‹ Houdar de la MotteChapitre 2 sur 44 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

La Motte reçut comme une double éducation !.

Le XVIF siècle l’a élevé, lui a imposé l'empreinte classique. Le XVII à agi sur sa pensée qu'il a rendue plus curieuse, plus indépendante et plus hardie.

Les études, la nature de ses premiers essais poétiques, ses relations avec les derniers écrivains du grand siècle, expliquent qu'il ait été un imitateur fidèle des maîtres classiques.

L'activité d’un esprit curieux, développée par l’habitude de la controverse ; le contact des savants et des géomètres, l'influence de Fontenelle, le goût public qui se tournait vers la nouveauté et le paradoxe, font comprendre la singulière transformation qui, tardivement, fit d’un poète régulier et sage, un théoricien hardi et un critique novateur.

4 Né et mort à Paris (17 janvier 4672. — 21 décembre 1731). — Sur l'orthographe de son nom patronymique, Houdar et non pas Houdart, voir Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, article Houdar de La Motte.

L'éducation classique. Premiers essais, premiers déboires — Les opéras. — Succès académiques. — La Motte académicien. — Les relations avec les derniers classiques, Boileau, F'énelon.

La Motte fit ses études chez les Jésuites. Son biographe, l'abbé Trublet 1, malgré le zèle pieux qui l’anime, a négligé de nous apprendre s’il fut un brillant écolier, et s’il fit concevoir ces hautes espérances que ne manquent pas de donner les futurs grands hommes. On peut réparer en partie cet oubli fâcheux ?. Au sortir du collège, l'élève des Jésuites ignorait le grec ; il ne savait rien de l'histoire * ; des sciences, peu de chose. Mais il croyait entendre les auteurs latins ; il goûtait et il aimait les auteurs français contemporains, — peut-être parce qu'il ne les avait guère lus qu’à la dérobée. Il devait encore à ses maîtres le goût des lettres, le respect de l'esprit et l'amour du théâtre, peut-être aussi un certain penchant à la dispute.

Après les études classiques, les études de droit. Comme tant de jeunes gens qui se croient la vocation d'écrivain, et que rien ne presse de prendre un parti #, La Motte fit à l'école de droit son slage d'homme de lettres. Mais, chez lui, Molière dut faire tort à Cujas. Tout jeune, il avait eu un goût marqué pour les spectacles et la déclamation : avec quelques amis il jouait la comédie 5. Il avait la plus « heureuse mémoire » et « le talent de bien dire », qu'il conserva jusqu'à la fin. La Motte « ne plaida jamais » 6 : à cela, rien d'étonnant, Mais cette remarque même permet de croire qu'il aurait pu plaider et qu'il avait le titre d'avocat.

Le jeune avocat ne débuta pas au Palais, il débuta au théâtre : mais le public fut moins indulgent pour sa jeunesse que ne l’auraient

1 Mémoires pour servir à l’histoire de la vie et des œuvres de M. de Fontenelle et de M. de La Motte. Amsterdam, chez M. M. Rey, 1759, 2° édit.

2 Cf, Rollin, Traité des Études. — Compayré, Histoire des doctrines de l'éducation, t. IT,

3 Il devait avoir quelque aisance. V. Trublet, pp. 331 et 354.

& Trublet, p. 332.

5 Trublet, p. 331.

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