‹ Hortus deliciarumChapitre 84 sur 157 · LE VOYAGEUR TOMBÉ ENTRE LES MAINS DES BRIGANDS · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR TOMBÉ ENTRE LES MAINS DES BRIGANDS

Nous avons rappelé tantôt la scène représentée par le premier dessin, au-dessus duquel on lisait les mots: alius dixit, uxorem duxi. La jeune fiancée, en cheveux blonds flottant sur les épaules, porto une robe blanche à longue traîne et un manteau en vert marin doublé de vair.

La seconde miniature, que nous communiquons d’après un dessin fait également par M. L. Schneegans', figure le fils du centurion, guéri par le Sauveur’. Il faut rétablir par la pensée l'horizontalité des traverses, auxquelles sont fixées les tringles portant le matelas et auxquelles on a donné la position verticale par ignorance de la perspective. La planche suivante nous montrera de nouveau ce détail, qui paraîtra encore dans le ht de Salomon.

La figure du possédé, qui fait l'objet du troisième calque, dô à la même main que les deux précédents, offre un curieux spécimen de vêtement. C est un large pantalon blanc , dont la partie supérieure est roulée autour des reins et nouée sur le devant. Le malheureux parait avoir les mains bées sur le dos’.

La moitié inférieure de la planche est consacrée à la parabole du bon Samaritain et figure l'attaque des brigands qui terrassent un voyageur et le maltraitent jusqu’au sang. Tout près de cette scène fort animée on voit le prêtre hnpassible, qui, commodément assis sur sa monture et enveloppé dans sa chape de voyage, passe son chemin sans songer à secourir le malheureux.

Aux miniatures qui illustraient cette parabole, Herrade a joint une interprétation allégorique en vers avec annotation de la musique, intitulée Rhy-thmus de primo homme \ et un second commentaire, dans le même sens, emprunté au Spéculum ecclesiœ fréquemment cite dans le Hortus. Il formait une sorte de poème à rythme flottant, partagé en couplets et en tercets. Les auteurs des vitraux de Bourges, auxquels nous devons la transcription de ce curieux morceau de littérature du moyen âge, ont pris la peine de faire ressortir à l'œil ces divisions, que rien n'indiquait dans la compilation de l'abbesse de Hohenbourg.

En voici la substance d'après ces savants: .Ce voyageur n'est point un individu seulement, c’est l'homme même; c'est le genre humain s’écartant follement de sa patrie dès l'origine, et ne rencontrant hors du séjour où Dieu l’avait abrité, qu’ennemis acharnés à sa perte, ou amis non seulement impuissants, mais insensibles. Il faut que Dieu, dont il avait fui la société, vienne lui-même 1 arracher à tant de douleurs; prenne soin de sa guérison, comme il avait cherché à lui épargner la chute ; et, soit à ses propres dépens, soit par la main de ses serviteurs, le réintègre dans le bonheur perdu. .

..... Homo quippe ah Jérusalem in Jéricho descendit Duin primus parens de gaudiis paradisi ad defectum mords venit;

Jéricho, quod luna sonat,

Defectum nostræ mortalitatis signât.

« Qui in latrones incidit,

Quia exulem protinus turba dæmonum circumdedit;

Qui et eum despoliaverunt,

Quia non solum deliciis paradisi, sed et veste immortalitatis denudaverunt ; Semivivum reliquerunt,

Quia in anima mortuum, in corpore vero miseria circumdatum dimiserunt.

« Per eamdem viam sacerdos descendit,

Dum patriarcharum ordo per iter mortalitatis tetendit,

Qui vulneratum pertransiit ,

Quia generi humano opem ferre non valuit.

« Levita quoque idem iter carpebat,

Quia ordo prophetalis (?) etiam per callem mortis tendebat;

Qui sauciatum prœterivit,

Quia perdito homini adjutorium ferre non potuit Dum se quoque peccatis vulneratum ingemuit.

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