‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 13 sur 56 · IV. Les Dieux, Fatalités, Maux et Horreurs qui se · texte numérisé non relu

IV. Les Dieux, Fatalités, Maux et Horreurs qui se

côuent leurs torches sur rhumanité sont, relativement, forts ou faibles. Or, les Dieux les plus forts seraient bien ineptes s'ils ne faisaient pas sentir leur force aux autres. Jehovah ne se montra pas si débonnaire quand il fit décrire au Prince des ténèbres cette immense parabole soufrée que le grand Milton nous dépeint avec tant d'éclat.

Or il me parait, à moi, — et bien malin qui me prouvera le contraire; — ijl me parait que Nicolas-le-Roux va jouer vis-à-vis du Napoléon à l'œil de faïence le rôle que Jehovah remplit si impitoyablement à T^ard de Lucifer. Il ne dépend pas de moi de n'être pas de la race des prophètes : geni^ irritabik vatum; — et je vois d'ici le Napoléon-Tète-de-Bois, dessinant sur le planisfère une incommensurable ellipse et ^'échappant à grand'peine par une tangente dangereuse! Les ^npereurs qui sont toutpuissants peuvent bien se permettre de singer les Dieux. Le droit de régner et de punir de Dieu n'est fondé que sur sa force, dit Hobbes. J'en dis autant de tous les hommes qui invoquent encore le saint nom de Dieu sous quelque ritournelle que ce soit. Âh I si les hommes pensaient un peu f)4us à ce mot qu'ils répètent tout le long du jour, ils seraient bientôt convaincus que par ces deux mots, Dio è UPopoh, il faut entendre: wn Maître et un Esclave. Que la Jeune-IkUie s^en préoccupe davantage I

V. Voyez un peu à quoi tient l'approbation ou la àés^ approbation du public ! Que je dise : Dieu, cause providaitielle de tout mouvement universel et supérieur. Dieu est infiniment bon, infiniment aimable, plein de sollid-

tude et de miséricorde pour ^ous Que je dise cela,

et tout le monde bat des mains ! Et Messei^eurs Sibour et Pierre Leroux me canonisent ! Et me voilà le plus çioral des hommes et le plus orthodoxe des révolutionnaires!

Qu'ayant plus profoodément réfléchi sur la nature des choses — de naturâ rerum — j'aille écrire au contraire : Dieu, cause fatale de tout mouvement universel et supérieur, nous est infiniment mauvais, infiniment préjudiciaTble, infiniment gênant ; il nous fait disparaître dans ses plans comme Varaignée la mouche prise dans ses filets... Que j'aille* écrira cela , par malheur , et tout le monde me lapide I Et Mcmseigneur Sibour m'excommunie ; et M(m*seigneur Pierre Leroux, clément de nature, me retire en morceatix des griffes de ses disciples bien*-aimés et théo» mimes.

Et cependant, force de Dieu ou force du mouvement imiversel^ ces deux expressions reviennent absolument à la même par rapport à nous. Quelque coup que chacun se monte à l'endroit des dispositions bonnes ou mauvaises de la Fatalité à son égard, il est certain que cette force universelle le domine comme notre pied domine la fourmi qui rampe. Or, toute force qui nous domine nous menace, et exige de notre instinct de défense que nous nous en débarrassions. De Dieu je né veux savoir que ce que savait Damoclès de l'épée suspendue sur sa tète. Et cela me suffit pour combattre Dieu ; sur le reste je me déclare tout aussi ignorant qu'un ministre du Saint-Evangile I — Mais, c'est de la Fatalité? me crient les déistes...

VI. Oui, je suis fataliste quand je me heurte aux tertres de mes aïeux. Et à quoi me servirait-il de ne pas convenir de ma fragilité? Existerait-elle moins si je la^ niais? Et vit-on jamais l'audace de l'esprit humain désarmer le bras osseux de la Mort?

Je sais seulement que tous les êtres ont besoin de moi cœnme j'ai besoin de tous les êtres ; et que, si je dépends de la Fatalité, elle aussi dépend de moi qui suis un de ces instruments. Dieu m'accable d'un immense poids;' mais

moi, je puis lui vendre cher ma mort et singulièrement provoquer sa colère, tout petit que je sois. Avez^vous vu le taureau bondir sous la baudenlle de feu, le cheval écu^ mer quand le taon le pique? Contre de si petites mis^^ à quoi servent à ces puissants animaux leur rage immense et leurs efiforts désespérés? — De même une indéclinable solidarité enchaîne notre grand ennemi à nous ; nous le faisons souffrir et suer sang et eau ; les hommes sont les morpions de leur Gréat^ir. Esclave et maître d'aillrars ne sont pas dignes d'une expression plus recherchée. Tout en reconnaissant la Fatalité, parce que je ne puis la nier, je lutterai donc contre elle jusqu'à ce que mes ft»*ces m'abandonoail. — L'homme a ses droits contre Funivers: qu'il les fasse valoir l

Si Dieu est inexorable, pourquoi ne le serais^je pas. Si l^^ïsemble des antres êtres est plus fort que moi, est-ee une raison pour que je n'use pas de ma force contre eux. Faites qu'Atlas ne se remue pas sous le poids du inonde ; empêchez à Sisyphe de rouler son rocher; à k fourmi, d'ébranler le fétu qui l'étouffé... Alors, je reconnaîtrai tout à la fois qu'il p'y a pas de Fatalité, que je ne la sens pas, et que l'instinct de ma conservation ne me raidit pas conu^ elle ; alors, je me condamnerai, vivant, à une immol^ité stupide. Mais jusque-là, je reconnaîtrai la Fatalité, parce qu'il n'est pas possible que je sois aussi étendu et aussi puissant que l'Univei^ ; et je lutterai contre elle, parce qu'il n'es^ pas dans la nature de l'homme de se suicider.

Oh I que nous sommes lâches avec tout notre orgueil ? Je le demande : l'homme fort qui se raidit contre un mal dont il connaît la puissance, a'a-t^l pas plus de courage que l'être dBTéminé qui se dissimule à plaisir la gravité de sa situation parce qu'il ne se sent pas la force' de la vaincre par le sàng-froM?

¥11. n of^i coûte donc nen à mon espiit de reconnaître Texistence de la Fatalité, et je ne me crois, poor cela, ni plus faible ni plus fort, ni plus religieux ni plus impie que ceux qui croient en Dieu.

liais ce qpii me rend puissant contre la Fatalité, c'est qu'il y a succession en elle et qu'elle n'est pas «muabus. Et Dieu, dépouillé de son caractère immuable, n'est plus à craindre ; il devient modifiable par nous, arec le temps, suivant nos besoins. •

Je prétends que Dieu se transforme et se divise à chaque îni^nt, et qu'il est susceptible de revêtir autant de formes différentes qu'il y a de combinaisons possibles entre tous les objets qui ne sont pas nous. Et parmi ces combinaisons, celles qui sont momentanément opposées i nos desseins sont le Dieu que nous avons à vaincire ou à rév<hlutionner. Les autres ne nous importait pas, C!omme la lutte contre Dieu sç trouve simplifiée par cette donnée seule de sa transformation constante I

Au IXeu catholique, immobile, j'oppose donc le Dieu transformalide à l'infini que conçoit ma passée, et que chacun ne peut concevoir que par lui-même, selon les obstacles qu'il rencontre sur son chemin. Réduit à ces proporticms. Dieu, loin d'être un obstacle à la révolution, devient au contraire le plus efficace des excitants et des instruments révolutwnnaires.

En vertu de la Solidarité Universelle dans les choses, tous les objets de la nature ne vivent que par action et réaction réciproques. Telle combinaison d'objete qui domine aujourd'hui toutes les autres, sera dominée pai* toutes les autres daiïs un autre temps. Ces. rapports réciproques de sitperpositùm ou de sotùs-^mission^ dS Divinité ou d'Esclavage de tous les objets, les uns par rapport aux autres, est la conséquence des continues transformations qu'ils subissent. Croire au mouvement, c'est nier l'autorité de

Dieu et lui retifer toute puissance de domination permanente.

¥111. Cette continue transformation de Dieu est démontrée par toutes les révolutions, qu'elles soient d'ordre universel, humanitaire, animal, végétal, industriel, scientifique ou littéraire, etc., etc...., Il y a des coups-d'état parmi les éléments, les animaux, les végétaux, les matières d'utilité première, tous les êtres et toutes les choses, comme il y en a dans les empires humains. L'histoire des crises de l'homme est un mesquin abrégé de l'histoire des crises de l'univers.

La terre, surprise et vain^ie par l'eau daps un siècle, prend sa revanche dans un autre siècle. Il s'établit un échange de révolutions entre les éléments. L'apparition actuelle de l'Océanie est la seconde manche de cette immense partie dont le Déluge était la première. Ce que las habitants de la Terre appellent Révolution dans leur langage, les poissons l'appelleni, bien certainement. Conservation dans le leur. Les anciens, qui poussaient si loin la science des analogies, ont voulu dépeindre cette universelle circulation dans le mythe de Deucalion et de Pyrrha, car la série des transformations connues jusqu'à ce jour commence au minéral et finit à l'homme. Et Deucalion avec Pyrrha semait des pierres et récoltait des hommes. . . . moissonneur fortuné !

IX. L'univers est un immense atelier de transformations vitales et mortelles. Jamais le mouvement révolutionnaire n'est arrêté. Par conséquent, je puis affirmer que ce qui est Dieu aujourd'hui ne le sera pas demain. A l'heure qu'il est, l'homme est Dieu vis-à-vis des races animales formées antérieurement à lui. De même la nation qui est Dieu aujourd'hui sera demain esclave. Seulement,

au lieu d'appeler les nations Dieux ou créatures, on les appelle victorieuses ou vaincues, dominantes ou dominées: — caprice d'expression , fantaisie de grammairiens I

Je ne puis considérer les puissances supérieures à moi Comme dangereuses pour moi^ puisque je les vois se transformer chaque jour, se diviser et se perdre à l'infini. D'après la loi fatale de solidarité, il n'y a pas de Dieu qui ne soit plus esclave que la plus esclave de ses créatures.

Appliquant ces données à la Russie, le Dieu des peuples européens d'aujourd'hui, je dis : je ne puis regarder comme dangereuse la fatalité de Vinvasion prochaine, puisque cette invasion se transformera et se dispersera en mille manières au contact des sociétés parmi lesquelles la jettera le génie des batailles. Elle accomplira son œuvre de Destruction tout entière, et puis disparaîtra, comme les Dieux aux pieds d'argile, réduite qu'elle sera par l'engrenage social, en une poussière féconde.

X. — Voilà quelle opinion peu révérencieuse, moi, pauvre insecte au cri strident , je fais entendre sur Dieu , sur les Dieux, depuis les profondeurs de l'herbe où je suis ffliseveli.

Dieu n'étant ici-bas que la raison sociale d'une compagnie de filous en commandite, j'éprouve un saint plaisir à humilier en Dieu tous ceux qui vivent de lui. Et ce ne sont pas les prêtres qui retirent aujourd'hui les plus grands bénéfices de l'exploitation de la Divinité; mais bien les dames patronesses des œuvres de bienfaisancey les vertueuses épouses des agioteurs de la Bourse et des tripotiers du Journalisme, ces femelles nerveuses qui pleurnichent en vers, et, du bout de leurs gants, tendent au pauvre qui meurt le reste de leurs orgies, Ami prolétaire, malheur

sur toi tant que tu vénéreras Dieu! cela te donnera droit à l'aumône des Jésuites...

La Fatalité pèse sur moi par tous les oI]jets extérieurs à moi ; mais je lui suis très à charge par la seule force de ma volonté. Je reconnais Texistence de la Fatalité sans renoncer à k conscience de mon libre arbitre. Je fais la part de Dieu... et ma part!

Le nom sous lequel je désigne cette force supérieure ne l'empêche pas de s'exercer sur moi ; mais je ne cesse pas non plus de me raidir contre elle, de quelque nom que l'appellent les Pharisiens^ les Scribes et les Docteurs de la Loi. Dieu ou Satan, ce n'es^ jamais rien de plus qu'un fait, une majorité qui m'obsède ^ qui peut changer demain. Je ne subis cela qu'à mon corps défendant.

Je n'ai pas peur de Dieu, la grande ombre chiiioise que les curés nous font passer sur le ciel d'azur ; je n'en ai pas plus peur que d'un mien cousin, autrefois mon adversaire aux billes, que j'ai revu dernièrement déformé par la grande robe noire. Dieu change plus souvent de formes qu'un député, d'opinions, ou un roi constitutionnel, de ministres. Tous les êtres de l'umvers sont Dieux ou mortels, les uns par rapport aux autres, selon le mode d'association dans lequel ils se trouvent engagés. Il y a, de par le monde, des révolutions qui détrônent des Dieux avec la même facilité que nous détrônons des hommes.

La Russie est aujourd'hui le Dieu de l'Europe; elle la domine de fait. Eh bien! je n'ai pas peur du Dieu de l'Europe actuelle, parce que le jour où sa force deviendra incompatible avec le libre développement de l'homme, cette force sera détruite. : — Dieu propose et r Homme dis^ pose : voilà ce qui est vrai.

§ 21 — PROBLÈME ANTINCMfflQUE ENTRE LA FATALÏTÉ MVINE ET LA LTOERTÉ HUMAINE — CONCHJSION.

I. — La vie de toirt être est une lutte contre le milieu qui le renferme.

En termes généraux, sans Isire acception de temps ni de lieux, Thonmie est forcé de remporta cha€[ue joui» sur Dieu la victoire de la vie. En qiécialisant : dans cette seçGtïde moitié du dix^neuvième siècle, le déshérité est contrakit de remporter sur la fcH-ce sociale civilisée et sur la iorce sodale Cosaque la victoire de la vie. — L'ennemi est double, mais il est divisé ; par conséquent il sera vaincu par rhomme.

Je n'entends pas le mot victoire comme le font les révolutioimaires français, les plus inutiles des hommes. La force russe fAt-elle taillée en pièces par l'invincible armada civilisée, le problème social n'aurait pas fait un pas. Loin de là ! Et la solution serait également avortée si la Russie se bornait à vaincre la France en Orient, sans l'envahir.

La Fatalité, la Tyrannie divine et mauvaise qui pèse sur nos sociétés, je lui vois double fece. A l'Orient, elle trône sur des canons ; à l'Occident, sur des sacs d'or. Le Tzarisme et le Monopole, la Russie de Nicolas et la France, de M. Rotscbild, voilà les deux termes de ce problème antinomique immense. Et si nous nous rendons compte de l'organisme des sociétés, nous révolutionnaires, nous comprendrons que ces ^ux puissances doiv^t s'^orger l'une par l'autre, et disparaître devant le Socialisme humanitaire. En vérité, ce d^uge couvrira le sol d'armes russes et de devantures de boutiques françaises. Ainsi seulement sera vain()ue la double tyrannie que subissent encore les sodétés européennes; tyrannie du fer et tyrannie de l'argent.

Et telle doit être la science et la politique des hommes libres, de pousser l'un contre Tautre le despotisme français et le despotisme russe, les lançant tour à tour dans la lutte selon le moment où leur action spéciale est demandée. Divide ut imperes.

Dans la lutte de la vie, l'homme n'est vainqueur qu'à la condition de bien connaître ses ennemis et de les diviser. Tout ce qui scinde la Fatalité générale nous est utile, à nous révolutionnaires, que ce soit la Guerre, la Révolution ou la Découverte, c'est-è-dire toujours la Révolution. C'est en ce sens que la guerre d'Ori^it, qpii oppose le Despotisme russe à la Civilisation du monopole, est faite pour nous ; elle nous est bien plus avantageuse ainsi que si elle était faite par nous. Les conseUleurs ne sont pas les payeurs. Les gouvernements d'Europe sont assez riches pour nous rendre, dans cette guerre, toutes les avances faites à la Liberté. Les gouvernements aussi travaillent pour la Liberté, bien qu'ils n'aient le mérite ni de le savoir ni de le vouloir.

Vous dites, immobilistes d'Occident, que la guerre actuelle est funeste. Eh ! qu'eussiez-vous dit des premiers peuples qui firent la guerre, des premiers esclaves qui se soulevèrent contre leurs maîtres? Qu'eussiez-vous dit des hommes audacieux qui, les premiers, forgèrent les métaux, firent flamber la houille, percèrent les montagnes, comblé^ rent les vallée3, taillèreut la pierre, sondèrent les abimes des Océans, animèrent la matière enfin, pour la lancer contre la matière, enseignant ainsi aux hommes déshérités à triompher de toutes les résistances ? — Vous eussiez dit qu'ils étaient des fous et des destructeurs, et comme tels, vous le^ eussiez pendus selon l'éternelle pratique de ceux que le mouvement effraie. Fallait-il donc, ppur vous complaire, immobilistes, que l'humanité eii restât h la confusion de Babel pour monde, à l'ilotisme de Sparte pour

contrat, à Farche de Noé pour habitation^ à la feuiJIe de vigne pour parure?

Quand je pense que Thomme, si puissant et si eanfortable aujourd'hui, n'avait, lors de la chute, que ses pieds pour traverser l'espace et ses bras pour soulever des farikaux, que ses dents pour casser des noisettes, que ses mains pour chasser, je m'irrite que ceux-là même qui sont le plus intéressés au Mouvement ne reconnaissent pas l'utilité de la Guerre et des agitations, quelles qu'dles soient, qui bouleversent la face des choses. Que ceux qui ont été avantagés dans les victoires remportées précédemment sur Dieu veuillent se reposer, je le compremls. Mais que, pour leur salut î les déshérités ne redoutent pas les cataclysmes ; qu'ils ébranlent sur ses colonnes ce mondé d'iniquités. Contre la puissance du monopole qu'ils fassent feu de tout fer et de tout bois. Qu'importe que la Délivrance vienne du Nçrd ou du Midi?

II. Ce n'est ni la force russe seule qu'il faut vaincre, ni l'organisation du Monopole seule : ce sont les deux. Caf l'une repousse des débris de l'autre, et jamais les déshérités n'ont fait ainsi (jue la moitié de leur tâche, travail stérile que les intrigants revendent et rachètent le lendemain. Vous faites une révolution contre le Monopole à Paris; la Russie fait renaître le Monopole à l'aide de la Terreur qu'elle inspire, et vous l'impose de nouveau par son intervention. A quoi donc bonne votre révolution? Vous chassez lès Russes des provinces danuWennes ; les aristocrates du dedans vous épuisent plus que jamais à Paris par la Concurrence et l'Usure. A quoi donc bonne votre campagne contre les Cosaques?

Cessez enfin de donner tète baissée cxmite les murs des citadelles et les serrures des coffres-forts. Sachez bien que tous les despotismes s'enchaînent ; que le Tzarisme russe

n'est que Texpresâion monstrueuse de toute civilisaticm monstrueuse, à Paris comme à Pétersbourg; et qae, séparément attaqués, les deux despotismes résistent et résisteront dans les siècles des sièdes. Assez longtemps les hommes ont été braves sur les diamps de bataille et dans les rues en feu. Il feut pourtant qu'ils réfléchissent sur les révolutions, sur les instruments qu'elles emploimit et sur la nécessité de les briser les uns par les autres.

Il y a Cosaque et Cosaque. Le vrai Cosaque, à mon sens, c'est le détenant-propriétaire, noble, capitaliste^ intermédiaire, gouvernant, guerrier ou prêtre , où qu'il exerce son vol légal. -^ Vous trouverez, à ce compte, qu'il y a plus de Cosaques en France qu^en Russie. Quant à ces pauvres diables de paysans Slaves aux bras et au cœur forts, ce sont, je le répèle, les vrais soldats du Progrès, les exécuteurs testamentaires de la Révolution française épuisée ; ils vont paraître sur la scène du monde, au grand dépit de tous nos philosophes systématiques qui s'en iront, si bon leur semble, expérimenter au Texas ou dans la Lune, et videront le terrain une bonne fois. Que les hommes du Nord se précipitent donc de toute leur force brutale contre la force jésuitique de l'Intérêt, de la Propriété et de l'Epargne ! Et qu'au loin soient dispersés les feuillets de nos codes, les registres de nos comptoirs et les contrats passés sous un régime inique !

III. Toute transformation s'exerçant spr un être quelconque commence par son organisation physique. Quand l'homme meurt de mort naturelle, son corps est depuis longtemps en dissolution qu'à peine son intelligence est atteinte encore. De même, les vieilles sociétés d^à sont en proie à l'anarchie et au désordre, qu'elles remplissent encore le monde du bruit de leur existence scientifique ; — t^oin Byzance.

€'est cette partie physique, la première détruite, qui doit être renouvelée la première. Ainsi, sur le cadavre de l'homime, la pr^nière transformation détruit et recrée les tissus qui forment l'organisme. Et quand cet oi^anisme est complètement développé, FintelUgence et Tàme s'y font place et l'animent.

C'est pourquoi je dis : il en sera de même de la transformation sociale que nous allons subir. Le cadavre de la Civilisation sera détruit tout d'abord, dans le faisceau de ses inl^êts matérteb, par le glaive de la Russie. Puis, sur ce cadavre, se développera Fébauche organique de la société nouvelle. Ce n'est que plus tard, sur le corps social suffisamment accru, que viendra se greflfer l'animisme intellectuel de la Givil^tion socialiste. Toute construction nécessite une destruction préalable ; toute affirmation est précédée d'une nation. Avant Remployer des matériaux, il fatit les extraire du sol qui les produit et les rassembler par grandes masses sur le lieu où ils doivent être utilisés. Les hommes neu& sont le granit, et le fer, et les poutres solides des sociétés neuves. Les poumons, le cœur, le cerveau et les organes de l'homme sont (»*ganisés avant que de servir.

Encore une fois, qu'on me démontre que le sang d'un jeune homme plein d'amour peiit circuler dans les artères osseuses d'un vieillard , et je conviendrai que nous pouvons nous-mêmes rajeunir le cadavre de la Civilisation occidentale, et que nous n'avons pas besoin des Cosaques pour le coucher sous terre et lui rendre la vie. Mais, pour Dieul que le journal V Homme me démontre cela. — Pour voir comment le journal V Homme démontre quelque

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