séductions de la forme et des joies fallacieuses du monde.

Les Muses sont figurées dans un costume sévère importé de Byzance. Elles ont la tête couverte d’un ample voile qui cache entièrement le buste de Clio, d’Euterpe et de Melpomène, et se perd chez les autres muses sous les plis d’un manteau garni de riches orfrois et retenu sur la poitrine par un fermait ciselé. Sous ce voile il en parait un second , ou plutôt la

i. A. Martin et Ch. Cahier. Monographie de la cathédrale de Bourges. Gr. chez ses auteurs une connaissance approfondie de cette précieuse compilation.

in-folio. 152. Cet ouvrage renferme d’autres extraits du Hortus deliciarum, et dénote Nous en ferons notre profit en indiquant chaque emprunt.

coiffe qui emprisonne les tresses de cheveux ramenées et croisées sur le front, de manière à former un bourrelet qui encadre le visage. Ce bourrelet est maintenu par des cordons ou par des bandelettes de couleur, appliquées de distance en distance *.

Inscriptions placées au-dessus des bustes :

clio, id est, fama euterpe, id est, bene délectons melpomene, id est, meditatio Talya, id est, capacitas nobis ponens germina Polimnia, multam memoriam faciens eratho, similitudinem afferens tersicore, délectons instructione vrania, id est, celestis calliope, optime vocis

Le

des arts libé:

quelques incorr

pu confronter et utiliser pour ce travail.

Inscriptions correspondantes placées à côté des médaillons :

Exposicio • Primum est celle doctrinaux

Secundum • desiderare quod velis

tertium • instar e meditando

Quarlum est capere quod meditaris

Quintum • memoria retinere quod ceperis

Sextum • simile invenire

Septimum • dijudicare de eo quod. inveneris

Octavum • bonum eligere

nonum • quod, elegerts. bene proferre

entourée PI. VIII) avec nous avons

Le feuillet suivant était consacré tout entier à l’une des représentations les plus originales de la philosophie, iux «qui en découlent comme autant de fontaines». 11 a été publié par Engelhardt (Allas, ections qui ne paraissent plus dans notre reproduction, grâce à plusieurs calques partiels que

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