PLANCHE XV. LE TABERNACLE ET LE MOBILIER DU SACRIFICE
Un nombre considérable de pages du texte étaient consacrées à la description de l’arche d’alliance, des meubles et ustensiles nécessaires au sacrifice, ainsi que des vêtements et ornements liturgiques de l’ancienne loi. Le tabernacle et le mobilier du sacrifice étaient représentés deux fois, presque d’une manière identique; une fois avec riche enluminure rehaussée d’or la seconde fois au simple trait, avec addition des douze tribus d’Israël rangées autour du dessin*.
Les deux calques de notre planche se rapportent à une seule et même miniature, copiée en deux fois pour l’Œuvre Notre-Dame sur deux feuillets distincts, de sorte qu’il faut supprimer par la pensée l’intervalle laissé en blanc et rattacher les deux moitiés des colonnes latérales et des tentures. Le tout offre une sorte de vue cavalière du tabernacle, dont on peut observer l’intérieur et les abords.
Au bas du dessin et devant l'entrée du tabernacle est figuré l’autel des holocaustes. A ses côtés se trouvent, d'une part, le bassin d'airain pour les ablutions, de l'autre, les deux trompettes d’argent, plusieurs chaudières et des ustensiles au service des sacrificateurs.
Par delà les tentures du premier voile qui s’étendent des deux côtés de l’entrée, on aperçoit à gauche le chandelier à sept branches, avec deux mouchettes, emunctoria, et une série de vases et burettes destinés à conserver l’huile. Au milieu une sorte de lanternon renferme un cierge allumé et entretient le feu perpétuel. A droite, les douze pains de proposition sont placés en deux rangées comme de grandes hosties sur une riche table d'or, aux pieds ouvragés, et ornée elle-même d un encadrement formé de vingt-six têtes de rois, le couronnement sans doute qui fut ordonné par Dieu5 *. Six vases sont poses dans les angles ou sur le milieu de la table. Un peu plus haut, et immédiatement devant le voile intérieur qui sépare le Saint du Très-Saint, est pose 1 autel dor des parfums, sur lequel on remarque un encensoir à courte chaînette.
Dans l'intérieur du Saint des Saints parait l’arche d'alliance. De même que les deux autels mentionnés ci-dessus, l’arche est munie aux angles de quatre anneaux d or, dans lesquels on a passé les barres propres à transporter ce meuble précieux, gage de la présence du Très-Haut. Le propitiatoire, sur lequel se tiennent deux chérubins, est soulevé et reculé au fond pour laisser voir l'intérieur de l'arche. Celle-ci renferme le vaisseau contenant la manne, les tables de l’alliance, la fleur de la verge d’Aaron et le livre de la loi.
A côte de 1 arche parait une seconde fois une verge en fleurs au milieu de onze verges arides, comme mémorial perpétuel du choix que Dieu a fait de la famille d’Aaron et de la préférence accordée à la tribu de Lévi.
Au-dessus du propitiatoire et entre les deux chérubins, cette fois sans les yeux semés sur les ailes», parait la face de Dieu entourée de nuages. C’est là que le Seigneur manifeste sa présence et fait transmettre ses ordres au peuple d’Israël7.
Il ne me reste que des souvenirs et quelques notes d’analyse des observations communiquées par Herrade sur le symbolisme du tabernacle et de l’arche sainte. Suivant les interprétations d’Isidore de Séville, elle reconnaît dans celle-ci l’image de l’Église; l’urne d’or figure l’humanité du Christ qui cache la manne de la divinité et le pain des anges; la vero-e d’Aaron est l’insigne glorieux et toujours florissant de Jésus-Christ, notre véritable grand-prêtre8.
Sur le feuillet 46 l’artiste a tracé les quarante stations dans le désert, en désignant chacune par un édifice imaginaire comme on en voit sur d’anciennes cartes. Suivent diverses représentations qui se rapportent au séjour du peuple de Dieu dans le heu d’exil, comme la marche des Israélites, sous la conduite d’un massier qui suit alternativement une colonne
2. Les auteurs des Vitraux de Bourges donnent d’intéressants détails sur cette particularité iconographique. O. c., p. 10 etc.
3. S. Thom., in epist. Il ad Corinth. III, lect. 2. «Sciendum est quod apostolus argumentatur ex hoc quod habetur Exod. XXXIV,. ubi littera nostra habet quod Moyses habebat faciem cornutam : ita quod non possent filii Israël prope accedere. Alia littera habet faciem splcndidam, quod melius dicitur. Non enim intelligendum est eum habuisse cornua ad litteram, sicut quidam eum pingunt ; sed dicitur cornuta propter radios qui videbantur esse quasi quædam cornua.»
4. Engelhardt, o. c., p. 33. — Voici la traduction allemande écrite pour
l’usage des jeunes religieuses au-dessus de quelques termes latins du texte, relatif
aux étoffes des tentures et à leurs couleurs : retortus, ge^wirnet; opus polymitum,
gikkeluêch ; cortina, rudacben; hyacinthus, grunpfellel ; hyacinthinus, grime; pur-
pureus, brûn ; purpuras, brunpfellel, rotbrunpfellel ; coccinus, rotpfellel; saga cilicina, fd\e vel tepit; qua; et vêla caprilatia, gei^in, quandoque vocantur; cilicinus, hariti;
uncinnus, crapfelin. — En parlant des vêtements et ornements sacerdotaux Herrade donne entre autres les traductions suivantes: subucula vel supparus, Schurlii ; cingulum, gurlil ; mantile, hantfanc ; casula, missihachil; sandalia, Râmschfthc; tiara, h&be; vittæ, binden, ncstilen, etc. Ibid., p. 184.
5. Exod. XXV, 25. Dans le texte du Horlus on lisait, au-dessus du mot corona, l’explication allemande ranft et bort.