EXPULSION DU CONVIVE QUI A NÉGLIGÉ DE SE REVÊTIR DE LA ROBE DE NOCE
On voudra bien rapprocher de la table de notre miniature celle du festin d’Assuérus PI. XVIII et remarquer l’analogie frappante entre les deux dessins. Le service est presque le même; hormis une hure de sanglier qui parait dans le calque de notre planche. Viollel-le-Duc considère le dossier qui parait derrière la table, comme faisant partie du meuble qu’il compare à nos buffets'. Ne serait-ce pas le dossier d’une forme placée derrière la table?
L’application de la parabole du roi, qui convie au banquet de noces de son fils*, faite au banquet eucharistique, est visible. Le roi est Jésus-Christ même; l’invité qui a osé paraître au festin sans robe nuptiale est le pécheur qui n’a pas purifié sa conscience avant d’aller à la table sainte. Sur l’ordre de Dieu, il est saisi par un ange, qui va lui lier pieds et mains et le jeter dans les ténèbres extérieures.
Nous appelons l’attention sur le rebord saillant qui garnit la table, et sur le tablier ou les pentes drapées, attachées par des anneaux à une tringle qui pourtourne le rebord3.
Cette parabole est la dernière dont nous possédions une copie. Elle se trouvait représentée sur le feuillet 127. Peu après, un long poème attribué à saint Anselme et intitulé de Sacramentis novi Sacrijîcii ouvrait l’histoire de la Passion, illustrée par une série de miniatures, dont quelques-unes seulement nous ont été conservées par des calques. Sur la table de la sainte Cène figurait le poisson.
PLANCHE XXXV. les' disciples dormants au jardin des oliviers. - le baiser de judas.
«Et s’étant levé après sa prière, Jésus vint vers ses disciples et les trouva endormis4.»
Une miniature grecque du XIIe siècle, publiée par d’Agineourt et figurant ce sujet, offre une analogie tellement grande dans la disposition du groupe qu’il faut admettre que les deux artistes ont travaillé d’après des patrons ou cartons communs. Ces dessins modèles et guides de la peinture existaient en effet chez les Grecs et sont encore suivis de nos jours. La ressemblance avec le type grec parait d’une manière plus sensible encore dans la seconde scène.
« Christus ab impiis comprelieiiditur, et homo a demonibus captivus revertitur. » Cet homme, dont Satan a pris possession5, est Judas qui vient à la tête d’une troupe armée, livrer son maître et le trahir par un baiser. Il y a dans cette scène, qui ne compte pas moins de trente-cinq personnages, une animation et une vie qu’on rencontre rarement dans les productions de cette époque. Le traître est imberbe ainsi que le serviteur du grand prêtre, auquel saint Pierre coupe l’oreille en tenant le glaive comme un couteau.
PLANCHE XXXVI. deux disciples. - saint pierre reniant le sauveur. - hérode.
Les deux disciples faisaient partie d’une scène de l’Évangile; ils ont été calqués pour l'Œuvre Notre-Dame.
Viollet-le-Duc a publié une réduction de la scène du reniement de saint Pierre0, remarquable pour plusieurs détails, entre autres la forme du réchaud porté sur quatre pieds, le pignon qui dépasse notablement la toiture de l’édifice et le costume de la servante traité avec un soin particulier.
L’image d’Hérode se trouvait sur la même page que la scène précédente. Il nous fournit des détails qui n’ont pas encore paru dans le Hortus, sur la forme de la couronne, sur l’habillement royal et surtout sur le siège, ou plutôt la chaire à dossier, dont la charpente parait être recouverte de plaques de métal précieux, avec incrustations et pierreries6 7.
PLANCHE XXXVII. pilate interrogeant le christ. — songe de la femme de pilate.
Le premier dessin n’est pas complet. En en prenant le calque pour l’Œuvre Notre-Dame, on n’avait en vue que les costumes, particulièrement celui de Pilate, revêtu des ornements consulaires, tels qu’ils ont été arrêtés à la chute de l’Empire romain et sont restés en usage à Byzance8.
Le second calque est emprunté à la collection d’Engelhardt, déposé à la bibliothèque municipale de la ville. Il figure deux scènes expliquées chacune par une inscription. U x or Pilati patitur per visum sompnii diabolicam fantcisiam, qua diabolus voluit dissuadere per eam passionem Chrisli, timens divinitatem ejus.