DEUXIÈME LETTRE
SUR LA TRANSMUTATION DES CORPS, LA CHIMIE TRANSFORMISTE OU TOUT EST DANS TOUT.
Tu ne doutes pas un instant, que les plantes peuvent magiquement avec du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène fabriquer de l’amidon, du sucre, de la cellulose, de la chlorophylle, etc., mais si l’on te disait, que quelqu’un prétendait laire comme les plantes et changer de l’aluminium en silicium du silicium en carbone, ou de la chaux carbonaté en silicéum ou du sodium en potassium, tu parlerais de sorcellerie; Pourtant comme transformiste. Je me sens presque obligé de n’admettre qu’une seule matière de laquelle toutes les autres ^ont provenues par clivage, condensation, réfraction, accouplement, croisement, etc. J’admets l’unité de la matière sans vouloir donner un nom à la matière origininelle et désigner une seule fois l’hydrogène comme telle. Comme tu crois à 64 corps simples, tu te tiens à l’ancien enseignement
d’une série d’actes de création, un pour chaque espèce, mais en chimie seulement, tandis que tu nies cet enseignement si tu en viens à la botanique ou à la zoologie.
J’admets — pour aller droit au but — qu’il n’existe aucun signe défini de démarcation entre les mondes organiques et inorganiques et je constate que tous les corps organiques, si complexes soient ils; contiennent tous du carbone comme partie intégrante.
f La chimie organique est la chimie des combinaisons du carbone » La tétratomicité du carbone fait qu’un atome de carbone peut entrei" en combinaison dans le même temps avec plusieurs radicaux différents, ce qui explique la part prépondérante prise par le carbone dans les combinaisons organiques Toutefois pourquoi les autres corps tétratomiques, comme les espèces de platine (?), l’étain et le silicium ne possèdentils pas la même prépondérance Cela reste inéclairci et me rend suspecte l’explication.
Les Français ont vidé sommairement la question par une formule toute simple, qui donnerait une espèce de dillérence entre l’organique et l’inorganique. Cristalliser est la caractéristique de l’inorganique, colloider est organique. 11 y a là un brin de vérité. Car quoique la cristallisation se continue dans le règne organique, cependant la forme cristalline s’y simplifie; on y
trouve nommément des aiguilles surtout, vraisemblablement des axes cristallins, et des plaques ou des lamelles, en un mot des traces rudimentaires de l'attraction apanage des premiers stades de la matière en formation en vertu de laquelle les particules s’ordonnent en figures de géométrie (et de stéréométrie).
D’autre part nous trouvons déjà dans les corps inorganiques certaines tendances à gélatiner, ainsi dans l’acide silicique, l’oxide de fer hydraté l’alumine hydratée (.^), l’acide stamique hydraté et le sesquioxyde d’étain. 11 est remarquable que les trois premiers de ces corps, silice, oxyde fer et alumine, qui cristallisent aussi, constituent presque la principale masse de la croûte terrestre non organisée, c’est-à-dire du sous-sol (?) et de la terre labourable.
Avec quels chagrins ne dois-je pas considérer le carbone, qui ne colloïde pas ; par quoi ne quittant pas les formes dérivées, sèches et bornées, de la ligne droite, il ne peut, n’ayant pas la consistance albuminoïde de la colle ou de la gélatine, donner libre cours à une magnificence des statures animales et végétales !
Je vais emprunter une thèse, que je te sais admettre ; évolution est mouvement du simple au complexe. Me diras-tu non à priori, si j’appuie cette thèse d’observations qui ont été trouvées démontrées et correctes. J'ose dire en propres
termes : la vie supérieure organique commençant prétendùment avec l’apparition du carbone a posteriori le carbone ne peut être un corps simple, car on doit penser qu’un long travail préparatoire a été accompli, avant que le carbone ait pu servir de point de départ aux combinaisons organiques.
Qu est maintenant le carbone et comment se comporte-t-il dans la nature, dans la vie en général, dans le laboratoire.^ Le carbone en état très grand de pureté se pré.sente, dit-on, sous la forme du diamant. La plus ancienne et la plus simple des preuves apportées que le diamant est du carbone, consiste dans le fait, que le diamant, enflammé au foyer d’un miroir concave, pouvait être consumé. Tout corps combustible était alors carbone ou radical de carbone. Plus tard on rechercha les produits de la combustion et comme on y trouva l’acide carbonique, alors la chose était claire ; sûrement, le diamant est du carbone.
Puis vinrent les enfants incrédules d’un temps postérieur, qui cherchèrent dans les cendres et y trouvèrent : un squelette de silice, de l’oxyde de fer, de l’oxyde de manganèse, de l’alumine (argile). Il est particulier que je retrouve ici, trois des corps colloldants qui se tiennent au passage à la vie organique et s’oflfent en support de la vie végétative. La présence et la réunion de ces
Corps dans la cendre du diamant va de soi. Malgré quoi, personne n'a encore exprimé l'idée que ces corps pourraient être constitutifs et unités composantes du minéral diamant vraisemblablement complexe.
D'où provient le diamant et peut-on de son gisement tirer quelques données sur sa composition ?
Au Brésil : cailloux roulés de conglomérats quartzeux avec rouille de fer. Soit silice et oxyde de fer !
Dans l'Oural: une ardoise qurtzeuse malléable. Là encore silice !
j En Afrique; une gangue volcanique d’olivine. L'olivine contient 40 0/0 d’acide silicique et 35-50 0/0 de magnésie.
Les minéralogistes anglais disent l'olivine est un silicate anhydre de magnésie et de fer. Encore silice et fer !
L'induction, le diamant est du carbone parce qu’il brûle, n'est pas une preuve à l'abri de tout reproche, car le potassium, le sodium, la silice amorphe, le fer, le zinc, etc..., brûlent aussi.
L'induction, le diamant est du carbone parce qu’il donne à la combustion de l’acide carbonique, n'est pas non plus une preuve convaincante pour un chimiste réellement consciencieux. Il est connu que beaucoup de minéraux renfer-
ment des goutelettes d’eau, de l'eau chargée d acide carbonique et même de l’acide carbonique condensée Parmi ces minéraux le quarz et a topaze sont le plus fréquemment cités. Le quartz n est que de l’acide silicique et h topaze un silicate d alumine avec un peu de Huor.
L’acide silicique apparaît toujours comme un mauvais drôle regardant de côté et non seulement il fait ses farces dans le diamant mais il est si bien acoquiné avec le carbone que l’on pourrait croire que les deux corps se prennent leurs habits et se remplacent l’un l’autre. Leurs ressemblances internes et externes sont réellement et spécialement surprenantes ; ils cristallisent dans le même système ; ils se montrent a 1 état aniorphe et graphitique; ils donnent des acides faibles et dans les combinaisons organiques, comme l’alcool de silice (?), le chloroforme de silice (?), la silice semble pouvoir remplacer directement le carbone. Cela semble être plus qu isomorphisme ou isoméric, plus que modification allotropique; cela me semble transmutation ou si l’on veut transformation d’un corps à un autre ; peut être y a-t-il condensation moléculaire, car l’atome de carbone est compté 14 et celui de la silice au double soit 28 Je vais maintenant faire quelques écarts de différents côtés mais sous l’expresse réserve de revenir au diamant.
Dans le siècle précédent voyageait en Angleterre Pétrus Kalm, le chercheur Suédois. 11 remarqua les nombreuses pierres à feu sur les champs et reçut des paysans la réponse que ces pierres étaient procréées peu à peu par la craie. Rélléchissant sur cette hardie hypothèse populaire, sans y adhérer ni la repousser « Tout est possible » pensait-il à propos, car il vivait dans un temps où l’on ne courait pas le risque de la vie, à tenir tout pour possible. Depuis que j ai lu cela, il y a dix ans, j’ai plus ou moins longtemps voyagé dans les pays de craie et de silex et y ai habité, tant dans la Champagne pouilleuse française, que dans les plaines crayeuses de Schonen, Rügen, Seeland et plus tard sur la falaise de craie à Graveslend en Angleterre. J’ai vu tant de silex, j en ai tant brisé que j’étais presque résolu, d’avoir une opinion sur ce minéral tant discuté, mais je restai empêtré dans diverses conjectures. Je ne ne puis consentir à la nouvelle théorie depuis laquelle les rognons de silex offriraient le squelette siliceux déponges marines, parce que les éponges ont des traces d’organisation régulière qui font d’éfaut dans ces concrétions d’acide silicique. Un moment je crus que les rognons pouvaient être des débris de gneiss et de granité remaniés par une fusion postérieure et cela à cause de leur ressemblance avec notre halle-flint, qui a près-
que la meme constitution que le granité et le gneiss. Une autre fois je me laissai aller à croire que les pierres à fusil étaient des agglomérations de l-acide silicique de géantes équLtacées pourries sur place et auraient siégé dans les nœuds de leurs tiges en forme de roseau. (Equisetum hiemale (prêle) contient 97 0/0 de silice et la tige de bambou 70 0/0).
Passons ! La pierre à feu contient prétendument ;
Acide silicique Potasse Chaux Alumine
Oxyde de fer Eau
Carbone.
Toujours silice, alumine et oxyde fer enseme. Les minéralogistes appellent ce phénomène Paragénèse.
Un peu d'Occanographie ! La f zône de mer prolonde, celle appelée sombre, entre 150 et 2000 pieds est distinguée parce fait que l’acide carbonique y domine encore et que les organismes calcaires y abondent pour faire place dans la quatrième zône, 2000-5000 pieds, aux êtres siliceux. Inversons en ordre direct : à l’acide silicique succè la chaux avec acide carbonique! Juge un peu, si Pétrus Kalm avait raison,
quand il ne mettait pas en doute l’assertion du paysan anglais sut la transformation de la craie en pierre à fusil ! Penses-y l
Un morceau de physiologie végétale ! Etant donné que les plantes différencient leurs organes de bas en haut, de telle sorte que la racine soit simple, la tige plus compliquée, plus encore les feuilles et au plus haut degré la semence, nous voyons qu’en général •: '
la racine contient quelques sels, la tige contient de l’acide sîlicique (et chaux), etc. , les feuilles, de la chaux carbonatée (tirée de l’acide silicique), etc., la semence contient du talc, etc.
L’acide silicique, dans cette série ascendante, ne vient-il pas ici après la chaux? Rapprochons ici les Protozoaires, dont les Foraminifères consistent en chaux carbonatée, que dévorent les Diatomées consistant en silice.
Que font ces Diatomées, sinon de transformer la craie en silice !
Un échantillon de minéralogie 1 Dans le grenat, l’alumine (argile) peut être remplacée par l’oxyde de ter, et la chaux par l’oxydule de fer ou le talc, sans que le caractère du minéral soit changé.
Tout cela est bel et bien, mais les difficultés ne font que commencer.
Des chimistes agricoles renommés tiennent pour vrai que les plantes ne choisissent pas les éléments
de leur nourriture, mais acceptent tout ce qui parvient dans leur sphère de contact, même les substances qui leur sont dommageables.
A en croire ces investigations, la silice pour la nourriture des plantes serait complètement superflue^ au contraire le talc, la chaux, le fer seraient indispensables. D’après un autre, la pré.sence de la silice hâterait la transformation de certaines matières et activerait ainsi la végétation.
Enfin, un troisième prétend que le chou-fleur peut remplacer son talc par la chaux. Des plantes à soude (id. à natron) transplantées du bord de la mer dans l'intérieur du [-ays contenaient l’année suivante peu de soude et devenaient plus tard franchement calcaires. Un Ajuga reptans (Bugle rampant), qui végétait en sol calcaire, contenait de la chaux ; un autre de la même espèce qui croissait sur un soj de glaise contenait de la silice (et pas d’aluminium, ce qui est assez particulier). Et ainsi de suite, jusque mort s’ensuive ! — Equisetum hiemale, qui contient 97 % de silice, peut les remplacer par de la chaux carbonatée, si à toute force il faut un remplaçant; pourquoi, comment un tel remplacement .?
Cette question de remplacement, disons mieux, de substitution, appelle des recherches plus précises. Groupons en effet quelques faits. Le fer, par exemple, est retrouvé dans les cendres de presque toutes les plantes. Par contre, dans le
chou-fleur, on trouve souvent du manganèse. Dans la Victoria regia, on trouve du manganèse dans les pétioles et du fer dans les feuilles. Le fer serait-il donc un manganèse plus hautement différencié .? Cela semble être la conséquence du/ait chimique, que le poids atomique du manganèse est de 55 et celui du fer 56 et que le manganèse occupe place médiane dans le groupe du fer. Pourquoi, en effet, le fer donne-t-il toujours, dans le procédé Bessemer, le spectre du manganèse ?
Liebig dit ; « Manganèse et fer, iode et chlore sont isomorphes, mais les plantes à iode tirées de l’eau de mer, parmi mille parties pesantes de chlore, n’offrent qu’une partie d’iode. . . »
Et plus loin : « Chlorure de potassium et chlorure de sodium possèdent la même formation cristalline et ont en commun tant de propriétés que sans le secours de la chimie, on ne pourrait les désunir avec certitude; les plantes séparent les deux complètement. »
Sous le couvert de cette grande autorité, nous admettrons le choix par les plantes de leur nourriture. Grâce à cela, nous approchons de la possibilité d’éclairer l’échange entre matières.
Dans la tige d’ Aster Tripolium apparaît principalement du potassium, dans les feuilles du sodium. La plante végète, comme on sait, au bord de la mer ; c’est donc une plante à soude. Buis et Chêne contiennent peu de soude, même quand ils croissent
sur un sol qui décèle cinq fois plus de soude que de potasse.
Pour ne pas trop nous enfoncer dans le Labyrinthe, retournons maintenant au carboné,, pour y retrouver le Diamant
On est en droit de dire sommairement que les plantes consistent principalement en carbone, réserve faite que ce carbone n’est pas du carbone pur, mais est engagé pour la plus grande partie dans une combinaison carbonée, savoir la Cellulose, soit carbone, hydrogène, oxygène = C H 0.
Le charbon de bois, le vrai charbon de bois, renferme, ainsi qu’il est admis, en outre du carbone, toujours aussi de l’oxygène et de l’hydro- • gène condensés, lesquels par la plus forte incandescence ne peuvent être expulsés. Et le fusain, qui doit être le charbon le plus pur obtenu du bois, renferme toujours oxygène, hydrogène et azote.
L’anthracite, qui brûle sans fumée ni flamme, donne à l’analyse go <>/o de carbone, 3 % d’hydrogène, 7 7o d’oxygène et en plus de l’azote et des substances terreuses.
La fumée des feux de cheminée dans les demeures où l’nn brûle du bois peut contenir : oxyde de carbone, acide carbonique, hydrocarbures lourds et légers, cyanogène, ammoniaque, vapeurs d’eau, vapeurs de goudron, vinaigre de bois, esprit de bois, créozote.
Et la houille (charbon de terre', qui donne, comrhe on le croit, dans les cent produits de désagrégation (ne s’écrirait pas, mais se dit très bien A. K ).
Peut ou, dans de telles circonstances, être porté à croire que le carbone est un corps simple ! Ce serait à se demander comment la nature peut travailler au milieu de tant de malpropretés.
Le Diamant était déjà sali habituellement par de l’acide salicique, du manganèse, du fer, de l'argile; le Graphite par les memes matières, plus de la chaux et du talc. Ne serait-il pas possible que les impuretés du Diamant soient des parties constitutives ?
Le Bore est assurément parent de la silice et du carbone ; pourtant si on veut obtenir un diamant de Bore, on maintient longtemps le bore au rouge vif dans un bain d’aluminium. Dans les Diamants de Bore ainsi produits, on a trouvé de vrais diamants. Le Bore est-il devenu carbone ou l’argile (aluminium) a-t-il participé à 1 opération ?
Quelle est la cause de l’analiogie des spectres de phosphorescence du Diamant et de l’ Aragonite (chaux carbonatée)
Pourquoi a-t-on voulu dernièrement mtercaler le Graphite comme corps spécifique entre le Bore et la Silice ?
Et pourquoi ne prenait-on pas le Diamant pour
le placer parmi les Silicates d’alumine -f un fer carbonaté ou sel de manganèse ?
Et se dresse dès lors une nouvelle question : Où rencontrer le carbone à l’état de pureté ? Dans la Nature, nulle part; dans le Laboratoire, inconnu, car même la combustion du Potassium ou Magnésium dans l’acide carbonique, donne un fin dépôt de carbone contenant de l’oxygène et de l’hydrogène.
On sait que dans les cendres des plantes, lesquelles sont composées principalement de carbone, presque tous les corps connus sont représentés. On sait encore que, par les représentants du groupe du carbone : Silice, Bore, Etain, Plomb, Titane, Zirconium, Cérium, Thorium, le carbone se relie avec uniment tous les corps simples. Par suite, ne semble-t-il pas logique de placer .le car- . bone comme base ancestrale de tout le rèorne organique. Le carbone doit posséder quelques particularités qui le rendent extrêmement inapte à entrer lui-même en combinaison et on doit se bien imaginer que le carbone en combinaison est une substance toute différente du carbone communément entendu, ou bien il faut admettre qu’il peut se transformer et s’élever en se différenciant ou s’abaisser en se simplifiant.
Les particularités qui rendent le carbone inapte à former le millier' des combinaisons carbonées de la chimie organique sont les suivantes :
Son insolubilité, en dehors du fer fondu et de l’acide sulfurique concentré en état d’ébullition, dissolvants se rencontrant rarement dans la nature, son peu d’affinité à la température ordinaire, où il est presque indifférent, son incapacité d être précipité de ses combinaisons, son incapacité de colloïder ou de gélatiner.
Il y a environ vingt ans, il était généralement accepté que les plantes, au moyen dê leurs feuilles, tiraient leur carbone exclusivement de l’acide carbonique de l’air. Les plantes , disait-on, absorbent l’acide carbonique, retiennent le carbone et rejettent l’oxygène, tandis que les animaux absorbent, au contraire, l'oxygène et rejettent de l’acide carbonique. C’était alors que 1 on croyait à une sage et belle ordonnance de la Nature, à une finalité anthropocentrique déterminée, dont le bonheur complet de l’homme devait être le dernier stade.. Car, disait-on, les plantes ne sont-elles pas là pour purifier l’air et permettre ainsi à l’homme de vivre. Les animaux sont des appareils d’oxydation et les plantes des appareils de réduction.
Pour montrer que les plantes rendaient l’oxygène, on installait l’expérience enfantine suivante : On posait des feuilles vertes dans un bocal plein d’eau, on recouvrait d’un entonnoir de verre et on mettait le tout à la lumière solaire. Les bulles de gaz commençaient-elles à se multiplier, vite on introduisait une allumette encore luisante et l’allumette repre-
liait feu. C’était l’effet de l’oxygène. Notez que le livre ajo^utait prudemment : l’expérience réussira d autant mieux qu.’à la place d’eau ordinaire on. emploiera de l’eau acidulée! Passons cette dernière stupidité, car c est le mot propre — , et considérons l expérience en sa première simplicité naïve
Des feuilles vertes détachées de la plante sont mortes ou mourantes et ne fonctionnent plus camme des vivantes. Des feuilles mourantes se détruisent et comme produits de décomposition donnent^, entre autres choses, de l’acide carbonique Cet acide carbonique (naissant est décomposé par les rayons solaires qui dégagent l’oxygène.
Autre propiosition explicative ; Toute eau contient de l'acide carbonique; par suite, l’acide carbonique décomposé pourrait être sorti de l’eau..
Une troisième : Toute eau contient de l’air, mais cet air ne consiste plus, comme l’air en général, en 21 % d’oxygène et 79 % d’azote, mais est enrichi d oxygène et contient 29 <>/o d’oxygène et 66 “^0 d azote Cet excès, d’oxygène expliquerait l’oxygène libre qui se dégage par la bouche de l’entonnoir (par la tubulaire) et permettrait de se passer du pouvoir problématique des rayons solaires, de décomposer l’acide carbonique
Il y a bien d’autres voies qui conduisent à une explication de la réinflamnaatioii de l’alluimette. L’oxygène et l’azote, contenu.s dans l’eau peuvent, sous l’action du rayon soJalre, se combiner en
oxyde d’azote, dans lequel la combustion est plus vive que dans l’air ordinairè. Une faible flamme de soufre s’éteint en N o O, mais une forte flamme y brûle vivement.
Ou encore Quand on presse un volume d’air au moyen d’une membrane élastique, l’air dyalisé est enrichi d’oxygène. Ou peut penser que les feuilles, fonctionnent comme dyaliseurs à l’ég,ard d'un, air constitutif expiré.^
Suffit. L’expérience est sans valeur, quant au but donné, et quoique des livres récents aient conservé l’ordure, nous l’abandonnons à son malheureux sort, sauf une autre fois à la ressaisir avec des pincettes,, mais alors dans d’autres visées.
En ces derniers temps, la physiologie végétale a d'elle-m,ême désavoué cette naïve explication de l’absorption de l’acide carbonique par les plantes et formulé le processus suivant :
Les plantes absorbent librement de l’acide carbonique et émettent de l'oxygène, en même temps qu’elles inspirent aussi de l’oxygène et rejettent de 1 acide carbonique. .
Malgré ce compromis, qui aurait dû donner le coup de grâce à la théorie de l’acide carbonique de l’air comme source exclusive de carbone pour les plantes,, cette hypothèse se maintient encore et est établie, par des. expériences défectueuses dans les laboratoires de physiologie végétale où l’on fait croître des plantes dans l’eau, sans en
appeler, croit on, à un autre carbone que celui de l’air; je reviendrai à ces expériences dans une autre lettre.
De ces dires devrait ressortir que les organes de respiration des’ plantes seraient en même temps 'organes de nutrition. Cette manière de voir est inacceptable, étant donné, que les plantes tirent leur origine des mêmes souches que les animaux, à savoir des protistes parvenus au stade des Gastrœa. Manifestement les plantes ont assez différencié leurs organes pour que ces organes puissent être suffisamment définis- par leurs fonctions. En d’autres mots : les racines, sont les intestins. La radicelle dont les poils absorbants excrètent de l’acide chlorhydrique, de l’acide carbonique et de l’acide acétique est un estomac retourné. (La comparaison boite un peu fort, les racines ellesmêmes pouvant aussi bien être prises comme estomac.) Les faisceaux des vaisseaux et les vaisseaux de la tige et des pétioles des feuilles sont les veines qui conduisent la sève dans les feuilles. Les feuilles so'nt, en -retour, branchies, dans lesquelles l’oxydation a lieu tout comme dans les autres branchies. La division du travail paraît être si clairement effectuée qu’il est difficile de se figurer les feuilles chargées de deux fonctions si distinctes de respiration et. de digestion. Pourtant, si cela était et si les plantes avaient réellement recours pour leur carbone à l’acide carbonique de l’air.
oh est en, droit de se demander : l’acide carbonique de l’air est- fl donc si abondant que ce gaz puisse donner la quantité de substance solide néces-. saire au squelette des plantes ?
Réponse. L’air contient' en général 4 parties d’acide carbonique pour lOOOO parties d’air et une partie d’acide carbonique contient 20 °/o de carbone Demande : mais alors d’où le champ de céréales tire-t-il son carbone au temps de la croissance active quand le chaume croît journellement de quelques pouces; d’où le tire la forêt, qui, au temps où les bourgeons éclatent, a à se garnir sur chaque arbre et jour par jour d’une paire de millions de feuilles exigeant chacune une paire de grammes de carbone ; comment peuvent faire ces millions d’arbres qui se pressent sur une* petite surface, pour se procurer leur carbone, non compris celui qui est nécessaire au bois de l’année, à la pousse de l’année, au renouvellement de l’écorce, etc... ? •
Je ne veux pas me lancer dans des chiffres, mais si l’air contenait seulement la quantité d’acide carbonique necessaire, l’homme tomberait raide mort à l’entrée de la forêt, une lumière s'éteindrait, les oiseaux tomberaient des branches et les plantes elles-mêmes mourraient du même coup, car les plantes meurent, lorsque le taux d’acide carbonique atteint une certaine valeur.
On s’est débarrassé ostensiblement de ce dilemme.
par un artifice-de langage consistant à dire que les plantes emmagasinent du carbone. Mais quand la plante en a-l elle le temps? Est-ce pendant le sommeil hivernal, alors que pour le moins elle ne respire pas? Est-ce pendant les courts mois d’été où elle a d’abord à fournir à ses feuilles, à projeter ses jeunes pousses, à étendre ses racines, à nouer de nouveaux bourgeons pour l’année suivante et à faire toute la besogne de fructification? Pour ce qui concerne en particulier les plantes annuelles, il n’y a pas pour faire le tout la quantité de gaz sufTisaiite dans un air qui, si renouvelé qu’il soit par le vent, ne contient sur loooo parties d’air que 4 parties d’acide carbonique et sur ces seulement 28 " 'o de carbone
Allons plus loin ; si feuille et chlorophylle sont tout à fait nécessaires pour l’absorption du carbone, comment alors se procurent le carbone, les plantes sans feuilles et surtout les champignons qui croissent incroyablement vite. Les champi.gnons pour le moins prouvent que feuille et chlorophylle ne sont pas (absolument; nécessaires pour la nutrition en carbone. Les grains de chlorophylle, dont l’analogie avec les globules rouges du sang surtout au regard de la teneur de fer, a été mise en lumière, ont évidemment la même tâche, retenir l’oxygène, rejeter de l’acide carbonique et par suite, effectuer le travail d’oxydation.
Admettons de rechet que les' racines des plantes
ont été assignées comme organes de nutrition et demandons sous quelle Iqrme agit alors le carbone ? On répond : Sous forme de carbonates, acides humiques et acides des eaux (?j, etc.... Mais si cela était, les sols riches en carbone, comme les tourbières et semblables formations seraient couvertes de la plus fiche végétation,, tandis qu’au contraire les forêts viennent mieux sur les sols de cailloux roulés, sur les sables et sur les montagnes et que la terre labourable est de toutes les sortes de terre eelle qui est la plus facile à cultiver, celle qui, au point de vue physique (précisément), est débris d’anciennes chaînes de montagnes et, au point de vue chimique, consiste en silicates d’alumine combinés avec potasse, soude, chaux et fer.
A tout prendre, la plus grande partie des plantes sur sol d'argile est de silice, corps solubles en combinaison avec le potassium et le sodium, qui manquent rarement et gélatinaivt avec l’acide chlorhydrique et l’acide carbonique. Remarquons maintenant que l’alumine ou argile n’entre qu’exceptionnellement dans la constitution des plantes et n’est partie principale que dans quelques Cryptogames surtout dans des Lycopodiacées, où la proportion s’élève souvent à 57 %• Dans les Phanérogames, l'argile y est assez rare et reste communément nettement au-dessous de i °/<> où l’on rencontre des contenances exceptionnelles, écorce -des Sapins (io°/o) coque du marron
d’Inde, l’argile n’est vraisemblablement là moins comme matière nutritive que comme matière constitutive héréditaire.
La plante peut-elle transformer l’argile en silice et la silice en carbone?
A cela, je réponds que je ne sais pas, mais que je ne tiens pas cela pour plus difficile que de les transformer, comme elle le fait, carbone, hydrogène et oxygène, tenus pour des corps simples, en des centaines de corps visiblement aussi hétérogènes que l’acide oxalique, le sucre, l’amidon, le camphre. Que silice, acide silicique et l’acide silicique de l’argile puissent se changer en carbone, je tiens cela pour hautement vraisemblable et à cause des nombreux motifs que j’ai indiqués.
Au commencement du siècle précédent, le chimiste français Lcmery montra que les cendres de toutes les plantes contenaient du fer. Cela fut confirmé par Geoffroy, qui néanmoins admit que le fer ne préexistait pas dans les plantes, mais était seulement formé à la combustion. D’autres éminents chimistes de ce temps étaient aussi de l'avis que le fer dégagé dans le traitement chimique de diverses substances n’était pas dégagé, mais nouvellement formé.
Dans un Institut renommé de physiologie végétale, un physiologue également renommé obtint, il y a quelques années, du strontium et du calcium dans la cendre de plantes, qu’il avait sustentées de
baryum. Il croyait tout à fait sûr, que le végétal avait transmuté son baryum, en le faisant peut-être dégénérer. Il communiqua- sa découverte aux chimistes, qui, cela s’entend, expliquèrent la chose par les impuretés habituelles (i).
C’est de l’alchimie, penses-tu. Oui, pourquoi pas? Je suis alchimiste et je crois que le sélénium, ce ' parent du soufre, qui est dans son voisinage immédiat, spécialement là où le soufre est grillé, est du soufre soit condensé soit raréfié issu de l’opération du grillage. Pourquoi le sulfure de carbone impur sent-il le sélénium et pourquoi à 700° le sélénium sent-il le sulfure de carbone impur? Et aussi l’hydrogène sélénié (?) qui sent l’hydrogène sulfuré? (Peut-être le sélénium est du soufre condensé, son acide, l’acide sélénique (?) dissolvant l'or, ce que ne peut iaire 1 acide sulfurique .
Je crois que le thallium, le frère du plomb, qui est trouvé dans les chambres de plomb après la préparation de l’acide sulfurique, est provenu du plomb dans le cours de cette violente opération. Je crois que Coesium et Rubidium sont des formes supérieures du Potassium et du Sodium et qu’ils se forment dans les cendres de cigares, dans la
(i)-Si une plante est arrosée avec du nitrate de strontiane, le sel est absorbé et cependant ne peut être retrouvé dans la plante (Liebig).
combustion du tabac, si riche en potassium (i), ‘
Je trouve le Coke, avec son éclat et son sou métalliques si incroyablement semblable à la foute de 1er soufflée que je me sentirais porté à marteler du coke rougi, pour voir s'il ne deviendrait pas quelque chose de semblable au 1er, d’autant que fer et carbone et carbone et fer sont, tu le sais comme moi, en relations si intimes que l’un ne va presque jamais sans l'autre.
J’ai longtemps eu en vue, sans en trouver l’occasion, de marteler du potassium (en pellicule d’or et pétrole), pour voir s’il deviendrait sodium ou de faire l’opération inverse.
Je n’aurais pas peur d'admettre que le manganèse, dans les pétioles de leuilles de la Victoria regia est en train de devenir le fer qui apparaît dans les feuilles et je soupçonne fort que si, dans le procédé Bessemer, le spectre du manganèse disparaît et fait place à celui du fer, c'est qu’une mutation s’y fait là, analogue à celle qui se passe dans la Victoria regia.
Dans les os et les dents des animaux antédiluviens, Berzélius trouva du fluorure de caleium ; dans les os et les dents des animaux modernes, de la chaux phosphatée.
Que signifie cela.?
(i) Le tabac est si riche en potasse que la plante fut utilisée pour la fabrication du salpêtre de la poudre de guerre pendant une certaine guerre.
Qu’à rencontre de l’opinion établie, l’effet du feu, des acides et des alcalis employés pour les analyses organiques est de donner, dans les cendres, des corps tout autres que ceux qui existent dans l’orcfanisme vivant. Le feu détruit et dissocie, mais il réunit aussi.
La chimie organique n’est certes pas la chimie du vivant, mais seulement du mort après incinération.
Fait-on l’inventaire d’un palais en mettant le feu aux quatre coins d’un Rembrandt ou d’un Raphaël et décide-t-on, aux traces laissées dans les cendres par le cinabre, le blanc de plomb, le jaune de chrome.^
Vois seulement!!! Le triethyle de plomb [Pb ( Ci ' Hj ) 4] est une combinaison métallique organique et je lis : a Dans cette et les semblables combinaisons le métal est directement lié au carbone; aussi prend- il dans certaine mesure de tout autres propriétés; l’atome métal semble avoir disparu, ne se laisse pas reconnaître comme dans les combinaisons inorganiques, ne peut être précipité par les réactifs, ne peut pas exercer ses effets spéciaux sur les organismes vivants, sans que la combinaison organique n’ait été détruite... » Avant que j'abandonne le carbone, je veux indiquer les indices qui pourraient servir à pourchasser le carbone dans ses secrètes cachettes.
En s’oxydant, le charbon devient chlorate de
potasse (?) et Tacide sulfurique concentré est transformé en un corps brun insoluble dans beau. Cherche et pense en même temps à la silice amorphe, qui est aussi une poudre brune.
Chaufle du cyanure de mercure dans une cornue. Fais l’examen du résidu noir-brun que l’on appelle paracyanure.
Porte jusqu’au rouge blanc le plus caractérisé le ferrocarbonate minéral, qui s’ofTre comme un amas de fer, manganèse, magnésium et calcium et vois si tu retrouves tous les composants.
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Cultive des plantes dans de la poudre de charbon et du ferrocarbonate pulvérisé et vois ce que la plante accepte et ce qu’elle n’accepte pas.
Cultive des plantes dans la silice gélatinée, dans de l’eau et dans une atmosphère privées d’acide carbonique. Cherche si les plantes n’ont pas transformé la silice en carbone.
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De même avec de l’argile hydraté.
Recherche tout d’abord exactement si la contenance d’un oeuf de poule ou de sa coquille est de
7 “/o d’acide silicique. S’il n’en est pas ainsi, consume les plumes, les ongles, le bec, la carcasse osseuse du jeune poulet et cherche l’acide silicique. Ou plutôt ne consume pas, mais trouve d’autres méthodes pour découvrir l’acide silicique.
Analyse très exactement et examine au microscope les minéraux ophale et lignite, qui sont des fibres de bois, où la silice s’est substituée au carbone. Item les bélemnites qui, enfouies dans la chaux, sont composées de silice. Item ammonites, dans lesquelles la pétrification est due à la pyrite de fer.
Examine cet acide de graphite qui se produit par l’oxydation du graphite dans un chemin mouillé et compare-le avec l’acide de la mellite, qui se produit dans les mêmes circonstances par l’oxydation de pur charbon de bois, — Raconte après que le carbone et le graphite sont identiques ou seulement des modifications allotropiques du même corps ou bien qu’ils sont des corps tout différents.
Essaie d’éclaircir pourquoi le schiste noir, qui est appelé charbon de terre et est combustible comme le schiste alunifère (ampelite aluminifère), contient toujours de la pyrite (fer et soufre).
Item : pourquoi le coke, qui est formé de caibone, d’hydrogène et d’oxygène, accuse toujours une odeur de soufre.
Nota bette! Le schiste alunifére consiste en carbone et sulfure de fer, souvent aussi d’argilite à contenance de feldspath de potasse (Potasse, argile, acide silicique, chaux).
Plomb, mercure et argent ont entre eux des ressemblances admises. Compare ;
Plomb corné.
Mercure corné,
Argent corné,
qui tous sont des hydrochlorates de ces métaux.
Compare :
Sulfure de plomb • ■ j = cubique ; 87 »/„ plomb . . Densité?
— de mercure .)= hexagonal; 86 •/, mercure Dureté?
— d’argent . . 1 = cubique : 87% argent . j — 2.
La somme atomique du sulfure de mercure est 231, celle de l’oxyde d’argent 231, etc.
Le sulfure de plomb contient toujours un tant d’argent. Fond- on ce minerai et laisse-t-on la fonte se refroidir, le plornb pur se sépare d’abord et est éliminé. Ainsi de suite, jusqu’à ce que la fonte Contienne i ®/o d’argent. Le plomb enrichi d’argent est jeté dans un four à réverbère sur un lit de substances poreuses (cendres de bois ou d’os), fondu et ventilé.
Le plomb s’oxyde, l’oxyde fond et pénètre les sybstances poreuses. L’argent reste.
Serait-il possible qu’une partie de plomb ait été condensée (ou raréfiée) par 1 operation ?
Est-ce plus qu’un simple accident qne le sulfure de plomb contienne de l’argent?
Que le mercure oxydulé est décomposé par la lumière comme le chlorure d’argent?
Que le cinabre ou sulfure de mercure ressemble à Toxyde de plomb, le minium?
Que le sublimé, le chloride de mercure, ressemble en ses efTets au nitrate d’argent, la pierre infernale?
Que les fulminates d’argent aient même constitution ?
Que les spectres de T'argent et du mercure soient assez semblables pour être comparés ?
Un corps n’est que- dans un moment et une situation donnés. Qui sait si, à un moment de la fusion, le plomb n’est pas vif-argent? Et si le plomb au rouge vif extrême en vase clos ne pourrait pas devenir argent ?
Qui sait, si potassium et sodium, quand ils sont foulés ensemble et coulent comme du vif-argent, ne sont pas un instant du vif- argent, quoique la réaction ne puisse être faite, parce que au moment même où les réactis sont ajoutés, toute la situation a changé ?
Qui sait, si l’hydrogène, lorsque, condensé à basse température et sous haute pression, il coule et possède l’éclat blanc métallique du mercure.
n’est pas analogue ou identique au sodium en fusion ?
Qu’enseigne l’expérience suivante que j’ai maintes fois répétée ?
Dans une soucoupe à évaporation (?; je pétris du potassium et du sodium, jusqu’à ce qu’ils coulent comme du mercure. Je couvre d’une cloche à tubulure et par la tubulure, je verse du mercure. Un sifflement se produit, comme lorsqu’on verse de 1 eau sur du fer rouge, et la paroi intérieure de la cloche est tapissée par des vapeurs d’eau et un dépôt de couleur grise qui pourrait être du mercure. Dans la soucoupe étaient solidifiés de la potasse hydratée, de la soude hydratée, de l’eau et du mercure.
Qu’était-il arrivé pour que le mercure se soit présenté sous une forme qu’il ne prend pas ailleurs qu’à moins de 40 degrés.^
Qu’arrive-t-il par le froid ? Habituellement les corps se condensent (l’eau et le bismuth font seuls exception). Le mercure, qui dissout comme tel tous les métaux à l’exception du fer, paraît ici avoir subi une condensation. L hydrogène, de son côté, paraît posséder la propriété de condenser les métaux ; ainsi le potassium qui autrement est mou comme de la cire, devient rude par acception d’hydrogène. Par contre, 1 oxygène paraît raréfier ou relâcher, car les oxydes métalliques sont plus légers que les métaux respectifs.
Dès lors, le mercure a-t-il pris de l’hydrogène au potassium et au sodium qui, pour moi, y sont apparentés ? D’où est venu l’hydrogène des hydrates de potassium et de sodium et d’où l’hydrogène de cette eau qui a subitement apparu.
L'argent a été longtemps et sans arrière-pensée de transmutation des corps, présenté comme un rejeton ou un parent du sodium, le sodium comme un descendant de l’hydrogène et le plomb comme un descendant du baryum. A 1 aide de l’analogie, on I ourrait dresser un tableau généalogique des métaux, depuis l’hydrogène jusqu’à l’argent. L argent est apparenté avec le cuivre, le cuivre avec l’or, l’or avec le platine. Le baryum est, d’une part, avec le potassium, d’autre part, avec le magnésium Et le magnésium a les mêmes ascendants que l’aluminium, parent de nouveau du calcium, zinc, du cadmium, de l’étain, pendant que le magnésium lui- même a descendance par le manganèse (semblable au fer',, le fer (semblable au chrome et à l’aluminium', le cobalt, le nickel, le cuivre.
Passons un peu vite ; Proprement, il apparaît qu’en partant de l’hydrogène on peut établir tout l’enchaînement des métaux, quoique non direct, de l’hydrogène au platine.
Quand l’argent fond, qui sait s’il ne parcourt pas en retrait toute son ontogénie, de sorte qu’il deviendrait un moment vif-argent, puis plomb,
résolument sodium, peut-être dans l'instant où il se charge d’oxygène, ensuite rejeté par refroidissement accompli sous les apparences du feu ; en dernier lieu, il est peut être hydrogène, quand il s’épanouit en vapeurs bleues. Pourquoi les corps n auraient-ils pas leur ontogénie, aussi bien que les organismes les plus élevés qui nous la montrent pendant la vie fœtale ? Les phases de la fusion du soufre ne parlent-elles pis en faveur d’un tel phénomène, quand il semble reculer de l’état de résine à celui de caoutchouc et de gutta-percha et en fin de compte se résoudre en ses parties constitutives, carbone, oxygène et hydrogène.^
Il apparaît ainsi que la nature ne fait aucune différence entre métaux, gaz, terres et alcalis, et que cette différence est faite par nous assez artificiellement. L’hydrogène, qui, jusqu’ici, valait comme gaz permanent, est maintenant conçu comme métal, parce qu’il peut, par des moyens artificiels, entrer en alliage avec quelques métaux, comme le palladium et autres, et se condense luimême en un liquide de couleur bleue. La propriété de l’hydrogène de rechercher l’oxygène pour former de l’eau est échue en partage à un haut degré au potassium et au sodium, lesquels s'oxydent aussitôt à l'air et tombent en hydrates, soit qu’ils ravissent l’oxygène à l’air, soit qu'ils cèdent quelque chose d’eux-mêmes.
Potassium et sodium se combinent avec Poxygène, avec les apparences du feu, tout comme l’hydrogène.
Le spectre du sodium est assez semblable à celui du mercure, de même manière que celui du mercure est semblable à celui de l’argent.
L’exposé de ma croyance, que les corps considérés jusqu’ici comme corps simples se substituent les uns aux autres et qu’ainsi ils ne sont pas simples, te donne un certain droit de me demander si je crois aussi qu’on peut faire de l’or.
Je pourrais également à bon droit te faire une réponse à côté, comme celle-ci : Pour dresser un tableau généalogique de la descendance du chat, je n’ai pas besoin pour cela de pouvoir faire un chat.
Cependant je n’userai pas d’une échappatoire et je te réponds simplement oui. Et ce faisant, je n’ai pas à craindre de passer pour un mystificateur, car j’ai des autorités pour mon opinion.
Lis : Gustave Lewinstein : L’Alchimie et les Alchimistes, Berlin, 1870 (R. Virchow et Fr. v. Holtzendorff, traités scientifiques de vulgarisation, Cahier 113).
Adolphe HefTerich : La nouvelle Science naturelle Trieste, 1857. Manuel d’analyse spectrale d’Henri Kayser, Berlin, 1883.
Dans ce dernier livre, page 202, on lit ce qui suit : « Les métaux sont des corps composés de maints métaux, ont une partie composante commune. »
A l’exemple de la prudence chinoise, je renoncerais provisoirement à la fabrication de l’or et comme il est plus aisé d’extraire un métal spécifiquement plus lourd d’un plus léger qu’inversement, j’aimerais mieux commencer par retirer l’argent du plomb ou du mercure. Mais il me saute, que tirer de l’argent du plomb ne serait peutêtre que répétition de-chose faite, l’extraction de l’argent du minerai de plomb n’étant vraisemblablement que la transformation du plomb en argent. Donc mieux serait d’essayer avec le vifargent ; là-dessus, on a aussi des prédécesseurs et des travaux préalables.
Sus ici, les alchimistes ! Et si pour la fabrication de l’argent l’on n’y peut trouver grand profit, du moips les procédés indiqués donnent certaines clefs pour la connaissance du vif-argent (i).
Avicenne : Vif-argent traité avec plomb, étain, vinaigre et eau de mer devenait dur comme argent.
Le plomb et l’étain seraient des réducteurs, c’est-à-dire enlèveraient l’oxygène, ce que l’on peut accorder, car la présence supposée de l’oxygène aurait pour effet de ramollir et de liquéfier.
Albert -le -Grand plongeait du bois vert de coudrier dans le vif-argent pour le durcir ! Ici, il s’agit d’un moyen notoire de réduction.
(i) Je fais par la suite, coirime je l’ai dit fréquemment plus haut, certaines citations l’égard desquelles je me suis assuré que l’auteur cité ne me trompe pas.
Paracelse chaufle du vif-argent dans du plomb fondu. Encore une réduction.
Boerhave chauffe du vif-argent durant longtemps en vase clos et obtient une poudre (l’oxyde) et une petite quantité du noble métal.
Funcker : Conspectus Chimiæ, 1730-34 ; Macquer : Dictionnaire de Chimie, [778 : Vif argent exposé aux vapeurs de plomb en fusion ou sorti de l’huile de lin bouillante, devient rigide au point de pouvoir être travaillé.
Journal de Chimie de Schérer, I : 569. Vapeurs vif-argent ayant passé par un tube de fer au rouge vif deviennent comme étain.
Le plus intéressant ici est que presque tous sont forcés d’enlever au mercure de l’oxygène, sans qu’ils aient su ce qu’est l’oxygène ou comment il agit. Et comme les alchimistes, sans connaître la composition de l’eau, avaient nommé le mercure (( aqua metailliæa », peut-être avaient-ils trouvé la vraie trace, car beaucoup de faits parlent pour que le vif-argent contienne ou soit hydrogène et oxygène.
Il se vaporise à la température ordinaire comme l’eau.
Il absorbe des gaz.
Il dissout tous les métaux (hors le fer), sans altérer la constitution chimique du corps dissous.
Donne avec graisses émulsions (est éteint).
Exsude à travers le bois, le cuir, etc.
Peut être abandonne-t-il aussi son propre oxygène à la sortie de ce gaz de l’oxyde de mercure (i).
Que peut bien signifier cela ?
Quand l’acier est de nouveau réchaufTé, il redevient tendre et absorbe de l’oxygène.
Donc ; il abandonne au mercure de l’oxygène?!
Brünn, Novembre 1893.
Je ne suis pas allé plus loin dans la fabrication de l’or. Qui a le temps et les moyens et y porterait intérêt peut assurément se donner un tel but, mais il fera bien sans doute de soumettre le vif-argent à une analyse radicale et avant tout, de dépouiller l’idée préconçue d’être en présence d’un corps qui ne peut être divisé et n’a pas été divisé.
(i) Pour durcir l’acier (?) on le trempe dans l’eau; mais il devient plus dur encore si on le trempe dans du mercure ou de l’eau oxygénée.