‹ Houdar de la MotteChapitre 30 sur 44 · STE · texte numérisé non relu

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nécessaires en un temps d'opinions collectives, et qui ne sont plus guère bonnes à rien dans une époque telle que la nôtre, où les diversités d'opinions et d’allures s’accusent plus librement, où toutes les idées, même excentriques, sont admises pour peu qu’elles soient sincèrement originales.

Parmi toutes les définitions du goût qu’a formulées le X VIIT siècle, celle qu'a proposée La Motte se distingue par l'importance plus grande qu'il donne à l'élément judicieux et rationnel; et pourtant presque toutes ces définitions ont exagéré la valeur de cet élément, au moins dans la première moitié du siècle. Pour lui, le raisonnement est la partie maîtresse du goût. Si une sorte d'intuition révèle du premier coup les beautés des choses, cette intuition n'est le goût qu’à la condition d'être immédiatement contrôlée par un raisonnement formel :

« Le raisonnement qu'il devance Doit de près marcher sur ses pas » Î,

L'idée se précise dans le passage suivant : « Il se trouve deux sortes de jugement dans les hommes: les uns ne connaissent le vrai que dans la discussion ; les autres le sentent sans ce secours. Les premiers ne choisissent ou ne rejettent une idéé qu'après l’avoir examinée dans tous les sens ; et cette manière de juger, quoique la plus sûre, nuit presque loujours par sa lenteur à l'agrément, parce qu’elle laisse refroidir l'imagination qui en est l'unique source ; les seconds, par des raisonnements soudains, » qu'ils auraient même de la peine à développer s’il fallait en rendre > compte, embrassent d’une seule vue les défauts etles beautés des > choses ; et c’est cette sorte de jugement qu'on appelle le goût » ?. Certes on a plus mal défini le goût, avant qu’on eût renoncé à le définir, ce qui vaut mieux. Malgré cela je dirai de La Motte que son analyse de la faculté critique est aussi incomplète que son analyse de la faculté créatrice. Des deux côtés il a trop restreint, s’il ne l’a pas omis, l’élément essentiel, qui est la sensibilité. Génie créateur ou intelligence compréhensive, c'est toujours la partie de l’âme la plus excitable qui est en jeu ; et le critique, s’il a plus besoin de la raison que le poète, n’a guère moins besoin de l'émotion. Chez La Motte, le poète artificiel et le critique raisonnable ne font qu'un; qu'il écrive des vers réguliers ot plats ou qu’il analyse les éléments de la poésie, c’est tout un. Dans la spéculation, il a méconnu la

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