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IMPORTANCE DE L'HOPITAL DANS L'ARMEMENT ANTITUBERCULEUX

Nous examinerons dans un instant ce que devrait être, à notre avis, le service d'isolement des tuberculeux dans un hôpital, et, pour cela, nous supposerons, ce que nous espérons voir bientôt, l'organisation antituberculeuse déjà réalisée.

Il est de toute évidence, en effet, que rien ou presque rien n'élant encore effectué à l'heure actuelle, l'importance que nous donnons à l'hôpital dans l'armement antituberculeux n'est pas contestable pour le moment.

En envisageant la question comme nous venons de le faire, nous voulons laisser voir, dès ce début, que nous avons principalement pour objet de déterminer les modifications de détail que devraient subir les hopilaux exislants en vue de l'hospitalisation des phtisiques.

Nous dirons, en effet, qu'il suflirait bien souvent d'aménager des installations déjà existantes pour accomplir un sensible progrès sur l’état de choses actuel et nous nous réservons de discuter l'opportunité de lHôpital- Asile de phtüsiques, lorsque, nous trouvant en présence d'hôpitaux insuffisants pour la population qu'ils ont à desservir, le problème se posera d'agrandir où de créer.

Mais avant d'exposer quelles conditions doit remplir

ce service d'isolement des tuberculeux à l'hôpital, il con-

D ae vient de bien spécifier d'abord quel rôle, parmi les instruments d'assistance, nous réservons, en somme, à l'hôpital

dans la lutte antituberculeuse.

Le sanatorium, avons-nous dit, ne doit recevoir que les malades, sinon toujours les moins atteints, du moins les plus curables, ceux pour lesquels le sacrifice consenti doit rendre, a priori, un bénéfice presque certain : c'est donc le plus petit nombre.

Au dispensaire est dévolue, ainsi que nous l'avons exposé, l’action extérieure. Son rayon spécial comporte la prophylaxie, la propagande, léducation hygiénique. Mais aussi son créateur, le P' Calmette, a bien fait ressortir que, possédant comme première attribution d'aller audevant du malade, de dépister la tuberculose « le dispensaire de prophylaxie antituberculeuse, tel que nous en concevons le fonctionnement... doit servir de grille pour ne laisser aller au sanatorium que des tuberculeux presque sûrement curables. Il doit aussi, lorsque le tuberculeux quitte le sanatorium, le prendre en charge, l’assister si besoin est, et continuer sa surveillance hygiénique. Il doit enfin étendre son assistance et sa surveillance à tous les tuberculeux non sanatoriables, qui sont légion (1) ».

Nous ajouterons, de notre côté, que nous comptons également sur lui pour diriger le tuberculeux sur l'hôpi-

tal, chaque fois que cela devient utile. Car il est facile de

(1) Carmerre. Le dispensaire Émile Roux à Lille, in La lutte antituberculeuse, 28 février 1909, p. 17.

ENRDTES se rendre compte que si le dispensaire s'adresse à des malades de toutes les catégories et de tous les degrés, s’il leur prodigue, au nom de la prophylaxie, des conseils dont ils doivent les premiers bénéficier, sa prétention, toutefois, ne vise nullement à la thérapeutique.

Celle-ci devient-elle nécessaire, le malade est dirigé, suivant son état et ses dispositions personnelles, vers Le sana-

torium, vers le bureau de bienfaisance ou vers l'hôpital.

La clientèle du sanatorium et l’œuvre du dispensaire étant ainsi déterminées, quels sont donc les tuberculeux désignés pour l'hôpital ?

D'abord, d’après ce que nous venons de dire, tous ceux qui réclament un traitement suivi et que le santorium ne peut ou ne doit pas recevoir.

Puis tous ceux dont le logement par trop insalubre ou par trop encombré exclut toute idée d’une prophylaxie possible à domicile.

Et enfin tous ceux, sans distinction, qui voudront bien entrer d'eux-mêmes à l'hôpital, ou qu'on pourra décider à y entrer.

Parmi les malades de la première catégorie, on peut rencontrer des tuberculeux à tous les degrés. Que signifie, en effet, cette nécessité d'un traitement suivi, dont nous avons parlé }

Elle se conçoit, sans conteste, lorsqu'il s’agit de tuber-

M pe culeux dans le cours d’une poussée aiguë, avec fièvre, nécessitant une médication.

Elle se conçoit également pour le phtisique avéré qui, toussant et crachant nuit et jour, sollicite à grands cris le seul soulagement que lui réserve la médecine : l’opium et quelques adjuvants. Mais combien sont nombreux encore ceux à’ qui le traitement est nécessaire |

Car, enfin, serait-ce une naïveté de prétendre qu'en principe tout tuberculeux a besoin de soins, de certains soins, et, surtout, le plus tôt possible ?

Or, étant admis que, à part les cas aigus ou les désespérés dont nous venons de parler, les seuls soins efficaces consistent à procurer aux tuberculeux de l'air pur, le repos physique et moral et une alimentation substantielle, où rencontreront-ils cette trilogie complète ? Au sanatorium assurément, mais combien y seraient accueillis ? Quelques-uns seulement.

À tous les autres ;: au débutant averti par une hémoptysie subite et qui s'inquiète: à l'ouvrier qui s'aperçoit qu'il s'affublit, que son appétit et ses forces diminuent et qui sent la nécessité du repos ; à tous ceux-là enfin à qui le régime hygiéno-diététique peut procurer la guérison, ou tout au moins une amélioration notable, l'hôpital doit ouvrir immédiatement et largement ses portes.

IL faut donc qu'il possède les moyens de mettre ce

régime en pratique dans la mesure du possible.

La deuxième catégorie de malades que nous enverrons

à l'hôpital se compose de tous ceux dont le logement est d'une insalubrité irrémédiable, où trop encombré.

N'oublions pas que cette insalubrité du logement est un des grands facteurs de la tuberculose. & La maison insalubre est le foyer où se cultive et d'où rayonne la tuberculose (1). »

Au dispensaire incombe la tâche de faire la guerre au taudis. Mais 1l est des cas où, vraiment, la lutte devient impossible.

A Lille, au dispensaire Émile Roux, le P' Calmette, quand la désinfection du logement n’est pas jugée chose suffisante, fait chaque fois qu'il le peut, déménager ses assistés et dans ces cas € d'extrême insalubrité » le dispensaire leur procure un autre logement, dont il paye le loyer pendant les premiers mois. Mais il est bien certain que là où le budget d’un dispensaire sera plutôt restreint et où l’on sera forcé, par conséquent, de limiter les dépenses, 1l arrivera des cas où il n'y aura pas d'autre conduite logique à prendre que d'inviter, avec toute la persuasion la plus patiente, le contagieux à évacuer le milieu où 1l se

trouve et à entrer à l'hôpital.

Enfin l'hôpital sera appelé à recevoir {ous ceux qui voudront bien y entrer.

Dans la prophylaxie de n'importe quelle maladie contagieuse il y a un principe dominant : c'est l'isolement.

Or «l'hôpital, en abritant le plus grand nombre possible

(1) P. Brouarpæz. La lutte contre la tuberculose, p. 3.

Tr

de tuberculeux dans ses services d'isolement, est d’une utilité incontestable pour ceux-ci et, au point de vue de la prophylaxie, supprime autant de foyers de tuberculose qu'il y a de tuberculeux hospitalisés. Il n'aura done jamais trop de lits à offrir, il ne devrait jamais être encombré » (D° Frottier). Il doit être pourvu du nombre de hits nécessaires pour hospitaliser tout tuberculeux qui s'y présente. Il serait pénible d’avouer qu à l'heure actuelle où, par tous les moyens, on s’efforce de lutter contre la tuberculose, 1l serait pénible d'avouer, disons-nous, qu'un phtisique s’offrant de lui-même à être soigné, et par con-

séquent isolé, a pu se voir refuser l'entrée d'un hôpital.

De ces quelques considérations nous devons conclure qu'en réalité les tubereuleux désignés pour l'hôpital représentent le plus grand nombre.

Mais, ne manquera-t-on certainement pas de nous objecter, si l'hôpital accapare ainsi tant de tuberculeux, que restera-t1l pour le dispensaire et que devient alors son uthté ?

Ce serait une erreur de croire pourtant qu'il suffirait à l'hôpital d'offrir aux tuberculeux la place et les installalions nécessaires pour les voir tous affluer sous son toit. QI y aura toujours, quoi qu'on fasse, un certain nombre de malades, même indigents, qui reluseront de venir à l'hôpital. Pourquoi? Peur de l'hôpital, désir de travailler jusqu'au dernier moment, de ne pas quitter leur famille ?

Peu importe, le fait est avéré (D' Frottier). » Même

lorsque l'hôpital sera en état de recevoir tous les tuberculeux qui voudront bien y entrer, le dispensaire aura encore fort à faire et conservera précisément la tâche la plus délicate en s'occupant de ceux qui refuseront d'y venir.

C'est ce que constatait M. le D° Frottier lorsqu'il écrivait: Q Il faut bien reconnaître qu'en n'’offrant autrefois aux malades que ces deux modes d'assistance : l'hôpital ou le sanatorium, nous laissions de côté, c’est-à-dire non seulement sans secours, mais aussi sans conseils et sans direction, l'immense quantité de ceux qui, préférant rester chez eux, se nuisent à eux-mêmes, contaminent leur entourage et perpétuent les foyers tuberculeux.

« Or, ceux-là, les dangereux, comment les atteindre ? Si nous pouvons, avec de la patience, des encouragements et surtout par les preuves quotidiennes de l’intérêt réel que nous leur portons, gagner la confiance des malades qui viennent à nous, les éduquer, en faire même des propagateurs des doctrines hygiéniques, comment converür ceux qui, obstinément, refusent de nous entendre ?

« Les brochures, les conférences, les afliches, les efforts d'éducation sous toutes les formes sont des moyens excellents qu'il importe de ne pas négliger, parce qu'ils porteront leurs fruits plus tard, mais dont l'effet moral ne parvient pas jusqu'au malade enfermé dans le logis familial, en dépit de la misère qu'il y aggrave, du manque de tout, de soins comme de la nourriture suflisante.

« Logiquement, il ny avait qu'une solution possible : aller à eux, les soigner chez eux.

« Telle fut l'idée émise par le P' Calmette à la commission extra-parlementaire de la tuberculose, et qu'il eut

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