‹ Hotman & Du Plessis-MornayChapitre 4 sur 9 · NOTICES HISTORIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

NOTICES HISTORIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES

Lsl Franco Gallia, dédiée à très illustre et très puissant prince et seigneur Frédéric, duc de Bavière, parut à Genève en 1573 sous ce titre : Franco Gallia seu Tractatus isogogicus de regimine regum Gallise et de jure successionis. »

Elle fut réimprimée avec des changements sous ce titre :« Libellus statum veteris reipublicae Galliae deinde a Francis occupatae describens » Cologne 1574.

Ce livre, plusieurs fois augmenté eut de nombreuses éditions. Il fut traduit en Français, et nous le trouvons imprimé dans le tome II des Mémoires de TEstat de France sous Charles IX (p. 271 à 350,.

L'impression produite fut si grande qu'en 1575 Hotman put écrire à Amerbach :

« Je vois déjà que mon livre fait beaucoup de peine aux tyrans et aux fauteurs de la tyrannie et c'est pour moi le plus doux fruit de mon travail.

« Vous ne sauriez croire la colère qu'il a excitée chez nos tyrans, la joie qu'il a causée à tous les bons. Tous ceux qui viennent de France affirment que mon livre fait un grand effet pour établir le droit du peuple contre la tyrannie. »

Et le compilateur des Mémoires termine lui aussi sa traduction du pamphlet par ces mots : «Ce livre réveilla merveilleusement les Français et de divers endroits le docteur Hotman fut remercié du bien qu'il avait fait ayant éclairé par bons et suffisants témoignages ce qui était demeuré comme enseveli par la malice de certains garnements abusant de la facilité des rois, et se servant de leur autorité pour asservir les Français d'une façon misérable. Aussi les flatteurs, courtisans et ceux qui depuis quelques années brouillent l'Etat, comme on le voit, se sentant picqués jusques au cœur par ces discours, et ne pouvant porter une si libre et sainte vérité, frémissaient et cherchaient tous moyens d'y pourvoir. Dès 1573 ce livre fut mis en lumière par Hotman, et incontinent connu partout. Au bout de deux ans, Antoine Matharel se disant procureur de la Royne Mère écrivit en latin une réponse à ce livre. Il fut aidé d'un Papyrus Masson. »

Reprenant les chapitres de la Franco Gallia, Matharel les réfute un par un, mais en ayant soin d'adresser de temps à autre d'emphatiques éloges à la gloire de la Reine Mère. Il déclare qu'Hotman n'a rien compris aux auteurs qu'il cite. Il donne quant à lui le véritable sens des paroles d'Aimoin, de Grégoire-de-Tours et des divers chroniqueurs. Hotman est en plein dans l'erreur, dans les ténèbres. C'est un jurisconsulte renégat sur lequel il n'y a pas à compter et de plus, c'est un perturbateur, un rebelle.

La réfutation de Matharel parut sous ce titre : « Ad Franci Hotomani Franco Galliam, Antonii Matharelli, Reginse Matris a rébus procurandis primarii, responsio » (1575). Après l'adresse au roi Henri III se trouve comme préface le « Judicium Papirii Massoni de libello Hotomani. »

Hotman se retourna furieux contre cette meute que Se-

miramis faisait aboyer après lui pour un morceau de pain.

Dans un latin macaronique, avec une verve intarissable, il répond à ses nombreux adversaires. Contre Matharel, il lance son « Matagonis de Matagonibus decretorum baccalavrei Monitoriale adversus Italo-Galliam sive anti franco- Galliam Antonii Matharelli Alvernogeni i) avec cette épigraphe :

« Responde stulto, secundum suam stultitiam. » Contre Masson, le « Strigillum Papirii Massonis. » — Véritable étrille en effet dans le goût du temps, et qui ne manqua pas d'écorcher le dos de ses téméraires contradicteurs.

L'ouvrage de Du Plessis-Mornay, d'une allure moins pamphlétaire, n'en eut pas moins un grand retentissement. 11 parut avec la date de lô'ÎO sous ce titre : « Yindicice contra tyrannos sive de principis in populum populique in principem légitima potestate, Stephano Junio Bruto, celta auctore. »

En 1581 il en parut une édition en Français que quelques-uns attribuent à Languet, d'autres à Du Plessis luimême. Cette traduction portait la suscription suivante : « De la puissance légitime du Pi-ince sur le peuple et du peuple sur le prince : Traité très utile et digne de lecture en ce temps, écrit en latin par Estienne Junius Brutus, et nouvellement traduit en Français. » Cet ouvrage, déclare l'abbé Lenglet est l'un « des plus dangereux qui se soit fait en ce genre. » « Dangereux en effet, répond M. Haag qui rapporte ce jugement, mais jiour des rois formés à l'école de Machiavel. »

On a beaucoup discuté pour savoir quel pouvait bien être l'auteur des « Vindicia\» Du Plessis ou Languet "? On ne peut se fonder ni sur le fond ni sur la forme du livre qui conviennent également à tous deux. Il faut consulter le témoignage des contemporains. Or, ces témoignages

eux-mêmes ne s'accordent pas. La plupart, des auteurs modernes qui ont parlé du livre l'attribuent à Plubert Languet, en se fondant pour cela sur la dissertation de Bayle « concernant le livre d'Etienne Junius Brutus. »

Examinons brièvement cette élude. Après avoir amoncelé diverses raisons, Bayle écrit ; « J'avoue pour moi que j'y aperçois encore des difficultés et embarras, quelque fortement qu'il semble que je me sois déclaré pour Hubert Languet... Si Ton pouvait prouver que l'écrit de Junius Brutus a été publié avant la mort de Languet, adieu toute la déposition de Goulart. »

Quelle est cette déposition? Dans son oraison funèbre de Goulart, Tronchier avait rappelé que ce dernier interrogé sur l'auteur des Vcndiciœ l'aurait attribué à Hubert Languet. Du Plessis Mornay, maître du manuscrit après la mort de l'auteur le fit imprimer par Thomas Guérin. Dès lors : 1° Ce livre n'a pu être imprimé que sur la fin de 1581 puisque Languet mourut au mois d'octobre; 2° H fut falsifié dans le titi-e de la !•■« édition. (Edimbourg 1579.)

Dans les « Critiques de la dissertation de M. Bayle », publiées par Moreri en 1704, l'auteur montre que les Vindiciœ parurent avant la mort de Languet.

De plus, il rappelle que d'Aubigné dans son histoire universelle de 1616 parle de l'auteur du livre comme étant un docte gentilhomme « vivant encores aujourdhui avec authorité ». Et il tenait cette affirmation de Du Plessis lui-même qui plusieurs fois avait avoué qu'il était l'auteur des Vindiciœ. « Quand un livre est anonyme ou pseudonyme, conclut Moreri et qu'il se trouve avoué par un homme... on est bien fondé à soutenir que cet homme en est effectivement le père — à moins que l'on n'eût des preuves qu'il se l'attribue faussement ou que ce ne fût un homme connu suffisamment pour un menteur de profession et indigne de toute créance. Or, Du Plessis se disait auteur

des Viiidiciœ et on ne saurait raccuser — d'après le dii'e de Bayle lui-même — qu'il ait été un menteur qui se parât des plumes d'autrui ' . v

Une autre preuve, plus décisive encore est celle que donne dans ses mémoires, M'"° de Mornay, amie de Languet, à couvert par conséquent de toute partialité. « En 1574, écrit-elle, M. Du Plessis était avec M. de Buhy à Jametz et passait son temps à faire quelques escritz ; entre autres il fit en latin un livre intitulé : La Puissance légitime d'un prince sur son peuple, lequel a été depuis imprimé et mis en lumière sans toutefois que beaucoup en a vent seu l'autlieur ».

Voilà qui est catégorique, déclare M. Waddington -. 11 ne reste plus qu'à i)roclamer Du Plessis l'auteur des Vindiciœ.

Nous croyons cependant londée l'hypothèse de Moreri, d'après laquelle Du Plessis aurait envoyé son manuscrit à son ami Languet qui l'aurait revu et qui en aurait écrit la préface.

• Bayle : Dissertation concernant le livre d'Etienne Junius Brutus là la fin du Dictionnaire).

Moreri : Critiques de la dissertation de M. Bai/le... (1704). - Reçue Historique, 1893. Tome LI, page 65.

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