CONDITIONS QUE DOIT REMPLIR UN SERVICE D'ISOLEMENT POUR TUBERCULEUX
Nous allons voir maintenant quelles sont les conditions que doit remplir le service hospitalier de tuberculeux, pour répondre à ces desiderala.
En ce qui concerne les hôpitaux de Paris, ces conditons sont longuement élablies dans le rapport que MM. Grancher et Thoinot présentèrent, le 25 Juillet 1896, au nom de la Commission spéciale, instituée par l'administration générale de l’Assistance publique à Paris Qà l'effet d'étudier et de déterminer les mesures propres à empêcher la contagion de la tuberculose dans les hôpilaux ».
On y trouve minutieusement tracées les règles qui doivent présider à la construction et à l'organisation de ces services d'isolement:
1° Aménagement de quartiers destinés à l'isolement des tuberculeux dans les hôpitaux :
2° Règles de l'antisepsie médicale à appliquer dans les quartiers de tuberculeux, et, d'une façon plus générale, dans tous les hôpitaux parisiens : substitution du
lavage des parquets (des salles, couloirs, etc.) à la pra-
tique du balayage à sec et du cirage.
hd
Recueil et désinfection des crachats de tous les ma-
lades.
\ Désinfection de tous les objets à l'usage des malades.
Réforme du mobilier des salles.
3° Améliorations à apporter dans le personnel hospitalier.
En 1898, M. le P: Grancher exposait à nouveau ces conditions dans son rapport à l’Académie de médecine.
Enfin en 1900, le P:° Letulle présentait, à la commission extra-parlementaire de la tuberculose, le programme des réformes à apporter dans l'organisation d’un service de tuberculeux à l'hôpital.
Nous aurons l'occasion dans le courant de ce chapitre de revenir fréquemment sur ces admirables rapports.
Nous ne saurions être plus complet que nos maitres,
et rien ne nous paraît négligeable dans les mesures qu'ils préconisent.
Mais nous voudrions, ainsi que nous l'avons indiqué au précédent chapitre, rendre aussi simple que possible la transformation des hôpitaux déjà existants et faire que partout où cela se peut, les tuberculeux soient isolés et trailés.
Or, rien de plus simple que de réaliser l'isolement, et véritablement nous éprouverions quelque embarras à insister sur ce point si... tous les hôpitaux l'avaient déjà compris.
Mais il n'en est malheureusement pas ainsi, et, à
Lt
l'heure actuelle, dans la plupart des hôpitaux français, les tuberculeux sont encore mélangés aux autres malades, dans les salles communes. Et, pour ne citer qu'un exemple à Paris, en dépit des résolutions prises par les commissions, en dépit des vœux émis de toutes parts par les congrès contre la tuberculose, en dépit des rapports dont nous venons de parler, il n’y a, nous le verrons d'ailleurs plus loin, que deux hôpitaux : Boucicaut et Lariboisière, où on ait tenté de pratiquer l'isolement des tuberculeux, de joindre les actes aux paroles.
Partout ailleurs l'hospitalisation du phtisique n'a guère changé de ce qu'elle était encore, 1l y a dix ans.
& On peut aflirmer, écrivait récemment M. Letulle, que plus de 50 pour 100 des lits consacrés dans nos hôpitaux aux maladies aiguës sont occupés par des tuberculeux (1). »
En province, nous le verrons également, les progrès ne sont guère plus sensibles.
La grande résolution à prendre avant tout consiste donc uniquement à meltre ensemble les tuberculeux qui se présentent, dans une ou plusieurs salles.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit du triste sort qui attend le phtisique obligé d'entrer à l'hôpital. Par devoir social et humanitaire nous devons faire cesser l’état de choses actuel.
(x) M. Lervure. Presse médicale, 14 mars 1003.
ART Le
Chose facile d'ailleurs, puisqu'il n'y a qu'à diriger sur une salle spéciale les tuberculeux qui se présenteront, au lieu de les envoyer indifféremment dans n'imporle quelle salle, au milieu des malades aigus.
Nous admettons même que dans les cas où on ne pourra faire autrement, cette salle d'isolement puisse être organisée dans un bâtiment dont l'autre, ou les autres étages seront occupés par des services de médecine générale. Mais à une condition, c'est que la surveillance y soit exercée rigoureusement, que le mélange des malades ne puisse jamais se faire, et que les voies d'accès de cette salle d'isolement soient absolument indépendantes de celles des autres salles.
Nous sommes persuadés que cette mesure, si simple qu'elle paraisse, ne pourrait donner que de bons résultats. « Dans une salle réservée aux tuberculeux, surtout avec des chambres contenant peu de lits, on pourra combattre utilement la phüsie, surtout au début, et, comme dans les sanatoria, guérir beaucoup de malades(r). »
Il est bien entendu que dans cette salle seront observées toutes les règles d'hygiène et de prophylaxie, applicables à tout isolement de tuberculeux : antisepsie médicale parfaite, lavage des parquets, recueil et désinfection des crachats, ameublement aussi simple que possible, facile à désinfecter.
Mais, 1l ne suflit pas d'isoler, 1l faut aussi traiter.
« L'isolement sans cure est une manifestation déplo-
rable, condamnée d'avance : elle représente pour le public
(1) M. Leruce. Presse médicale, 14 mars 1903.
SRE
une mesure policière dont la cruauté éclate aux yeux des moins clairvoyants. Certes il faut isoler les tuberculeux dans les hôpitaux, comme il faut y isoler toutes les maladies contagieuses ; mais c’est au prix de la certitude pour les malades de trouver dans cet isolement tous les éléments de la cure hygiénique parfaite et consciencieusement appliquée (1). »
Et on est en droit de nous demander comment nous espérons donner au tuberculeux ainsi isolé le traitement qui lui convient ?
Nous verrons plus loin qu'il est facile, dans quelque hôpital que ce soit, de réaliser ce traitement, dans la mesure du possible, bien entendu, et avec les prétentions modestes que nous avons signalées plus haut.
Au congrès de Berlin, en 1899, le D' Von Leube (de (Wurtzbourg) estimait € qu'il est préférable de placer les tuberculeux qui sont soignés dans les hôpitaux généraux, dans des salles spéciales. Pour ces salles, dites de phlisiques, on choisira dans chaque hôpital les salles les mieux aérées et les mieux éclairées et on y annexera des vérandas, construites spécialement. On pourra également utiliser les jardins des hôpitaux en y construisant des baraques avec des salles de repos afin que les tuberculeux puissent profiter des avantages qu'offre la cure d'air ».
Nous sommes de cet avis et nous croyons qu'on pourra toujours, dans une salle réservée exclusivement à
des phtsiques, pratiquer largement l’aération au moyen
(1) M. Leruise. Presse médicale, 14 mars 1908.
ee des fenêtres ouvertes ou à vasistas, et bien souvent il ne sera pas impossible, surtout lorsque cette salle occupera un rez-de-chaussée, d'établir une simple véranda, fermée aux deux bouts et où les malades pourront venir se reposer à l'air libre sur des chaises longues.
Nous n'en voulons pour preuve que les heureuses et intéressantee tentatives, que firent, il y a bientôt 20 ans dans les hôpitaux de Paris, MM. Oulmont, Tapret, Mathieu, Moizard.
Quant à la suralimentation nécessaire dans pareil service d'isolement, nous verrons aussi qu'elle ‘peut se faire d'une facon satisfaisante.
Telle est, dans son extrême simplicité, la réforme qu'un grand nombre d'hôpitaux de province pourraient décider, sans beaucoup de frais, du jour au lendemain, par une
simple délibération des commissions administratives.
Mais nous avons dit aussi que tout devra être mis en œuvre pour décider les tuberculeux à venir à l'hôpital, et nous en avons conclu qu'il doit être suffisamment vaste pour n'en refuser aucun.
Or, tous les hôpitaux existants présentent-ils cette condition nécessaire? Non, malheureusement et beaucoup d'entre eux, regorgeant de malades, sont obligés de refuser ceux qui s'y présentent.
Pour que notre hôpital remplisse bien son but, 1l faut que « l'établissement soit assez largement doté pour que
tous les tuberculeux puissent y être reçus et traités
A7" 16. VO NUEREeT TE
aussi longtemps qu'il le faudra, quels que soient leur département ou leur ville d'origine, par cela seuls qu'ils seront tombés malades ou auront été reconnus tuberculeux dans la circonscription de cet hôpital. Ceci est capital (1) ».
« Quiconque, ditle P°L. Spillmann (de Nancy), a assisté aux consultations gratuites de l'hôpital a pu se rendre compte de la difficulté de la tâche : la consultation est envahie par de pauvres malheureux qui aspirent après leur lit d'hôpital comme après une suprême et ultime faveur ; ce serait cruel et inhumain de la leur refuser (2).»
€ On sait, dit M. Letulle, avec quelle difficulté les tuberculeux encore peu atteints se décident à cesser tout travail et à se soigner d'une façon prolongée ; on n'ignore pas non plus combien, quand la misère les force enfin à venir à l'hôpital, ils ont de la peine à y trouver un Hit: 1l leur faut souvent attendre des semaines et des mois (3). »
C'est à celte insuffisance notoire, R où elleexiste, qu'il faut, de toute nécessité, remédier. «Nous devons faire tous nos eflorts pour que le tuberculeux vienne à nous le plus tôt possible.
«€ Pour obtenir cette entrée précoce à l'hôpital, pour que puisse être institué rapidement le traitement qui n'est eflicace que s'il ne se fait pas attendre, il faut que le tuber-
culeux at la conviction que dans un heu spécial aménagé
(1) Grasser. Rapport présenté au Congrès de Toulouse, mai 190, P: 19.
(2) L. Sprremann. De l'isolement des tuberculeux dans les hôpitaux. Revue méd. de l'Est, 1902.
(8) M. Lerucre. Presse médicale, 1903.
OL
pour le traitement de la maladie quile menace on atout fait pour lui. Il faut qu'il ait au moment voulu, c’est-àdire dès le début de la maladie, la persuasion que s'il se soigne, 1l peut guérir : qu'admis dans l'hôpital spécial 1l ait la sensation que rien n'a été négligé pour obtenir le succès ; 1l faut que chaque jour, le médecin, les élèves, le personnel secondaire soutiennent son état moral. La cure a pour base la suralimentation, le repos du corps et de l'esprit ; comment espérer que l'appétit restera suflisant, l'esprit assez calme, si on laisse ce malade s’abandonner au découragement (1) ? »
Deux solutions s'offrent à nous pour remédier à cette
insuflisance de certains hôpitaux : agrandir ou créer.
1° AcraxpiR. — Dans nombre de grandes villes où la densité de la population augmente de jour en jour, il est incontestable que les hôpitaux construits bien souvent depuis de longues années, à des époques où cette population était beaucoup moindre et la morbidité conséquemment plus faible, il est incontestable, disons-nous, que ces hôpitaux sont, à l'heure actuelle, insuffisants pour recueillir tous les malades qui se présentent à leur porte.
Parmi ces hôpitaux eux-mêmes il en est, surtout en province qui, ayant été construits sur de vastes emplacements, trop vastes même, à l’origine, étant donnés les
besoins du moment, ont aujourd’hui dans leurs dépen-
(1) P. Brouarper. La lutte contre la tuberculose, 1901, p. 190.