‹ Houdar de la MotteChapitre 28 sur 44 · VIN VIENT NYE TY · texte numérisé non relu

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une sensibilité et une délicatesse de goût, propre à entrer avec choix dans les passions et dans les divers sentiments que le sujet présente » ?. La définition est bonne sans doute et fait une place à toutes les facultés essentielles du poète ; mais on y sent très bien percer la prédilection du dialecticien pour les facultés les plus exactes et les plus précises de l'esprit raisonneur. RE PE SE dE PR SA Le D me 1 Discours préliminaire, t. IV, p. 5.

2? Voir notamment : Discours sur les prix..., 1714, t. VII, p. BTE 09 3 Discours sur Homère, t. I, p. 9%5. { : LS

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D'autre part le principal ressort poétique est la vanité. La Motte avoue ingénument qu'il considère comme très légitime ce désir de briller et de plaire qui seul détermine les vocations poétiques des modernes !. Seulement il estime que le poète raisonnable doit se mettre en garde contre le double orgueil qui le pousse à se faire une trop haute idée de son art, et à s'exagérer le mérite de ses propres ouvrages ?. Quelle pauvre conception de la poésie et de son rôle ! La vanité puérile est permise au poèle; l'orgueil, passion saine et féconde, lui est interdit ! Libre à lui de se gonfler d'une mesquine fatuité d'auteur applaudi ; défense lui est faite de s’imaginer « que > la poésie est le plus grand don du Ciel » 3. L'orgueil poétique est peut-être contraire à la raison et à la saine philosophie; mais il inspire le poète et il le console. N'importe, il faut que le poète moderne se défende de cet enivrement et s’habitue à l'humilité philosophique, en se disant que son art n’est qu'un exercice de médiocre valeur; car ces facultés précieuses dont il est si fier se retrouvent peut-être plus puissantes chez d’autres êtres qui n’en ürent pas vanité. « Quand un poète plus raisonnable s'est défendu > de cette ivresse par des réflexions solides et continuées qui se > sont enfin tournées en principes ; quand il a conçu que son art n'est comme tout autre qu’un exercice de l'esprit qu'on n’apprend bien qu'aux dépens de quelque autre chose qu’on néglige,.… il reconnait alors dans toutes les professions des égaux et des supérieurs, il découvre dans bien des gens qui ne sont pas poètes, plus d'imagination et plus de sentiments, plus de raison qu’il n’en eût fallu pour le surpasser» #. Cela veut dire que tous les chétifs triomphes de la vanité sont accordés au poète d'académie et de société, mais que le puissant gonflement d’orgueil qui exaltait les Homère et les Pindare est condamné au nom de la philosophie.

Le poète moderne, vaniteux et modeste, La Motte va nous le montrer à l’œuvre et, prenant son modèle tout près de lui-même, nous faire voir comment il compose. Ce poète là « ne se livre pas en > aveugle à la poésie » 5, comme le dit La Motte parlant de lui-même. «Il a réfléchi sur tout, selon sa portée ». Il est parti de ce principe qu’ «un poète ne prétend parler qu'aux gens d'esprit » 6. Dès lors il va mettre toute son attention à contenter les délicats, à satisfaire

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