Gretzer, o. c
le manque d’espace n’a point permis de donner les proportions de croix ordinaires et que l’art du moyen âge, par un sentiment de haute convenance, différenciait presque toujours de celle du Sauveur. Comme sur tous les crucifix antérieurs au milieu du XIIIe siècle, le Christ ne porte point la couronne d’épines et ne montre d’autres plaies ou meurtrissures que celle du côté droit, ouvert avec la lance, et celles des mains et des pieds, percées par les clous. Ces derniers posent sur une tablette ou plutôt une sorte d’escabeau fixé contre la croix, appendice qui disparait presque généralement plus tard, quand prévalut l’usage de n’employer qu’un clou pour les deux pieds. Une ceinture, qui est presqu’un vêtement avec draperie ample et large, est attachée aux reins du Sauveur; c’est le même jeté de plis qu’à l’époque romane, moins les roideurs que ce détail offre encore aujourd’hui sur les croix grecques et russes. Le titre inscrit sur une tablette carrée, oblongue, est fixé au. haut de la croix, sans traces de clous. A côté se trouve la glose : Jésus rex judeorum, id est3 rex confessorum, par allusion à la conversion du larron et de ceux qui confessent hautement leur foi. Le terme hébreu Juda signifie confesseur. Comme au grand portail de notre cathédrale, le sépulcre d’Adam' renferme un squelette, tradition conservée encore aujourd’hui par la présence d’un crâne et de deux ossements au pied de la croix*.
La tradition a donné des noms aux larrons crucifiés avec le Sauveur. Sur notre miniature, celui de droite est appelé Tismas, celui de gauche Gesmas ou Gestas. Une glose ajoute encore : alla nomma latronum : cachait, chana. A côté du supplicié repentant, dont l’humble confession obtient le pardon à la dernière heure, on lit la moralisation : formant dat nohis confessio sera latronis, ne vel in extremis desperet quisque fdelis. Entre la Synagogue et le mauvais larron une main a tracé les derniers mots du vex-set : ils ont dit à Dieu : Retire-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes voies, scientiam viarum tuarum nolumus1 2 3.
Ici le texte racontait au long la poétique légende de la px-ovenance du bois dont fut façonnée la croix du Sauveur. Adam, ti'ès-vieux et infirme, envoya Seth aux portes du Paradis et fit demander un remède à ses maux. L’ange remit à Seth un petit rameau de l’arbre qui avait été la cause du péché d’Adam, en lui disant que lorsqu’il porterait du fruit, son père serait guéri. Et cette branche, qu’Adam planta en terre, crût et devint un grand et bel arbre, qui dura jusqu’au temps de Salomon. Ce prince le fit couper, voulant l’utiliser pour la construction du temple, mais, quelques préparatifs qu’on lui fit subir, on ne put nulle part l’utiliser convenablement. Aloi's les ouvriers le rejetèrent et le placèrent sur un étang, pour qu’il servît de pont aux passants. Lorsque vint la reine de Saba, attfrée par la réputation de la sagesse de Salomon, elle fut subitement saisie de respect à la vue de ce bois, dont une vision lui dévoila le mystère, et elle l’adora. Jeté plus tard dans un gué où l’on menait abreuver les brebis, il en fut retiré le jour où Jésus fut condamné à mort, et fut employé pour la croix du Sauveur. Telle est en substance cette tradition légendaire, qui attache son premier anneau à l’évangile apocryphe de Nicodème4, puis, empruntant un fonds au langage imagé de l’Eglise5 *, fait successivement entrer dans son cadre Salomon, la reine de Saba, la construction du temple, et jusqu’à la piscine probatique, dont elle aurait causé la commotion merveilleuse à la descente de l’ange5.
PLANCHE XXXIX. Jésus descendu de la croix. - /