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@ IL faut qu'à l'hôpital le tubereuleux apprenne à expectorer proprement, sans danger pour lui, ni pour ses voisins, el qu il fasse redouter aux autres le crachat pathogène, source de toute contamination. »
Voilà, au point de vue de l'isolement, ce que l’on devrait faire dans tout service hospitalier de tuberculeux. Et pour le traitement ?
C. Cure hygiénique. — « Au service des tuberculeux la triple cure hygiénique (cure d'air, de repos et d'alimentation) doit être complète et réglée ainsi qu'au sanatorium.
« Pour ce qui est de la cure de repos, il n'y a rien à ajouter. Quant à la cure d'air, 1l demeure bien entendu que dans toute ville, quelque minime que soit son importance, l'air est impur, contaminé tant par les poussières organiques et inorganiques que par les exhalaisons méphitiques qui résultent de la vie en commun, sur un espace restreint, d'êtres humains et d'animaux domestiques, sains ou malades. Aussi le service d'hôpital pour tuberculeux ne pourra-t-1l jamais être qu'un demi-sanalorium, au sens précis et hygiénique du mot.
« Ceci dit, les conditions du traitement par l'air doivent être identiques à celles mises en pratique au sanatorium proprement dit.
« Les galeries de cure en particulier sont à l'hôpital plus nécessaires encore, si possible, qu'au sanalorium el leur installation avec chaises longues, les sun-box, les vérandas de repos, y sont, de même, obligatoires.
« Des jardins nombreux et calmes sont l’adjuvant
nécessaire de la cure d'air et de repos à l'hôpital.
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« La cure d'aliments réclame du chef de service responsable devant l'administration, une égale solhcitude et une surveillance tout aussi paternelle qu’au sanatorium.
« La quantité et la variété des mets, les heures des repas, leur nombre exigent un règlement spécial, en désaccord formel, point important à noter, avec les usages administratifs actuellement en vogue dans la plupart de nos hôpitaux de France. |
« Les courbes de poids et de température permettent au médecin de suivre les effets de la cure. »
2° Il nous reste enfin à examiner le cas où les villes, ne pouvant agrandir leurs hôpitaux, seront forcées d'en créer de nouveaux, si elles se décident, chose bien désirable, à considérer l'hôpital comme un élément important de la lutte antituberculeuse.
C'est ici qu'il faut nous arrêter un peu sur la quesüon bien des fois posée de lhôpital suburbain pour phtisiques.
«Même reconstruits dans des conditions meilleures, dit M. le D'Hérard, les hôpitaux de Paris resteront toujours insuflisants pour le traitement des phüisiques, en raison du rôle important que joue l’aération dans la cure de la tuberculose(1). »
(1) Brouarper. La lutte contre la tuberculose, p. 146.
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Au congrès de Naples (1900), M. le D' Ausset (de Lille), disait : € Quant aux tuberculeux incurables il faudrait leur construire ou bien un hospice spécial autour des villes, ou leur installer des pavillons spéciaux dans les hôpitaux déjà existants. »
Au congrès de Toulouse (mai 1902) le P' Grasset émettait cette même opinion : € Une condition nécessaire c'est que les pavillons de tuberculeux soient hors ville, suburbains, aux limites de la ville, ou à l'extrémité d’un faubourg, au milieu d'un jardin (1). »
Il est incontestable que si la chose était possible, l'hospitalisation des tuberculeux à la campagne serait l'idéal. Pour les grands centres, Paris en particulier, €la cure d'air pur a été, est et restera longtemps encore le meilleur, le plus sûr moyen de traitement pour les poumons adultérés par le bacille », et nous nous inclinons encore devant l'avis du P' Letulle lorsqu'il dit: « Votre femme et votre fils deviendraient tuberculeux et l’on vous proposerait le choix entre un lit dans un hôpital de Paris ou un lit dans une maison de santé aux champs, hésiteriez-vous ? Vous l’enverriez sur l'heure loin de Paris (2). »
Les avantages de l'hôpital suburbain sont indéniables. Indépendamment de cet air que les malades y respireraient plus pur qu'à la ville, il y a aussi d’autres considérations plaidant en sa faveur: le terrain pour construire y serait
moins cher; moins cher aussi tout ce qui touche à l’ali-
(1) Grasser. Rapport présenté au Congrès de Toulouse. (2) Leruzre. Presse médicale, 14 mars 1908.
mentation. Nul doute que, de ce chef, on ne puisse réaliser de sérieuses économies.
Mais à côté de ces avantages, bien appréciables d’ailleurs, l'hôpital suburbain a, à notreavis, des inconvénients.
Et d'abord, il nous est permis de nous demander jusqu'où, après être sorti des murs de beaucoup de grandes villes, 1l nous faut aller, pour arriver à trouver un air vraiment pur et non vicié par la présence des grandes usines ? Nous n'exagérons rien en disant que dans la plupart des grands centres ou des cités industrielles, c'est bien souvent précisément extra muros, et dans un rayon parfois considérable que s'exerce l'activité usinière ou manufacturière, et, à ce point de vue, l'air qu'on respire dans pareilles régions suburbaines ne vaut guère mieux que celui des villes. Il nous faudra aller souvent très loin avant de rencontrer l'air pur et le repos que nous cherchons.
Or, quand il s'agit de construire un hôpital, quel qu'il soit, il faut évidemment tenir comple des malades qui sont appelés à y venir, mais aussi de leurs familles.
Et on a précisément objecté que l'hôpital suburbain serait souvent situé trop loin : les malades n°y voudraient pas venir, ne voudraient pas se trouver séparés si loin de leurs familles : ces dernières à leur tour ne pourraient venir facilement les voir les jours de visite, etc.
Ce sont ces objections que l'on a d’ailleurs faites 1l n'y à pas bien longtemps, lorsque s’est agitée la question de savoir si, à Paris, 1l ne valait pas mieux, au lieu de procéder aux travaux de réfecuon des anciens hôpitaux,
en construire de nouveaux en dehors des fortifications.
Mais, pour nous, l'objection que nous ferons à l'hôpital suburbain, c'est de vouloir en faire un hôpital spécial,
exclusivement réservé aux phüsiques.
Si l'isolement des tuberculeux s'impose, il ne s'ensuit pas pour cela que sa réalisation ne puisse s'effectuer qu’en entassant, en parquant pour ainsi dire, ces malheureux, dans un hôpital où il n'y aurait que des phtisiques.
Le côté social du problème serait, évidemment, du même coup résolu, et en agissant ainsi nous ferions, évidemment, &« œuvre de prophylaxie ». Mais le côté humanitaire ! Aurions-nous lieu d’en être satisfaits ?
Si la tuberculose a pu être appelée la lèpre moderne, nous croyons que pour lutter contre elle, nous avons mieux à faire que ce que l’on faisait au moyen âge, lorsque, pour enrayer le fléau, on arrachait le malheureux lépreux à ses parents, à sa famille, on le retranchait de la société eton l’envoyait dans des endroits, fuis de tous, et d’où il ne devait plus sortir vivant.
L'hôpital pour tuberculeux ne doit pas encourir l'objection qu'on a pu faire à ceux qui en ont été les promoteurs : Al ne doit pas être une léproserie, où quiconque entrera pourra méditer le fameux : « Lasciale ogni speranza vor ch'entrale ! »
Et d’ailleurs comment espérer que dans de pareilles conditions les malades voudront venir à l'hôpital? Connaissant le sort qui l'y attend, le malheureux phüsique
aimera mieux lutter jusqu'au bout, il épuisera chez lui ses
dernières ressources, continuera à semer la contagion partout autour de lui, jusqu'au jour où, terrassé par la maladie et la misère, il viendra découragé, conscient de sa fin prochaine, s'échouer enfin à l'hôpital qui, au lieu d’un être qui aurait pu et dû en sortir avec un bénéfice si petit qu'il soit, ne recevra qu'un moribond, bientôt nouvelle victime à ajouter à la liste déjà si longue du martyrologe |
« La vue constante de la mort effraye les malades et il n'est pas bon de rappeler aux gens que le grand effort tenté en leur faveur se réduit à empêcher qu'ils soient nuisibles (1). »
Jusqu'au jour où la déclaration de la tuberculose sera rendue obligatoire, jusqu'au jour où, par conséquent, des mesures cocrcitives, quelles qu'elles soient, pourront être prises contre les individus atteints, les forçant à s'isoler, en un mot, à ne pas contagionner leurs semblables, nous devrons tout faire pour que là où nous les engageons à aller, 1ls soient bien persuadés qu'il y a plus à faire pour eux, € qu'adoucir les angoisses de la fin », ou de leur procurer une mort moins pénible.
La terreur de l'hôpital a toujours été, et est encore, à l'heure actuelle, une chose contre laquelle on réagit bien difficilement.
Pour tous les malades, indistinctement, entrer à
l'hôpital c'est entrer dans l'inconnu et laisser derrière soi
(1) E. Bourerrre. Le devoir social dés collectivités envers les tuberculeux adultes et indigents. Thèse, Paris, 1901, p. 126.