‹ Houdar de la MotteChapitre 13 sur 44 · CN · texte numérisé non relu

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sorte de respect humain !. Ainsi, dans Romulus, il péche contre l'unité de composition. La pièce est finie au IV° acte, puisque le différend est réglé et que Romulus et Tatius viennent de fiancer leurs enfants. Mais non, la tragédie n’est pas terminée, parce qu'il faut de toute nécessité qu'elle ait cinq actes. L'auteur se tire d’embarras par un détour : le grand-prêtre Muréna, complice de Proculus et des conjurés, déclare que les présages sont contraires au mariage projeté. Tout est remis en question; il faut que le poète tire ses personnages de cette difficulté, et de cette perplexité les spectateurs : et c'est grâce à ce subterfuge que le V° acte peut se glisser à la suite des quatre autres.

Il serait injuste de se montrer sévère pour ces arrangements trop ingénieux, pour ces combinaisons plus adroites que vraisemblables ; les maîtres du genre ont donné plus d’un exemple de ces raccords, sur lesquels le public fermait les yeux avec complaisance. Mais eux, du moins, croyaient qu'on ne pouvait pas composer une tragédie en moins de cinq actes. La Motte ne le croyait pas, ce qui fait qu'à le voir se donner tant de peine pour coudre à sa pièce un V° acte inutile, on est tenté de lui reprocher, comme une trahison de ses idées, cette concession faite à une convention qu’il condamne.

Je ne serais pas plus sévère pour d’autres manquements à des règles secondaires de la tragédie, si je pouvais les attribuer à une voloniè réfléchie d'appliquer des principes certains, et non à une défaillance du talent, à un défaut de soin ou d’habileté. Or c’est ce qui arrive. La Motte sait bien, par exemple, que la loi classique ordonne de justifier exactement les entrées et les sorties ? de tous les acteurs; cette loi, il la reconnaît, au moins implicitement, puisque, partout où il le peut, il à grand soin de l’observer. Il y manque pourtant en bien des endroits. C’est là qu'est la faute: il fallait, de parti pris, n’observer jamais cette loi ou l'observer toujours. Dans les deux cas le poète eût été logique; novateur résolu ou imitateur scrupuleux, on n’eût pas songé à mettre en contradiction ses paroles et ses actes.

. Quant aux procédés ordinaires de la tragédie, aux artifices

4 Disons pourtant que La Motte a un mérite : il fait effort pour trouver, pour dégager les situations les plus belles, les scènes les plus dramatiques. Et il y réussit souvent. Par malheur, ces situations trouvées, il ne sait pas les traiter, les exploiter à fond, en tirer tous les grands effets qu'elles contiennent. C'est le défaut de son tempérament, plus fin que pathétique, plus critique qu'éloquent. (Cf. La Harpe, Lycée, Ed. Didier, t. Il, p. 253. — Marais. Journal, éd..de Lescure, t. Il, p.486).

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