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1 Discours préliminaire, t. IV, p. 7. — Cf. Odes. 2 Réflexions sur la Critique, t. III, p. 165. 3 Ibidem, t. IL, p. 165.
& Ibidem, t. III, p. 467.
ë Discours préliminaire, t. IV, p. 6.
6 Discours sur la poésie, t. I, p. 39.
les difficiles, à éviter de blesser les esprits exacts et scrupuleux. Il esquivera les fautes plutôt qu’il ne recherchera les beautés, il craindra de choquer le goût par des écarts indécents, il fuira les enthousiasmes compromettants, il se contentera de faire briller sa dextérité en triomphant, comme s’il s’en jouait, des innombrables difficultés de son art compliqué : ce sera un savant ou un virtuose, mais non point un poète.
Le dédain de son art est au fond de la pensée de La Motte, et dès le premier jour. Il n’a jamais vu dans la poésie que l'effort déraisonnable, la dépense inutile de facultés précieuses, le temps perdu. Cet amusement d’oisif ne le satisfait point : c’est beaucoup de peine pour un mince résultat. La poésie peut servir, comme un utile instrument, à exposer et à propager de bonnes idées; elle peut encore plaire à quelques femmes et à des grands seigneurs et pousser son homme dans les Académies ; mais il ne faut pas lui demander davantage. C’est une convention vieillie dont il est permis d’user, en attendant qu’on s'en débarrasse. L'objet de la poésie est futile, la forme en est conventionnelle; elle n’emploie guère que les facultés secondaires de l'esprit, sa méthode de composition est à la fois difficile et enfantine, machinale et malaisée. La Motte a écrit ce blasphème: « Les poëtes pensent d'ordinaire en vers; et > c’est alors que la raison a beaucoup à souffrir » !. Il ne lui restait plus qu’à venger la raison en l’affranchissant d’une forme artificielle et fausse; c’est ce qu'il a fait le jour où il s’est décidé à mettre d'accord sa pratique et ses principes et à supprimer d'un trait de plume et la versification et la poésie.
Cette théorie si nette de la poésie artificielle se complète et s’éclaire par une théorie du goût qui est du même ordre.
Le XVII siècle est Le siècle où l’on s’est le plus entêté à définir le goût. Cela se comprend à une époque où le bon goût était comme une forme de la politesse, une qualité futile et nécessaire. Les conventions littéraires étant presque aussi généralement respectées que les conventions sociales, on avait intérêt à être fixé sur l’ensemble des opinions reçues, comme sur l’ensemble des bienséances admises. Des deux côtés il y avait un fond commun de principes et d'idées universellement acceptées, qu'un honnête homme devait prendre en bloc, libre au reste d’accuser sa personnalité originale ou sa manière de penser par des nuances très fines. Presque tous les écrivains du siècle ont cru bon de définir le goût. Définitions
1 Scène de Mithridate mise en vers, t. IV, p. 411.