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LA MINORITE CATHOLIQUE A LASSEMBLEE LEGISLATIVE DE

L'iniquité a été consommée, nos écoles séparées sont en réalité détruites, tout en conservant leur nom, et nous sommes à la merci de nos hommes politiques.

Que nous reste-t-il à faire ? Nous soumettre ? Abandonner lâchement nos droits les plus sacrés ? Fouler aux pieds un principe fondamental de notre Foi, de nos convictions religieuses ? Non, mille fois non: nous ne le ferons point, nous ne le ferons jamais. Nous protesterons sans relâche, nous combattrons partout et toujours, sans crainte et sans défaillance, pour la cause de l'éducation chrétienne et catholique, contre l'éducation empoisonnée qu'aujourd'hui les sociétés secrètes, la franc-maçonnerie surtout, et le dieu-Etat veulent imposer envers et contre tous.

Au mois d'août 1894, nous nous rendîmes donc à Regina où siégeait l'Assemblée Législative, afin d'obtenir des amendements nécessaires à l'ordonnance scolaire de 1892, aussi bien qu'aux règlements du Conseil de l'Instruction Publique.

Je me mis de suite en communication avec notre ami dévoué, Monsieur A. E. Forget, défenseur sincère, résolu et éclairé de nos droits, mon collègue à l'ancien Conseil d'Education et aujourd'hui encore l'un des deux catholiques adjoints au Conseil de l'Instruction Publique où il n'a plus voix délibérative.

Après avoir déterminé ensemble les principales lignes de notre plan de campagne, nous priâmes nos deux membres catholiques à l'Assemblée Législative, de nous prêter leur concours et de nous appuyer dans toute la mesure de leur pouvoir, à la Chambre Locale. Messieurs Prince et Boucher eurent la bonté de se mettre entièrement à notre disposition. Qu'ils reçoivent ici l'expression de notre sincère reconnaissance.

Le 30 du mois d'août, Monsieur A Prince donnait avis à la Législature de la résolution suivante :

Considérant qu'à la requête de Son Excellence le Gouverneur Général en Conseil Son Honneur le Lieutenant Gouverneur a placé devant cette Assemblée, copies des pétitions diverses, mémoires et autres documents par lesquels il appert qu'il existe parmi les Catholiques Romains des Territoires, partagé par leurs coreligion-

naires des autres parties de la Puissance, un sentiment sérieux de malaise et de mécontentement au sujet de certaines dispositions de l'Ordonnance Scolaire et des Règlements actuellement en force dans ces Territoires ;

Considérant que dans l'opinion de Son Excellence le Gouverneur Général en Conseil, ces pétitions et documents se rapportent à des sujets qui concernent grandement les intérêt^ de la Puissance tout entière, et qu'il est de la plus haute importance pour les peuples du Canada, que les lois en vigueur dans n'importe quelle partie de la Puissance, ne donnent lieu à aucune classe ou partie de la population, de se plaindre d'oppression ou d'injustice; mais soient plutôt reconnues comme établissant une parfaite liberté et égalité, surtout en matière de croyance et de pratique religieuses ;

Considérant que Son Excellence le Gouverneur Général en Conseil, convaincu de la gravité de la situation, et désireux de promouvoir des sentiments meilleurs, a jugé de son devoir d'exprimer l'espoir où il est, que cette Assemblée prendrait aussi vite que possible en sérieuse considération, les diverses plaintes qui ont été faites; passerait et adopterait de promptes mesures pour porter remède à tout ce qui a donné lieu aux justes griefs qui peuvent exister ;

Considérant que Son Honneur le Lieutenant Gouverneur touchant le même sujet dans le discours qu'il a fait à l'ouverture de cette session, après une heureuse allusion à Sa Grandeur, feu Mgr Taché, dont le nom donne un si grand poids aux plaintes exprimées dans les documents ci-dessus mentionnés ; n'a fait que traduire les sentiments individuels des membres de cette assemblée, quand il a affirmé sa confiance que les opinions du défunt Archevêque seraient reçues avec la modération, le respect et la généreuse sympathie auxquels les œuvres de sa vie lui donnent un si juste titre :

Il est résolu :

Que les dites pétitions, mémoires et autres documents actuellement devant cette Assemblée, ayant trait aux plaintes des Catholiques à l'égard de certaines clauses de l'ordonnance scolaire et des règlements à présent er force dans les Territoires, soient référés au Comité des Ecoles avec injonction au dit Comité de s'enquérir et de faire Uii rapport de tout ; et que pour cette enquête toute facilité suit accordée aux représentants des Catholiques devenir soutenir et défcfodre leurs droits devant le dit Comité.

Cette résolution proposée par Monsieur A Prince et secondée par Monsieur Boucher lut votée à la Chambre quelques jours plus tard et Monsieur A. E, Fofrgei et moi nous fûmes requis de faire valoir les plaintes et les droit! de la minorité catholique.

Représentants des Catholiques devant le Comité.

Au commencement de septembre 1894, le Comité des écoles, nommé parla Législature, se réunit donc à Regina, dans une des salles du Lansdowne à dix heures et demie du matin. Monsieur Tweed, président du Comité et député de l'Assiniboia Ouest, nous invita de suite à exposer nos griefs.

Nous remîmes alors entre ses mains le document suivant dont il donna lecture:

Regina, 31 août 1894.

Au Comité des Ecoles, de l'Assemblée Législative des Territoires du Nord-Ouest.

Les soussignés, agissant au nom et en faveur des Catholiques des Territoires du Nord-Ouest, demandent qu'il leur soit permis de soumettre à ce Comité des écoles, le mémoire suivant, comme résumé de leurs plaintes au sujet de certaines clauses de l'Ordonnance scolaire et des Règlements actuellement en force dans les Territoires.

Ils représentent :

1. Que toute disposition de l'Ordonnance scolaire à présent en vigueur, privant soit directement soit indirectement les Catholiques de l'administration de leurs écoles, est éminemment regardée par eux comme un empiétement sur leurs droits tels que garantis par la clause 14 de l'acte des Territoires du Nord-Ouest.

2. Que du nombre de ces droits, dont ils affirment être dépouillés sont les suivants :

(a) Avoir sous leur contrôle l'administration générale et la discipline de leurs écoles.

(6) Pourvoir aux examens, classifications et licences d'enseignement et certificats de leurs instituteurs, et de les annuler pour causes suffisantes.

(c) Choisir, adopter et prescrire tous les livres en usage dans leur écoles.

(d) Pourvoir à l'inspection de ces écoles par des personnes qualifiées et de leur foi.

(e) Etablir des écoles de leur dénomination religieuse indépendamment des limites des districts scolaires publics déjà établis.

(f) Se servir de la langue française pour l'enseignement, dans celles de leurs écoles où le français est la langue des enfants qui les fréquentent.

3. Que les droits ci- dessus énumérés étaient, avant la promulgation de l'Ordonnance de 1892, du domaine de la section de l'ancien Bureau d'Education, exclusivement composé de catholiques.

4. Que ces droits sont maintenant entièrement dévolus au Conseil de l'Instruction publique, composé des membres de l'Exécutif auxquels sont adjoints deux protestants et deux Catholiques qui n'ont pas droit de vote.

5. Que l'Exécutif actuel est entièrement formé de Protestants, avec bien peu d'espoir de voir cette constitution changée, aussi longtemps que la proportion des Catholiques restera ce qu'elle est aujourd'hui.

6. Que tout en affirmant que les Catholiques, et avec eux un grand nombre de Protestants, auraient préféré voir continuer l'ancien système d'un Bureau spécialement nommé pour l'administration des affaires scolaires, comme un gage de plus grande stabilité, ils n'ont pourtant pas, en leur qualité de Catholiques, d'objection à un Conseil de l'Instruction Publique directement responsable au peuple; et ils ne feraient pas d'opposition si leurs représentants dans ce conseil, avaient les mêmes pouvoirs que ceux dont jouissaient les Catholiques et qu'ils exerçaient par le moyen de la Section Catholique de l'Ancien Bureau.

7. Que les règlements, prescrivant une formation normale considérée par les soussignés comme un acheminement vers un but excellent, équivaudraient, s'ils étaient mis en force, à exclure en pratique, de l'enseignement, les Kévérendes Sœurs qui ne sont pas en possession de certificats professionnels; parce que les Règles et Constitutions qui les gouvernent les mettent dans l'impossibilité d'assister aux cours d'école normale, tels que voulus par les dits Règlements.

8. Les soussignés représentent donc respectueusement que, si de longues années employées à l'enseignement dans des pays bien plus avancés que ces Territoires, ne donnent pas aux Religieuses un juste titre à une formation normale équivalente à celle qu'elles pourraient recevoir ici dans l'espace de quelques mois, elles aient le privilège d'avoir une session normale dans une de leurs écoles, à Calgary par exemple, lorsqu'elles seront en nombre suffisant pour justifier les dépenses nécessaires; et à ce sujet, les soussignés demandent la permission d'attirer l'attention sur une récente résolution de l'Assemblée agréant que des cours d'école normale soient tenus .i différentes places déterminées, pourvu qu'il y ait au moins sis candidats.

Pour faciliter L'extension de ce privilège, les soussignés sont autorisés à «lire que les Révérendes Sœlirs procureront les appartements nécessaires et qu'elles recevronl volontiers Les dames tant protestantes que catholiques qui voudraient profiter de cette faveur-

9. Ils demandent encore respectueusement, mais aussi avec instance, que les Règlements qui prescrivent l'usage des livres de lecture de l'Ontario et de l'histoire d'Angleterre et du Canada par Buckley et Robertson, soient abrogés et qu'aucun autre changement ne soit fait dans les livres de classe à l'usage des écoles catholiques, sans le consentement et l'approbation de leurs représentants au Conseil de l'Instruction Publique.

10. S'il n'était pas jugé à propos de rendre aux Catholiques le privilège dont ils ont joui jusqu'ici d'avoir pour leurs écoles des inspecteurs de leur croyance religieuse, les soussignés demanderaient instamment que, des deux inspections annuelles exigées par les règlemenis, au moins une fût faite par un inspecteur catholique.

(Signé)

H. Leduc, 0. M. /., vie. gén. de St Albert.

A. E. Forget, membre catholique du conseil de l'Instruction Publique.

Après lecture du document ci-dessus, sur l'invitation du Président, je pris la parole et m'exprimai en ces termes :

Monsieur le Président, Messieurs du Comité,

Je vous remercie sincèrement de vouloir bien aujourd'hui noug donner, à Monsieur Forget et à moi, toute facilité, toute liberté de vous exposer les plaintes des Catholiques du Nord-Ouest, et les griefs dont ils souffrent à raison de l'Ordonnance scolaire et des Règlements du Conseil de l'Instruction Publique qui nous régissent.

Je ne me présente point devant vous dans un esprit d'antagonisme et d'hostilité. Au nom des Evêques et du clergé, au nom des fidèles Catholiques de ces Territoires, je viens à vous, et par vous à l'Assemblée Législative, dans un esprit de conciliation, après avoir sérieusement étudié l'ordonnance scolaire de 1892 et toutes les clauses dont elle se compose.

Cette Ordonnance est une épée à deux tranchants. Elle a été composée avec une habileté telle, qu'elle permet le bien comme le mal et autorise l'existence ou la destruction complète de nos écoles.

Je ne viens pourtant pas vous demander de rappeler cette Ordonnance, parce que vous ne le voudriez pas, vous ne le feriez pas aujourd'hui.

Ce que je demande pour le moment, ce sont des amendements peu nombreux, il est vrai, mais pour nous d'une extrême importance, d'une absolue nécessité.

Si l'Ordonnance était appliquée avec un grand esprit de justice et de libéralité, avec une volonté bien déterminée de protéger la marche et le maintien des écoles séparées de la minorité catholique, aussi efficacement que la marche et le maintien des écoles publiques de la majorité protestante, nous pourrions n'avoir pas autant d'injustices à déplorer. Malheureusement il n'en est pas ainsi.

Croyez bien, Monsieur le Président et Messieurs du Comité, que nous, Catholiques, nous avons autant à cœur que n'importe qui, d'étendre partout autour de nous, le bienfait de l'éducation, dans ce pays de notre naissance ou de notre adoption, dans ce Canada que nous aimons, que nous voulons voir grandir et prospérer.

Soyez bien persuadés que nous désirons plus que personne, de voir nos écoles se fonder, se fortifier, se multiplier et atteindre le plus haut degré possible d'efficacité sous tous les rapports.

C'est pour atteindre ce but, que partout où nous établissons des des missions, à côté de l'église et de la résidence du missionnaire, s'élève la maison destinée à l'instruction de l'enfance.

Bien avant la Confédération Canadienne, dès les premières fondations faites par nous, Oblats de Marie Immaculée, dans ces immenses Territoires, à l'Ile jà la Crosse, au Lac Ste Anne, à St Albert, au Lac Labiche, etc., nous avons ouvert des écoles, nous avons tenté l'impossible, nous nous sommes privés du nécessaire poulies soutenir et en faciliter la fréquentation aux enfants dont les parents étaient tout au moins indifférents, sinon opposés, à ces institutions dont ils ne comprenaient point du tout et dont bon nombre encore ne comprennent point l'importance.

Prêtres et religieux, nous sommes, il est vrai, du moins dans l'exercice du saint ministère, missionnaires avant tout. Néanmoins dans bien des circonstances nous nous sommes faits simples maîtres d'école auprès des Métis et des Sauvages.

Aujourd'hui, les temps sont changés ; le pays est ouvert à la civilisation. Nous voulons des institutions d'éducation solides, stables et permanentes. L'expérience a prouvé depuis des siècles et nous prouve encore tous les jours que pour arriver à ce résultat désirable, il nous faut faire appel aux communautés religieuses et' aux ordres religieux voués à l'enseignement.

Au — i longtemps que nous avons été obligés d'avoir recours à des instituteurs ou à des institutrices d'occasion, à des hommes ou des femmes qui s'engagent dans l'enseignement faute de mieux, à-dire en attendant une position ou un établissement plus en rapport avec leur goût et leur vocation, nos écoles n'ont pu prospérer. Ouvertes aujourd'hui et fermées demain, quel résultat sé-

i \ pouvions- nous en attendre ?

11 en fi été autrement dès qucimus avons pu confier ces écoles a des religieuses, Nous avons aujourd'hui dans ces Territoires cinq

Congrégations distinctes de Sœurs qui se consacrent à Péducation de l'enfance, savoir :

Les Sœurs de Charité, dites Sœurs Grises de Montréal.

Les Fidèles Compagnes de Jésus.

Les Sœurs de l'Assomption de Nicolet.

Les Sœurs de Charité également de Nicolet.

Les Sœurs de la Providence de Montréal.

Les Fidèles Compagnes de Jésus et les Sœurs de l'Assomption sont des congrégations religieuses exclusivement voués à l'enseignement. Toutes sont formées à ce genre de vie dès leur entrée dans la communauté. Les jeunes enseignent sous la direction des anciennes, et les anciennes se perfectionnent tous les jours par l'étude et par l'expérience.

Les Communautés des Sœurs de Charité et de la Providence ont pour but principal, sans doute, les œuvres de charité proprement dites telles que les hôpitaux, les asiles, les orphelinats; mais elles adoptent aussi, pour un certain nombre de leurs membres, l'éducation dans les écoles et les académies. Les sœurs de ces communautés, destinées à l'enseignement par leurs supérieures, ne le cèdent point aux autres en capacité, en efficacité et formation normale. Elles sont choisies et mises à part pour ce but spécial et le choix de leurs supérieures majeures tombe précisément sur elles à cause de leurs talents et de leurs aptitudes bien connus. Destinées à l'éducation, elles s'y consacreront tout entières, sans réserve, sans arrière-pensée, sans désir de changement.

C'est donc avec raison que nous considérons nos écoles comme solidement fondées et capables d'atteindre le plus haut degré d'efficacité, quand nous les voyons adoptées, aimées, dirigées par ces femmes dévouées qui n'ont en vue que Dieu, le bien des enfants et la récompense du Ciel.

Et puis, nous sommes sans inquiétude à un autre point de vue d'une suprême importance, Nous sommes sûrs de l'ordre et de la plus parfaite moralité.

Dès lors, monsieur le Président, dans l'intérêt de la cause de l'éducation dans ces Territoires au bien desquels doivent travailler nos législateurs, n'est-il pas de leur devoir de protéger, d'encourager, de multiplier ces institutrices si bien qualifiées, si capables et si zélées ?

Hélas ! j'ai la douleur de le dire et c'est mon premier sujet de plainte, il n'en est malheureusement pas ainsi. Sous prétexte de mettre en pratique la clause de l'ordonnance qui a trait aux écoles normales, le Conseil de l'Instruction Publique, sans aucune considération de lieu, de temps et de personnes, a passé des règlements impossibles pour les Religieuses enseignant dans le Territoire.

Ces Religieuses sont gouvernées par des Règles et Constitutions

approuvées par l'Eglise. Elles ne peuvent pour aucune raison se soustraire à ces constitutions ; les Supérieurs majeurs, les Evêques eux-mêmes, n'ont pas le pouvoir d'y toucher et de les changer dès qu'elles ont été approuvées par le Souverain Pontife. Or, de par ces Règles et Constitutions il est impossible aux sœurs de quitter leur couvent, leur communauté, pour venir à Regina ou ailleurs, s'asseoir sur les banos de l'école, mêlées à tous les candidats de l'un et de l'autre sexe et de toute dénomination religieuse, pendant des mois consécutifs, pour y suivre un cours d'école normale. Leur imposer une semblable condition impossible, inadmissible, équivaut à les déclarer tout simplement impropres à l'enseignement dans les territoires; et plutôt que de violer ainsi les Constitutions qui les gouvernent et qu'elles ont promis de garder par des vœux solennels, elles abandonneront ces Territoires inhospitaliers au bien desquels elles voulaient se dévouer jusqu'à la mort. Déjà la Supérieure Générale d'une congrégation religieuse a écrit dans ce sens à l'autorité ecclésiastique, à l'évêque de St-Albert.

Si vous voulez, messieurs, chasser les Religieuses, laissez telle qu'elle est l'application de l'ordonnance et nous saurons à quoi nous en tenir. Si, au contraire, comme j'aime à le croire, vous avez en vue le bien, le vrai progrès de l'éducation, vous vous ferez un plaisir et un devoir de proposer et de soutenir à la Chambre, les amendements que nous vous soumettons. Nous allons jusqu'aux limites du possible, et je dois vous déclarer en toute sincérité et franchise que nous n'irons pas plus loin.

Maintenant, Monsieur le Président, permettez-moi d'attirer votre attention sur un autre sujet.

Quelle part de pouvoir, quelle part de contrôle, quelle voix avons-nous au Conseil de l'Instruction Publique ! Vous entendez de suite la réponse que je vais vous faire. Notre part de pouvoir et de contrôle est absolument, complètement nulle, et nos deux membres catholiques ont dérisoirement voix consultative. Le Conseil de l'Instruction Publique peut les écouter comme il peut ne pas le faire, et c'est à ce dernier parti qu'il incline bien sensiblement.

En effet, des Règlements importants et affectant nos écoles, ont été passés sans que nos représentants en aient eu connaissance. Le révérend monsieur Caron a donné sa démission depuis longtemps et il n'a pas encore été remplacé.

1 1 finit avouer que cet état de choses est plus que suffisant pour i r profondément les sentiments de In minorité catholique. Je viens vous demander d'y apporter remède; est-ce trop exiger de voire bonne volonté ?

J'arrive à an troisième grief que nous considérons à bon droit comme un attentat à qôb libertés les plus inviolables, les plus imprescriptibles •'< veux parler de nos livres.

Vous dites et vous affirmez, Messieurs, que nous avons nos écoles séparées. Mais, je vous le demande, conçoit-on une école catholique, où pas un livre catholique ne peut être mis entre les mains des enfants, les bébés de six à sept ans seuls exceptés ?

Des livres de lecture et d'histoire, que nous réprouvons, nous sont imposés par le Conseil de l'Instruction ; il peut quand il le voudra nous en imposer d'autres encore plus sujets à caution, ne donnant même qu'un enseignement matérialiste ou athée. Et nous ne nous plaindrions pas au nom des parents dont les droits les plus sacrés sont méprisés et méconnus ! Nous ne nous plaindrions pas d'un attentat semblable à nos libertés religieuses, à la liberté de conscience !

Il n'en sera point ainsi, Messieurs ; nous ne cesserons de combattre jusqu'à ce que justice nous soit rendue. Cette justice nous venons vous la demander aujourd'hui.

Je ne veux pas abuser de votre patience. Je vous remercie de m 'a voir écouté avec tant de bienveillante attention. Jouissez de toutes vos libertés scolaires ; mais de grâce, veillez à ce que les nôtres soient également respectées. Notre ami, Monsieur A. E. Forget va prendre la parole à son tour. Il est plus versé que moi dans la connaissance et la pratique de la langue anglaise ; il parlera mieux que je ne l'ai fait, encore une fois, merci.

Invité par Monsieur le Président du Comité, Monsieur Forget prit ainsi la défense de nos droits :

Monsieur le Président, Messieurs du Comité,

Avant d'entrer directement dans la défense des droits de la Minorité Catholique que j'ai l'honneur de représenter ici avec le le Révérend Père H. Leduc, permettez moi de vous parler- d'un grief personnel dont le simple exposé éclaircira la discussion des matières que nous avons à traiter. Du reste ce que j'ose qualifier de grief personnel n'a été que trop ressenti par tous ceux de mes coreligionnaires du Nord-Ouest, qui en ont eu connaissance.

L'Ordonnance scolaire qui nou? occupe fut approuvée par Son Honneur le Lieutenant- Gouverneur le 31 décembre 1892.

De par la dite Ordonnance, deux membres catholiques devaient être choisis en dehors de l'Exécutif de l'Assemblée Législative, pour faire partie du Conseil de l'Instruction Publique, tout en étant privés de toute voix délibérative au ait Conseil.

Au commencement de 1893, l'Honorable M. Haultain, chef du Conqité Exécutif, eut la bonté de me consulter à propos du choix qu'i] avait à faiie et me proposa de vouloir bien être un des aviseurs catholiques.

Je ne crus ni pouvoir ni devoir refuser l'offre qui m'était faite de travailler encore dans la mesure du possible au bien de l'éducation dans ces Territoires du Nord -Ouest. J'aurais désiré avoir pour collègue le Révérend Père Leduc, membre, comme moi, de l'ancien Bureau d'Education. Malheureusement il partait pour l'Europe en qualité de délégué des Missions Catholiques du Nord-Ouest, au Chapitre général de sa Congrégation.

Sur ces entrefaites, je me décidai moi-même à aller demander au doux climat de France, la patrie de mes ancêtres, un soulagement à l'état de souffrances auquel je me voyais depuis trop longtemps réduit. Pensant avec raison, comme l'expérience me le prouve aujourd'hui, que la première séance du Conseil de l'Instruction Publique serait des plus importantes et aussi des plus fécondes en résultats favorables ou désastreux pour nos écoles catholiques, je tenais extrêmement à y prendre part.

Je vis donc Monsieur Haultain, lui annonçai mon prochain départ et lui demandai s'il n'avait pas l'intention de convoquer bientôt une assemblée du Conseil. Sa réponse fut qu'il allait y aviser de suite et même il me fixa la date pour une époque assez rapprochée. Je résolus alors de différer mon départ et j'attendis jusqu'au jour indiqué. J'espérais recevoir à tout moment ma nomination officielle, aussi bien qu'avis de la convocation du dit Conseil. Vaine attente ; le jour fixé pour la réunion arriva sans un seul mot d'avis de la part de qui de droit.

Je vis donc Monsieur Hautain de nouveau pour lui expliquer l'impossibilité où je me trouvais de prolonger plus longtemps mon séjour à Regina. Je le priai en même temps, s'il devait tenir une assemblée du Conseil avant mon retour d'Europe, de ne plus songer à ma nomination, mais de vouloir bien choisir un autre qui pût prendre part à cette première et importante réunion.

Trois mois plus tard j'étais en chemin pour m'en revenir au Canada; encore deux semaines et je devais revoir Regina, quand paraît-il, à mon insu, je fus officiellement nomméavec le Révérend Monsieur l'abbé Caron, membre adjoint du nouveau Conseil de l'Instruction Publique.

En même temps que sa nomination officielle, le Révérend Monsieur recevait avis de se rendre le même jour, c'est-à-dire une heure plus tard seulement, aux Bureaux du Département de l'Education, afin de prendre part aux délibérations du Conseil» ou plutôt afin d'exposer ses vues et ses désirs, car il lui était interdit de donner un vote quelconque. Il est tout nouveau dans le pays et n'a pas encore eu If trm;>^ de se mettre au courant de la question sco- Laire si difficile et si compliquée. Tl ignore complètement les anciens règlements et n'a aucune idée de ceux qui vont être proposés ;t -"h approbation. N'importe, il faut qu'il se rende de suite, sans

avoir personne sur qui s'appuyer ou qu'il puisse au besoin consulter.

Pendant huit ans j'avais été membre du précédent Bureau. On savait à Régina combien je tenais à cette première session; on savait de plus que j'étais très prochainement attendu. Puisque Monsieur Haultain persistait à me désigner comme membre du Conseil, pourquoi ne pas en différer la convocation de quelques jours et me permettre ainsi d'être présent aux délibérations ?

Peu après mon retour je vis le Révd Monsieur Caron. Au cours de la conversation, la question des écoles vint naturellement sur le tapis et à ce propos, la pensée de la fameuse scène du Conseil de l'Instruction, me vint subitement à l'esprit.

A propos, dis- je à Monsieur Caron, où en êtes-vous avec le nouveau Conseil? a-t-il été enfin régulièrement et officiellement organisé? y a-t-il eu convocation et réunion ? a-t-on fait quelque chose ?

Mais oui, me répondit-il, vous et moi en sommes membres honoraires ; nous avons eu une première assemblée.

Il me dit alors l'embarras où il s'était trouvé et l'accusation que Monsieur Haultain faisait peser sur lui d'avoir approuvé les nouveaux livres imposés dans les écoles catholiques comme dans les écoles protestantes.

Au mois de septembre de cette même année 1893, Monsieur Caron arrive chez moi et dépose sur mon bureau une copie du faneux règlement passé par le Conseil de l'Education, concernant les livres classiques désormais obligatoires dans toutes les écoles. Il me semble que ce règlement ainsi que les minutes de l'assemblée du Conseil auraient convenablement dû m'être adressées depuis longtemps par le secrétaire. Je suis membre du dit Conseil et je n'ai pas reçu officiellement un seul document de sa part.

Messieurs, je n'accuse personne, je constate des faits,

L'Assemblée Législative était alors en session. Il fut convenu que nos deux députés catholiques à la Chambre, messieurs A. Prince et Boucher, s'uniraient au révérend Monsieur Caron et à moi et que nous demanderions une entrevue avec les membres de l'Exécutif.

Au cours de cette entrevue, nous nous plaignions amèrement de ce que nos livres de lecture et d'histoire nous avaient été injustement retirés. Sur ce, monsieur Haultain affirma que la chose s'était faite du consentement de monsieur Caron. Mis ainsi en demeure, ce dernier répondit que telle n'avait jamais été son intention. La preuve en est dans la lettre par lui adressée à Sa Grandeur Mgr Taché et publiée par le regretté et si digne archevêque dans son Mémoire sur les Ecoles. Ce Mémoire, monsieur le président et messieurs du comité, est entièrement à votre disposition, il est actuellement déposé devant vous. En tous cas, s'il est

échappé au révérend monsieur Caron, quelques paroles capables de donner lieu à un simple malentendu, ce malentendu ne peut subsister après les explications claires et précises subséquemment données par lui, de vive voix et par écrit.

Vous avouerez, Messieurs, que j'ai un peu raison d'être plus ou moins blessé des" procédés dont je viens de me plaindre trop longuement peut-être. Je veux bien croire qu'il n'y a eu aucune mauvaise volonté, aucune intention répréhensible, mais enfin les apparences étaient au moin? rassurantes pour la minorité catholique dont je viens défendre les intérêts et ïes droits.

Je me hâte d'ajouter qu'il n'y a point eu, à ma connaissance, d'autre séance du Conseil de l'Education jusqu'à ce jour. Et maintenant j'arrive à la question des griefs exposés dans le mémoire dont lecture a été donnée à l'ouverture de cette session du Comité. J'éviterai autant que possible de toucher aux points déjà si clairement traités par le Révérend Père Leduc. Veuillez-donc, Messieurs, m'accorder encore quelques minutes de patiente et de bienveillante attention.

Pour ce qui concerne, les écoles normales, j'y suis si peu opposé en principe, que la section Catholique de l'ancien Bureau d'Education, a toujours travaillé de concert avec la section Protestante pour procurera nos instituteurs des Territoires du Nord-Ouest l'avantage de ces institutions. Mais en admettant le principe, nous n'avons jamais prétendu que les sessions d'école normale pouvaient être établies sur des bases aussi rigoureuses, aussi absolues qu'elles l'ont été par le nouveau Conseil de l'Instruction Publique.

Pour ma part j'étais convaincu et je le suis encore, qu'une seule espèce d'école normale obligatoire pour tous sans distinction ne pourrait jamais fonctionner sans de graves inconvénients, sans d'insurmontables difficultés. Si à titre d'essai un règlement fut passé avec l'assentiment de la section catholique, pour une session normale obligatoire dans l'Assiniboia, le Bureau tout entier résolut de ne pas étendre cette obligation à la Saskatchewan et à l'Alberta. Pourquoi ? parce que nous réclamions au nom de la minorité, des p( >ssions d'écoles normales à nous, ayant droit, aussi bien que la majorité protestante, à une ou plusieurs institutions de ce genre. !><• plus, nous savions parfaitement que, vu les Règles et Constitution inviolables des < ►rdres Religieux dans l'Eglise Catholique, nos Sœurs i assignantes se verraient dans l'impossibilité absolue de se conformera des Règlements en opposition directeavec leur vocation.

Parce que le Conseil de l'Instruction Publique n'a pas tenu compte de cet état de choses, la conséquence est aujourd'hui que, pratiquement parlant, les sœurs vouées à l'enseignement dam Territoires ne pourront plus obtenir de certificats professionnels et par conséquent ne pourront plus enseigrer.

Mais. je vous le demande, monsieur le Président, est-ce que de longues années d'expérience péniblement et constamment acquises dans l'art d'enseigner, dans les meilleures académies du Continent européen, ne valent pas mieux que la formation normale offerte à nos instituteurs dans les Territoires du Nord-Ouest ? Je ne crois pas que vous puissiez penser et juger autrement. Si pourtant vous allez jusque-là, vous ne refuserez pas les sessions spéciales que, par vous, nous demandons à la Législature pour les religieuses et les dames seules, dans un de nos couvents des Territoires du Nord- Ouest.

La minorité avait autrefois le pouvoir d'établir une école de sa dénomination, indépendamment des districts scolaires déjà érigés. Il n'en est pas ainsi, il faut maintenant qu'elle attende que la majorité se soit organisée, et alors seulement, si par ailleurs elle est en nombre suffisant, la minorité peut demander l'établissement d'un district séparé dans les mêmes limites que le district public.

Ce système, Messieurs, est défectueux pour plusieurs raisons que vous apprécierez. Prenons par exemple une portion des Territoires où aucune école n'a encore été établie ; la minorité est absolument liée et doit se passer d'école jusqu'à ce que la majorité en ait une de son choix.

Supposons maintenant que la majorité a son district public dûment érigé et que la minorité de ce district ne se compose que d'un nombre insuffisant pour former et soutenir une école séparée, qu'arrivera-t-il ? C'est que la minorité sera privée d'école de sa dénomination. Pourquoi ne pourrait-elle pas dans ce cas s'unir à ses coreligionnaires résidant à proximité voulue mais en dehors du district public, pour former ensemble un district scolaire séparé ? Ceci serait conforme à la section 14 de la Constitution des Territoires du Nord- Ouest.

Nous demandons donc que les pouvoirs conférés autrefois à la minorité, lui soient rendus, c'est-à-dire, qu'elle ait encore la faculté d'établir des écoles séparées, indépendamment des districts scolaires déjà existants.

Si je représente ici avec le Révérend Père Leduc, les Catholiques des Territoires, laissez-moi vous dire, Monsieur le Président, que je représente aussi les Canadiens-Français, et comme tel, au nom du droit et de la justice, je réclame l'usage de la largue française dans nos écoles fréquentées en grande majorité par des enfants canadiens-français. Nous avons en Canada deux langues officiellement reconnues, sans la connaissance desquelles, nous le savons bien, .nos enfants ne sauraient occuper plus tard les positions sociales auxquels ils ont droit comme les vôtres. Nous voulons qu'ils apprennent et sachent l'anglais; mais nous voulons aussi qu'ils connaissent la langue de nos ancêtres, la belle et noble langue

française que nous avons ajSpris à bégayer sur les genoux de nos mères, et d'une importance majeure dans un pays comme le nôtre. La preuve évidente et palpable que nous étudions l'anglais, c'est qu'il vous est très difficile. Messieurs, de rencontrer des Canadiens- Français qui ne parlent pas cette langue au moins d'une manière très satisfaisante. Elle est enseignée dans toutes nos écoles du Nord-Ouest ; mais est-ce une raison pour mettre des obstacles à l'enseignement du français tel que nous y avons droit?

L'expérience prouve que la connaissance d'une langue étrangère est indispensable pour atteindre un degré d'instruction vraiment digne de ce nom. Si nos concitoyens de langue anglaise ne pensent pas comme nous, et si pour un motif ou pour un autre, ils ne veulent pa* donner au français une étude aussi sérieuse et aussi approfondie que celle par nous donnée à l'anglais, c'est leur affaire ; mai3 ils n'ont pas le droit de nous dire : " Vous irez jusque là et vous n'irez pas plus loin. Puisque nous ne connaissons et ne parlons qu'une seule des deux langues officielles du Canada, vous n'avez pas besoin vous, Canadiens-Français, d'être meilleurs linguistes que nous, contentez-vous donc de l'anglais, notre langue maternelle à nous, et renoncez à la langue de vos ancêtres."

C'est pourtant ce à quoi l'Ordonnance de 1892 veut arriver, puisqu'elle enlève à nos instituteurs le droit même de se servir de la langue française pour l'enseignement. On n'en permet l'usage que pour un cours dérisoirement élémentaire contre lequel les inspecteurs ne cessent de s'insurger. Les li.'res autorisés pour ce prétendu cours, les Bilingual Readers, sont en réalité composés de telle sorte qu'ils sont bien plus directement et efficacement un enseignement de l'anglais que de la langue française.

Nous affirmons qu'il est de la plus haute importance, pour les progrès de nos enfants, que leurs instituteurs puissent leur donner l'enseignement dans leur propre langue et soient- autorisés à le faire quand ils le jugeront à propos et plus avantageux pour le bien général de l'école.

Tout à l'heure je prononçais le mot d'inspecteur.

Avez-vous jamais pensé, Monsieur le Président, que nous imposer des Inspecteurs protestants, est un acte répréhensible et injuste? Inspecteurs sont presque tous, en vertu de leur éducation, de leurs préjugés de race et de religion, opposés et hostiles à nos écolef catholiques et françaises. Je. dis plus, ils ne sont pas libres de taire leurs rapports d'inspection comme ils le voudraient, ils doivent suivre la direction et se conformer aux vues du surintendant; s'ils ne le l'ont pas, ils s'exposent à la perte d'une position honorable et lucrative ; danger auquel un inspecteur protestant ne voudra naturellement pas s'exposer par amour pour les écoles Nous avons la preuve de ceci dans la noble et éner-

gique protestation des Commissaires de St- Albert, contre l'inspection de leur école par Messieurs Goggin et Calder. Copie de cette protestation est déposée sur le bureau du Comité et vous pouvez en prendre ample connaissance. Faites-le et vous avouerez que nous sommes pleinement j ustifiés dans la demande que nous vous faisons aujourd'hui d'avoir des inspecteurs de notre foi et de nos convictions en matière d'éducation, ou du moins de voir nos écoles alternativement inspectées par un catholique et par un protestant. De cette sorte les rapports de l'un pourront être justement contrôlés par les rapports de l'autre.

Enfin, Messieurs, j'attire votre attention sur une dernière observation qui me reste à faire. Il y a, selon moi, une omission invovolontaire dans l'Ordonnance de 1892, à la clause qui a trait à l'instruction religieuse. Je ne puis croire que dans un pays chrétien comme le nôtre, nos législateurs aient voulu délibérément défendre et empêcher que la classe ne s'ouvrît par la prière...

Un des membres du Comité, Monsieur Frank Oliver, député d'Edmonton à l'Assemblée Législative, prit alors la parole:

Voici, dit il, des faits très-graves et très-sérieux qui viennent d'être proposés à notre considération par les représentants des Catholiques de ces Territoires. Ces faits devons-nous les admettre purement et simplement, ou bien sont-ils sujets à la critique et à la contradiction ?

Certainement, répondis-je, vous avez tout droit de les contrôler et d'en examiner la véracité et l'authenticité.

Alors, ajoute monsieur Oliver, que ceux qui ont quelques objections à faire se lèvent et parlent hardiment. La chose est importante et en vaut la peine. Et après un moment de silence ; Personne ne dit rien ; mais enfin, il doit y avoir quelque chose à répondre. Monsieur Goggin ici présent et surintendant de l'Education est au courant de tout ce qui se passe dans ce département: c'est à lui, ce me semble, qu'il appartient d'éclaircir le Comité. Monsieur Goggin, avez- vous quelque chose à dire?

Ainsi, interpellé par l'honorable député: Je ne suis que l'humble serviteur du Conseil de l'Instruction Publique, répondit monsieur Goggin. Personne ne m'a chargé de répondre aux deux orateurs qui viennent d'adresser la parole. Que messieurs du Comité Exécutif commandent, et alors je parlerai. Aujourd'hui je n'ai rien à dire.

Alors, riposta franchement monsieur Oliver, s'il en est ainsi, acceptons donc les faits tels qu'ils nous sont exposés et agissons en conséquence.

Et monsieur le président leva la séance pour ajourner au lendemain la réunion du comité.

Pour moi, je n'ai pu m'empêcher de faire remarquer ici la

singulière attitude de monsieur le surintendant dans cette circonstance. Il est au courant, mieux que personne, de tous les faits mentionnés par monsieur Forget et par moi. Non seulement il les connaît, mais il y est entré nécessairement presque toujours soit comme leur auteur, leur conseiller ou leur instigateur. Hélas! il me fit le triste effet de vouloir bien travailler dans l'ombre contre nos écoles, nos institutions et nos couvents; mais il refuse de le faire au grand jour. C'est la tactique de notre Ordonnance scolaire de 1892, bonne et coulante selon la lettre ; hypocrite, lâche et rusée selon l'esprit.

Passons sous silence la séance du lendemain qui ne fut guère qu'une répétition de la précédente, si ce n'est toutefois que Monsieur Haultain, chef de l'Exécutif et Président du Conseil de l'Instruction Publique, voulut bien reconnaître franchement que les plaintes de Monsieur Forget, au sujet de la manière dont il a été traité comme aviseur du Conseil de l'Education, étaient en grande partie, parfaitement fondées. Monsieur Haultain reconnut là un malentendu regrettable, une négligence répréhensible, mais sans aucune mauvaise volonté.

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