LIVRE I
«.… Quum est arduum similitudinem effingere ex vero, tum longe difficillhna est imitationis imitatio ».
(Pline le jeune, lettre IV, 28).
ÉENBOËTE
La Motte est un poète médiocre. Mais ses poésies méritent d'être étudiées pour l'intérêt historique qu’elles offrent.
On y voit s’opérer, — dans les conditions les plus favorables pour la bien comprendre, — la transformation de la poësie classique en poësie artificielle 1.
Les formes de l’art classique survivent à l'esprit qui les animait, elles s'imposent au goût du public et à l’imitation des auteurs; les règles deviennent des lois absolues ; les sages principes, des prescriptions tyranniques ; les modèles, des types immuables.
Poëte artificiel, La Motte l’a été, malgré lui et en protestant ; mais il l’a été autant que pas un. Les témérités tardives de ses Discours, les timides audaces de quelques-unes de ses œuvres, n'empêchent pas qu’il ne se soit laissé asservir par la tyrannie d’une discipline
littéraire qu’il condamnait en la subissant. Disciple indocile, révolté
même, des maîtres classiques, il n’en fut pas moins un imitateur scrupuleux : la force de caractère et la force de génie lui manquèrent pour appuyer ses opinions audacieuses par l'audace de ses œuvres. Mais peut-être, en ce moment, l’entreprise était-elle au-dessus des forces même d’un homme de génie.
1Y. dans Taine, Hist. de la Littérature anglaise, t. IIT, p. 394, une excellente définition de la littérature artificielle.
Le poète lyrique.