‹ Hortus deliciarumChapitre 70 sur 157 · MARIE, SOEUR DE MOÏSE · texte numérisé non relu

MARIE, SOEUR DE MOÏSE

ESDRAS OBTIENT L’ÉDIT PERMETTANT AUX JUIFS DE RENTRER DANS LEUR PATRIE.

Le feuillet qui portait les deux représentations précédentes, était tout entier consacré aux miniatures. Immédiatement sous Judith, paraissait la scène du festin d’Assuérus et de l’exécution d’Aman; au bas on voyait assis sur le même siège trois souverains dont l’un remettait un rouleau à Esdras.

Les détails que la première miniature nous fournit sur les usages culinaires et sur le service de table au XIIe siècle, présentent un intérêt particulier. La table est couverte d’une nappe blanche, ramenée sur elle-même de distance en distance, comme 1 indiquent les plis qui paraissent sur la face antérieure. Sur cette nappe, et répondant exactement aux dimensions de la table, est étendue une seconde nappe damassée, de teinte jaunâtre, rappelant les toiles cirées qu’on voit de nos jours sur quelques tables bourgeoises. Le poisson est le mets principal, le plat de distinction. 11 paraît trois fois dans ce service royal avec une brestelle et quelques gâteaux en forme de demi-lune. Les ustensiles consistent en deux couteaux, armés de pointes pour enfourcher les morceaux qu’on portait à la bouche. Un seul gobelet se trouve sur la table. Il est en bois et façonné comme une petite cuve. Un vase élégant avec couvercle, le tout en forme de globe posé sur un support, est placé devant le roi. Il renferme peut-être les épices dont on assaisonnait les mets. Un jeune homme vêtu de rouge, avec riches brassards et une large garniture d or au bas de la tunique serrée à la taille avec une ceinture verte, tient un long bâton en main et semble remplir le rôle d’ordonnateur du festin.

Mardochée est coiffé du chapeau pointu que les juifs portaient au moyen âge comme marque distinctive de leur race1 2 3. Sa tunique est verte, le manteau de couleur carminé. Un manteau vert couvre les épaules d’Esther et d’Aman. Le roi a un manteau de pourpre jeté sur une robe bleue et porte des chausses vertes. La robe d’Aman est brun foncé ; ses chausses, visibles dans la seconde scène, où il subit la peine à un gibet improvisé, sont de couleur verte.

Nous avons indiqué plus haut pourquoi les deux sujets qui suivent, paraissent sur un fond sombre.

Marie est une figure isolée, prise dans une scène du séjour des Israélites dans le désert. Elle a été calquée pour l’Œuvre Notre-Dame, ainsi que la miniature suivante. Les rois Cyrus, Darius et Artaxerxès, costumés comme Pharaon de la planche XIII, sont assis sur le même siège, recouvert d’un coussin cramoisi et d’un riche tapis vert. La base du trône est en marbre veine de diverses couleurs. La pose des souverains, aux gestes animés mais naturels, ne manque pas de dignité ; l’attitude d’Esdras recevant le rouleau est moins heureuse.

1. O. c. I, 272. Comparez dans le volume VI du môme ouvrage les tentes figurées p. 344.

2. Comparez la forme des tentes figurées dans le psautier d’Utrecht, écrit

au Xe siècle. A. Springer. Die Psalter-lllustrationen im früben Mittelalter mil besondercr Rûcksicht auf den Ulrechtspsalter. N. II, pi. III, — et celle des tentes peintes sur les murs de la salle du chapitre de Brauweiler. E. aus’m Weerth. JVandmalereien des christlichen Millelallers in den Rhcinlanden. Gr. in-folio. 1880. PI. IX, 12.

3. Le code souabe, rédigé au XIII0 siècle, donne cette prescription dans les termes suivants: «die juden sullen juden hüete tragen in allen steten dâ si sint. wan dà mit sint si ûz gezeichent vor den Kristen, daz man si vür juden haben sol». A la place de «juden hüete» un manuscrit de l’Université de Bâle porte «Spitzi huetli». W. Wackernagel. Der Scbwabenspicgel in semer âlteslen Geslalt. — Cf. Kopp, Bilder and Scbriften der Forçeit, II, 94. — Wocel. Welislaw’s Bildcrbibél ans dem drei^ebnlen Jabrhundert, p. 50, pl. 28, fig. 14, 2r.

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