‹ Hortus MerliniChapitre 2 sur 16 · Sulfures alcalins et sulfures métalliques · texte numérisé non relu

Sulfures alcalins et sulfures métalliques

donnent odeur d’hydrogène sulfuré sans présence d’acide libre (i).

L’analyse spectrale enseigne d observer exac- tement les suites. Si Je touche une flamme d hydrogène avec un corps froid et que j’observe la flamme au spectroscope, je vois le spectre du soufre.

Qu’est-ce donc — Une présomption !

L’hydrogène au contact d’un corps froid ne se combure plus qu’incomplètement ; l’absorption d’oxygène est diminuée et par suite... quoi.^ Est-il possible que dans la combustion du soufre, le carbone et l’hydrogène soient en si exact arrangement que la combustion d un carbure d’hydrogène intervienne et qu’aucun reste de carbone ne subsiste et que... Non, cela ne va pas ! Prenons un autre chemin. Est-il possible que, la flamme d’hydrogène se refroidissant, les particules de carbone qui sont partout dans les poussières accourent et forment avec l’hydrogène et l’oxvgène amoindrie un G 11 O analogue au soufre. A peine possible !

Mieux, le soufre consume seulement son hydrogène, pendant que le carbone se change avec

(i) J’ai répété l’expérience sur l’arsenic de Marsh, niais en substituant l’hydrogèna sulfuré à l’hydrogène arsénié; le dépôt pour le moins n’était pas du soufre. (En avant, es' chei cheurs !)

l’oxygène en acide carbonique qui ne donne pas de spectre.

La chose peut être laissée au jugement de l’avenir et mérite de donner naissance à de nouvelles recherches.

J’ai comparé le soufre à une résine, mais la constitution d’une résine n est pas à beaucoup près définie par l’expression sommaire d’acide hydrocarboné G 11 O. L’ambre Jaune, par exemple, consiste en une huile volatile, deux résines et un acide. La colophane est estimée consister en majeure partie, soit d’acide abictinique CjjIl«iO;,, soit d’acide sylvinique C.^„ O.,.

Exiger de moi une formule définie du soufre serait indiscret. Veux-tu cependant essayer avec le secours de tous les moyens à notre disposition. Si le soufre est une résine, fais alors sur les résines les expériences suivantes ;

1 . Fais bouillir 24 heures (pas plus longtemps) soufre et acide azotique et vois si tu obtiens en courte durée de l’acide picrique {)) ou de l’acide phtalique et finalement de l’acide oxalique.

2. Fais fondre avec de la potasse et vois après si se produisent les acides (protocatechu. parozybenzoë, orcin, phloroglucin, brenzcatechin, resorcin ou benzoë.^).

3. Réduis au-dessus de la poudre de zinc et prends soin, pendant l’opération, de remarquer

si tu le peux la production du (methylantracen, methylnaphtalin, xylol ou toluol ?) (peut-être aussi benzol (?) ou mon sulfure de carbone !)

Aies toujours en pensée que le soufre est un protéequi, entre deux moments, change du tout au tout et que c’est folie de vouloir saisir une anguille par la queue.

As-tu temps et loisir, va de l’avant et fais les expériences suivantes. Qui sait si tu ne rencontreras pas le hasard heureux qui a fait faire tant de découvertes.

Attaque les vapeurs à odeur de camphre par une distillation fractionnaire (ou fractionnée) ou des méthodes pareilles ; microscopise-les, analyse-les. Elles se déposent facilement en sublimé incolore sur les parois d’un entonnoir de verre préalablement refroidi.

Brûle du soufre épuré en un creuset et scrute la composition du dépôt noir. Partie donne réaction du fer. Partie est insoluble dans l’acide chlorhydrique bouillant et pourrait être du charbon.

13rûle du soufre dans de l’acide carbonique, comme je l’ai fait, et essaye, ce que je n’ai pas fait, le dépôt qui, sentant le poivre, pourrait être une matière analogue au camphre de Bornéo (le camphre de Bornéo sent aussi le poivre).

Fais passer les vapeurs du soufre gris par un tube au rouge vif contenant de l’oxyde de cuivre et vois si l’oxyde de cuivre est réduit par l’hydrogène supposé.

Echauffe avec de la potasse chromée le résidu du soufre gris obtenu par le procédé connu décrit plus haut et fais passer le gaz par de l’eau de baryte pour voir s’il se produit de l’acide carbonique. (C’est dommage que la baryte donne aussi la réaction de l’acide sulfurique. Ce te sera peut-être une mine à creuser !)

Cherche à caractériser la forme sous laquelle existe le soufre dissous dans l’huile de lin sulfurée (ou le soufre dans l’huile de lin) et cherche avant tout à extraire de l’huile le soufre intact.

Brûle du magnésium dans les vapeurs du soufre gris et vois s’il ne s’épanche pas du charbon finement divisé.

Dissous autant que possible du soufre dans de l’alcool dit absolu et cherche à ton gré.

Dissous de la fleur de soufre dans de l’acide sulfurique, anhydre et essaye sans préjugés les croûtes bleues qui se dissolvent en bleu dans l’acide sulfurique.

Fonds soufre et oxyde de plomb. Traite avec i’acide chlorhydrique et quand le dégagement

d’hydrogène sulfuré aura cessé, cherche du charbon.

Condense gaz des marais et ozone (surtout si tu crois à l’ozone) et recherche l’hydrogène sulfuré.

Fais l’expérience de Marsh sur de l’hydrogène sulfuré et traite le dépôt sans préjugé.

Chauffe du soufre en vase clos pendant un temps prolongé : a) avec oxygène, b) avec hydrogène, c) avec acide carbonique.

Brûle du soufre dans a) l’oxygène, b) l’hydrogène, c) l’acide carbonique. Martelle et comprime le résidu.

Chauffe du soufre pendant un temps prolongé en vase clos jusqu’à 120°. Martelle et comprime jusqu’à division du résidu.

Fonds du soufre dans un tube de verre concurremment avec a) de l’étain, b) du plomb, c) du magnésium, d) du potassium et chauffe le tout.

Fonds du soufre et verse dessus de la térébenthine. Essaye le -bain, qui sent l’huile de succin {}) (ambre jaune).

Traite du soufre avec de l’esprit de vin et de l’eau forte (acide azotique, acide nitrique) dans

dès coïKlitions •d'C température -él-evée. 'Introduis peu à peu de l’iode et distille.

Fais évaporer dju snlfare de carbone dans le vide et sous la cloche, fais romugir un fil par un courant électrique. Voir ce qui se passe.

Saisis sans crainte le sulfure de carbone et agis avec lui comme s’il était un hydrocarbure. -Mais achète la matière la plus pure de toutes, secoue-le plusieurs fois avec du mercure et distille ensuite toujours deux fois.

Dissous du soufre dans du benzol (ou toluol) et essaie avec de (triethylphosphïn ?)

Qiauffe carbures métalliques (francs de soufre) dans du gaz des marais.

Dépouille du lignite de son acide carbonique et de son eau ; chauffe et consume ensuite dans du gaz des marais.

Chauffe un creuset Jusqu’au rouge blanc ; J-ettes-y du soufre et interromps alors lachaufié.

Fonds du soufre et du pentasulfide de phosphore.

Place une soucoupe à évaporation (?) contenant un peu d’eau sous une cloche de verre renfermant de l’acide carbonique. Fais tomber au- moyen d’un dispositif .simple une boule de potassium dans Fcau.

Fais rougir un cylindi'e d’argile emprisonnant du soufre et vois ce qui perce à travers le cylindre. (Assez neuve méthode de chalyse a haute température utilisée par des chimistes françats-)i

h"ais bouillir dans de l’eau pure des feuilles de vigne vierge et de jonc {?), lesquelles d'apres Liebig ne contiennent pas de traces^ de combinaisons sulfurées- et observe s’il ne se forme pas de l’hydrogène sulfuré.

Elève des plantes sulfurées, chou, moutarde, etc., sans apport de soufre et d’Tiydrogène sulfuré et cherche le soufre.

Résinifîe dans de l’air pur ou avec de l’oxyde de plomb, du pétrole qui est franc de soufre ; recherche si l’asphalte obtenue ne contient pas du soufre.

Brûle du soufre dans un creuset non couvert dehors en plein vent.. Essaie le dépôt, noir au point de vue du charbon et le. blanc, au point de vue du potassium.. (J’ai fait ce dernier essai et j’ai obtenu, avec le. chlorure de platine la réaction du potassium, sans comprendre e.ncore d’où Le potassium est venu.)

Fais fondre ensemble du soufre et du sucre. Remarque l’odeur de camphre (Le résidu est semblable, au charbon avec éclat métallique. 11

s est dissout dans l'acide chlorhydrique bouillant. Dans l'acide sulfurique chaud il s’élèva

une odeur d ambre jaune). Analyse pour le charbon.

(A continuer une autre fois).

Si après tout cela, il te venait de demander ce que pourrait bien être l'acide sulfurique, le tout puissant, indispensable destructeur, je répondrais d'une façon circonspecte en te mettant sous les yeux le tableau suivant où les acides acétiques et ozaliques occupent un rang pour le moins hors classe ;

Acide tartrique — C, H„ 0„

— citrique — C„ H, O,

— malique — C, O,

— carbohydrique (.^) — C, H, O

— succinique — C, IV, O,

— acétique — C, H, O,

— ozalique — C, H, O,

L acide sulfurique devrait sous toutes réserves , recevoir cette formule Cj, Ih O,. Et l'acide carbonique serait désigné par G JE O,, car il n'est pas d'acide énergique sans hydrogène.

Mais l'acide chlorhydrique ? — Nous en resterons là pour cette fois, pour que tu ne sois pas mis hors de toi.

Tu es fâché après mol, parce que je ne puis pas croire, que le soufre est corps simple. Pour-

quoi es-tu fâché? T’ai-je pris quelque chose ou crains-tu de perdre quelque chose ? Et pourquoi tiens-tu encore à ton corps simple ? Serait-il tien? Mais il n’est pas tien, car tu l’as pris. Tu crois comprendre, mais ce n’est que réminiscence des livres !

Le concept «Elément » a été mis en circulation par les alchimistes. Alors pourquoi ne remarques-tu pas aussi d’autres sages concepts, notamment au sujet du soufre? Le soufre était jadis un vitriol de charbon (?). Au 17' siècle, il passait pour composé de charbon, acide, terre et d’une moindre quantité de métal. Pour Stahl, le soufre et le charbon avec le même radical comburant (Phlogostique) ; et au commencement de ce siècle, on croyait que le Soufre aussi bien que le phosphore, contenait des éléments spécifiquement voisins de l’oxygène et de l’hydrogène (?)

Ces anciens tenaient encore la matière en une certaine considération, que nous autres matérialistes avons perdue et ils concédaient à la matière un peu d’une âme et de force créatrice ; ils regardaient plus aux propriétés des corps et concluaient des manifestations de l’énergie à leur composition. Ils cherchaient moins le fait maintenant si prisé, moins ce qui tombe sous les sens que ce qui est saisissable par la pensée et avec un tel et tant grossier instrument comme

la balance, ils tentaient à peine de mesurer la pesanteur, cette propriété absente dans l’espace et changeante dans le temps (?)

La méthode rappelle au reste l’antique croyance religieuse où l’ange à l’entrée des enfers siège et pèse les âmes — avec le corps et tout. — N’astu donc pas entendu, que le boucher fait une différence entre le poids vif et le poids mort?

La chimie numérique suivait naturellement la chimie à la balance. Les procédés si différenciés de la nature étaient simplifiés, mis en formules élémentaires et Introduits dans un s}^stème. On méprisait la matière et en bon esprit chrétien et dualiste, on prenait la force comme quelque chose venu du dehors et d’en hunt. Pour moi, la chimie moderne qui croit être au sommet, est toute et seulement byzantine, postchrétienne et je lui dis en plein Visage: Je te renie !

Nous reverrons-nous ?

P. S. Après que cette lettre était composée, je reçus d’un amii dans le doute la communication suivante :

« Des recherches de Théodor Gross !(Sociôté de physique de Berlin, séance du 25 mars 189.2) semble ressortir que le soufre n’est pas un corps simple. Car à l’èlectrolyse du sulfate de Baryte au rouge vif, la moitié du soufre composant ne

put être retrouvée et l’auteur excluait une volatilisation )).

Crois-tu encore que le soufre est un corps simple ?

Brünn, octobre 1893.

Fin de i" lettre.

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