Exode XXV
8. «Per hanc arcam ecclesia Christi significatur. ... In hac testament! area fuit urna aurea; tabulæ quoque et virga Aaron. . . . Urnam quoque auream intelligimus carnem Christi puram atque sinceram, quæ reconditum in se manna perpetuæ divinitatis conservât et angelici illius partis perennem celestemque gerit dulcedinem; nec non etiam virgam Aaron, id est, ejusdem summi verique pontificis nostri Jesu Christi salutare vexillum immortalis memoriæ viriditate frondens». Isidor. in Exod., XLIV.
de feu et une colonne de nuée, la manne tombant du ciel, le miracle de Moïse frappant le rocher et faisant jaillir une source d’eau vive, le grand raisin rapporté de la terre de Chanaan par Caleb et Josué. Ceux-ci fournissent à Herrade matière à d’ingénieuses interprétations: «Celui des deux porteurs qui marche le premier, dit-elle, représente l’ordre des patriarches et des prophètes, qui, en parlant de la passion du Christ, ont annoncé un événement futur et devant suivre; le second figure le collège des apôtres, qui ont prêché la passion après quelle eut eu lieu. Dans le premier nous voyons le peuple juif, qui s’avance, la face détournée, sans comprendre ni vénérer le mystère de la passion du Christ; dans le second nous avons à reconnaître l’Église, formée des Gentils, qui connaît et vénère les bienfaits de la croix. V ir prœcede/is et vectem botri baiolans patriarcharum et prophetarum ordinem signijicat, qui priores passionem Christi futur am prædicabant. Sequens vero apostolicum ordinem signijicat qui passionem Christi transactam prœdicabant. V el precedens vir signijicat judaicum populum qui aversa fade incidens (sic) non intelligit nec veneratur misterium passionis Christi. Sequens autem signijicat ecclesiam de gentibus quœ cognoscit et veneratur bénéficia crucis Christi. »
Cette partie de l’ouvrage était richement illustrée; une miniature pressait l’autre. Celle du raisin rapporté par les explorateurs de la terre de Chanaan, ainsi que la citation ci-dessus, se voyait sur le feuillet 53 du manuscrit. Le verso représentait le châtiment de Coré, de Dathan et d’Abiron dévorés par les flammes, le serpent d’airain élevé au milieu des mourants et l’âne de Balaam.
PLANCHE XVI. MORT DE MOÏSE. — SON ENSEVELISSEMENT. — DAVID et goliath.
«Moïse était arrivé à l’âge de cent vingt ans quand il mourut. Son œil ne s’était pas obscurci et ses dents ne furent point ébranlées. Durant trente jours les enfants d’Israël le pleurèrent dans la plaine de Moab.» Ces versets 7 et 8 du chapitre XXXIV du Deutéronome sont inscrits à côté de cette scène de deuil du grand libérateur du peuple juif placé sur un lit de parade, presque sur son séant, tellement le lit est élevé du côté du chevet. De larges bandes de couleur jaune traversent l’étoffe qui couvre la couche.
Sur l’original cette étoffe était écarlate; celle du coussin avait une teinte rose. La pleureuse la plus rapprochée de Moïse était costumée de blanc avec ombres marquées en teintes bleuâtres, observation que nous avons faite dans toutes les miniatures du Ilorlus, où l’on représente des étoffes blanches. Le personnage du milieu avait une robe bleue recouverte d’un manteau cramoisi foncé, qui laissait voir la riche bordure du vêtement. Une bordure analogue, chargée de pierres précieuses et un large orfi-oi orné de même rehaussaient le vêtement du jeune homme qui appuie la main sur le personnage du milieu. Sa robe était de couleur jaune, le manteau avait une teinte verdâtre.
Deux anges assistent à l’ensevelissement de Moïse que le Seigneur lui-même vient de déposer dans un grand sarcophage en marbre. Comme cela se pratiquait jusqu’à la fin du moyen âge, le corps du défunt est tout entier enveloppé d’un linceul. L’un des anges semble être en admiration devant les restes inanimés du grand législateur; l’autre, désigné par son nom, repousse avec une fourche un démon aux formes hideuses, qui de ses mains crochues saisit les pieds du cadavre et en dispute la possession au Seigneur. Des deux côtés de la représentation on lit, à gauche, les versets 5 et 6 du chapitre XXXIV du Deutéronome d’après la Vulgate; à droite, le verset 9 de l’epitre de saint Judc, avec quelques variantes.
Ajoutons pour le coloris que le premier ange est vêtu d’une robe d’azur et couvert d’un manteau blanc; saint Michel a une tunique rouge et un manteau vert. Cette dernière couleur, tachée de traînées noirâtres, caractérise le démon partout où il parait dans l’ouvrage de Herrade.
Suivaient immédiatement sur le verso du feuillet 54 : Josué conduisant les Israélites ; Samson transportant les portes de la ville de Gaza sur les hauteurs qui regardent Hébron; le même personnage faisant crouler le temple et ensevelissant les Philistins sous ses ruines; enfin au bas, les deux scènes de David et Goliath, représentées sur notre planche, d’une teinte plus foncée que les précédentes, parce que le papier du calque appartenant à l’OEuvre Notre-Dame a fortement jauni. La même observation est applicable à la moitié inférieure de la planche XVIII.
David ne parait pas sous le costume d’un berger. Il porte tunique et manteau comme un personnage de distinction. Goliath est tout couvert de mailles, à l’exception de la tête, qu’il a négligé de couvrir avec le capuchon ou camail rabattu sur le haubert. Celui-ci se termine en manière de caleçon ample et couvre le haut des jambières. L’écu richement orné est de forme ronde.
Sur le feuillet 5g du manuscrit, David était figuré en costume royal, assis sur un faklistoire et jouant du psaltérion de forme triangulaire. Engelhardt1, et après lui Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire du mobilier*, ont reproduit cette figure, intéressante sous plus d’un rapport. L’objet que David tient dans la main droite, n’est pas un accordoir, comme le suppose Engelhardt, mais une poignée en métal, moyennant laquelle le psalmiste maintient l’instrument verticalement sur ses genoux. Le plectrum a la forme d’un bec de plume.
[. O. c., Atlas pl. IV, première figure de la troisième série.
ï. Viollet-le-Duc, o. c. II, p. 301.
Cette représentation était suivie, sur la même page, de l’Ascension d’Élie, assis dans un char de feu porté par quatre roues, pour le reste pareil à celui du Dieu-Soleil, figuré dans le même ouvrage et décrit page 5, de Job affligé de la lèpre et assisté de scs trois amis, enfin de Tobie perdant l’usage de ses yeux sous un nid d’hirondelles.
L histoire de Judith ornait le haut de la première page du feuillet suivant.
PLANCHE XVII. JUDITH TRANCHE LA TÊTE D'HOLOPHERNE. — ELLE rentre a béthulie.
Les (leuK sujets n ont pas besoin de commentaires. Nous ferons observer toutefois la forme de la tente, qui n’est pas, comme le croit Viollet-le-Duc une simple tapisserie disposée autour du lit, mais bien le pavillon sous lequel habitait Holopherne et auquel 1 artiste a donne de très-petites dimensions pour pouvoir le faire entrer dans son cadre*.
La couverture du lit est doublée de vair, particularité que nous rencontrerons encore au lit de Salomon. L’anachronisme de Judith portant la tête d’Holophernc en entrant dans la ville, sur les murs de laquelle cette tête est déjà exposée, pour épouvanter l’ennemi, doit étonner aussi peu que la disproportion de la taille des deux femmes avec les dimensions de la porte d entrée et le peu d élévation des murailles. En parcourant les miniatures du moyen âge, on rencontre à chaque pas de semblables anomalies.
La manière dont Judith porte la tête d’Holopherne, placée dans la partie antérieure de la manche, fait voir que cette partie du vêtement, si démesurément développée au XIIe siècle, remplissait occasionnellement le rôle de poche.
PLANCHE XVIII. FESTIN D’ASSUÉRüS. — CHATIMENT D’AMAN.