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bien des illusions : on ne s'y résout qu à la dernière extrémuté.
Plus que tout autre, avec sa psychologie spéciale, avec son état d'âme particulier, que lui imprime d’ailleurs sa maladie, le tuberculeux est enclin à ne voir dans l'hôpital que la dernière étape qui le sépare de la mort. |
Mais, nous objectera-t-on, voyez ce qui se passe en Angleterre! Les hôpitaux anglais: Brompton hospital, Royal hospital, Manchester hospital, etc., ne renferment bien que des phtisiques! Oui, sans doute, cela se passe ainsi, en Angleterre, mais 1l ne faut pas oublier que chez nos voisins d'outre-Manche, les hôpitaux, propriétés privées, sont très souvent spécialisés et que, sachant qu'ils ne seraient pas admis ailleurs les malades ont depuis longtemps pris leur parti de l'hôpital € for Consumption ». Nous n'en sommes pas encore là en France, et nous doutons que l'idée de F'Hôpital-Asile pour phtisiques incurables entre de sitôt dans nos mœurs.
Ce qu'il nous paraît juste de dire, en résumé, c’est qu'une ville, mise dans la nécessité de créer, en dehors de ses hôpitaux existants, des services pour tuberculeux, aura le plus souvent avantage économique à bâtir son nouvel hôpital hors de son enceinte.
Mais nous n’entrevoyons pas qu'il doive être imposé d'en faire toujours ainsi et, chaque fois que l'emplacement le perméttra, nous accepterions volontiers de voir chaque hôpital posséder son service de phlisiques.
Dans l’un et l’autre cas nous croyons que lhôpital mixte, non exclusivement réservé aux tuberculeux, mais
cependant bien compris en vue de l'isolement et du traite-
P + ATÉ e
ment de ces derniers, pourra rendre Îles services qu'on est en droit d'attendre de lui comme moyen de combat anti-
tuberculeux.
Telles sont nos vues personnelles au point de vue de l'installation d'un service d'isolement.
De quelque manière qu'on l’eflectue, d'ailleurs, le régime auquel les malades devront y être soumis, le traitement hygiénique, l'organisation intérieure, toutes ces conditions essentielles restent les mêmes.
Nous en aurions fini avec ce chapitre si nous ne croyions pas devoir nous arrêter encore quelques instants à propos de ce régime et de ce traitement hygiéno-diététique, à l'organisation desquels on fait tant d'objections et que, pour notre part, nous croyons pouvoir être institués partout d'une façon aussi peu coûteuse que possible. Nous dirons, pour finir, quelques mots du personnel hospitalier que nous voudrions voir dans les services de tuber-
culeux.
Cure d'air et de repos. — Suralimentation.
Dans notre conception du rôle que doivent jouer, le plus rapidement possible, les hôpitaux dans la lutte antituberculeuse, nous avons eu toujours en vue, non seulement l'isolement pur et simple, mais encore le traitement,
nous basant sur ce fait que la tuberculose étant maladie
curable et curable à toutes les périodes, nous avions plus à faire pour le phüsique que de l'empêcher, en l'hospitalisant, de nuire à ses semblables et nous avons dit qu’à cette œuvre éminemment prophylactique et sociale, nous devions en Joindre une autre, celle-ci purement médicale : le tuberculeux sortant de l'hôpital doit, le plus souvent, avoir retiré un bénéfice de son séjour et du traitement hygiénodiététique auquel on l'y aura soumis.
Le trépied de ce traitement étant la cure d'air, le repos et la suralimentation, comment peut-on l'instituer d'une façon satisfaisante et peu coûteuse partout où lon désirera isoler les phtisiqueset en particulier dans l'hôpital urbain
C'est une question que nous avons très souvententendu poser par des gens qui, méconnaissant le rôle, les attributions et le but respectifs du sanatorium et de l'hôpital, voyaient là une des objections les plus sérieuses à l'hospitalisation des tuberculeux.
On a peine à se figurer qu'à peu de frais on puisse obtenir, dans un hôpital, des résultats, nous ne dirons pas supérieurs, ni égaux, mais même approchant deceux qu'on obtient d'un sanatorium dont l'organisation nécessite de si grosses sommes |
MM. H. Maillard et H. Revilhod ont publié dans la Presse médicale du 3 juin 1899 un article intéressant dans lequel ils nous montrent ce qu'ils ont pu réaliser, à peu de frais, à l'hôpital cantonal de Genève.
Cet hôpital, « longue construction en maçonnerie, haute de trois étages et longue de 160 mètres », possède
un jardin dans lequel M. le P:' Julliard, chirurgien en
chef de l'hôpital, a fait installer plusieurs pavillons en bois à plancher élevé au-dessus du sol, sans parois, dans lesquels les malades de chirurgie vivent, jour et nuit, de mai à octobre, garantis des intempéries par de vastes rideaux en toile qui font le tour de chaque pavillon.
Ces pavillons restant inoccupés l'hiver ont été mis par M. Julliard à la disposition de MM. Maillart et Revilhod qui y ont installé, pour la cure d'air, pendant lhiver 1898-99, des tuberculeux à tous les degrés, exception faite toutefois pour ceux qui avaient de la fièvre ou des hémoptysies.
L'installation, très simple, se composait de chaises longues pourvues de couvertures. Les jours de vent les rideaux de toile étaient rabattus sur les côtés des pavillons.
La cure d'air s'est faite ainsi du 23 décembre au 18 avril, chaque jour de dix heures du matin à mudi et de 1 heure à 8 heures.
Les résultats se sont manifestés chez les malades par la cessation de l'oppression, diminution de la toux et de l'expectoration, amélioration notable des signes physiques pulmonaires, augmentation du poids, ainsi que de l'appétit dans la majorité des cas. |
Cet exemple nous montre bien que la cure d'air dans les hôpilaux’n’est pas chose si impraticable qu’on pourrait croire. |
Nous avons déjà cité en passant les tentatives de MM. Oulmont, Morzart, etc., faites en plein Paris.
A Boucicaut, le P' Letulle fait faire la cure à ses
r' FA
malades. Il nous dit lui-même (1) qu'un € simple matériel est strictement nécessaire pour entreprendre cette cure d'air à l'hôpital :
1° Des salles, plutôt petites, non encombrées, largement aérées, au rez-de chaussée, de préférerice ;
2° Une grande cour et, mieux, un jardin planté d’arbres :
3° Dans cette cour un refuge (véranda, tente-abri ou kiosque) bien orienté, avec une toiture épaisse et large, mettant à l'abri du soleil et de la pluie, et pouvant recevoir 10 à 19 chaises longues protégées contre les coups de vent ;
4° Des chaises longues munies de leurs coussins (en balle d'avoine), peu coûteux, faciles à remplacer ;
9° Une petite table basse ou un escabeau quicomplète le mobilier individuel:
6° Un crachoir individuel et quelques grands crachoirs de cour ;
7° Quelques fauteuils-paniers, dits € bains de mer », pour permettre aux malades de se reposer en se promenant et de rechercher l'ombre propice, favorable aux causeries.
Ajoutons à cela quelques boules d’eau chaude et des couvertures en nombre suflisant, et voilà tout ce qu'il faut pour faire la cure d'air et de repos.
On aurait mauvaise grâce, en somme, avouons-le, à
QG) M. Leruzzes. Phtisiothérapie : cure d’air à l'hôpital. Presse médicale, 7 juin 5890.